Noël contre la faim

Publié le 25 novembre 2013

Roms, de qui parle-t-on ?

Dans cette brochure, le terme « Roms » désigne les personnes venant essentiellement des pays d’Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, pays d’ex-Yougoslavie), qui ont migré en France et qui se reconnaissent comme Roms ou qui sont désignés comme tels. L’arrivée des Roms en France s’est faite en plusieurs vagues migratoires : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 70 et à partir des années 90. [1]
Ces arrivées correspondent ainsi pour l’essentiel à une migration économique, liée aux très grandes disparités de niveau de vie dans les pays d’Europe de l’Est qui sont accentuées dans le cas des populations roms par un phénomène de ségrégation. Concernant les Roms d’ex-Yougoslavie, l’exil fait suite plus particulièrement aux persécutions subies depuis la guerre.
« Les Roms » ne constituent donc pas un groupe homogène : ils n’ont pas la même nationalité, n’ont pas le même profil migratoire, ni le même statut administratif, peuvent avoir des confessions religieuses ainsi que des attaches socioculturelles différentes.
Selon les estimations, le nombre de Roms en France se situe entre 15000 et 20000, dont 85% environ sont des ressortissants européens, venant essentiellement de Roumanie et de Bulgarie. Depuis une dizaine d’années, ce nombre est stable. Parmi tous les Roms présents en France, seuls les plus pauvres d’entre eux sont les plus visibles car vivant dans des squats et bidonvilles.

Depuis 2010, l’État multiplie les discours stigmatisant à l’égard de ces citoyens européens au point d’en faire les boucs émissaires d’une politique sécuritaire. [2]

En Europe
Selon les historiens, la variété des appellations est le reflet de la diversité
des populations concernées, ainsi que des représentations dont elles font
l’objet dans les sociétés au sein desquelles elles vivent depuis plus de 600 ans.
Il est aujourd’hui d’usage de distinguer trois ensembles principaux parmi
les 10 à 12 millions de Tsiganes européens [3], suivant les noms que se donnent
eux-mêmes les intéressés :
- Les Roms (Roumanie, Bulgarie, Grèce, Hongrie, Slovaquie, Serbie, Kosovo…) : 85% ;
- Les Sintés et Manouches (France, Allemagne, Italie…) : 5% ;
- Les Gitans et Kalés (Espagne, Portugal…) : environ 10%.
Le terme « Rom », utilisé au sens générique, a été choisi par l’Union Romani
Internationale en 1971. Il a ensuite été officiellement adopté par l’Union européenne
et le Conseil de l’Europe.

Lexique

Les préjugés sont toujours simplificateurs et réducteurs de la réalité. Aussi peuvent-ils aboutir à des erreurs de jugement, qui peuvent elles-mêmes conduire à un acte discriminatoire.

En définissant une personne ou un groupe à travers des préjugés, on le stigmatise. La stigmatisation aboutit à ce que cette personne ou ce groupe soit désigné comme différent ou « à part ». Selon le rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, les Roms migrants constituent la population majoritairement perçue comme un groupe à part dans la société française. [4] Cette stigmatisation entraîne l’application d’un traitement différent : la personne ou le groupe stigmatisé est considéré comme ne disposant pas des mêmes droits que les autres. Cette inégalité de traitement est une discrimination qui constitue un délit puni par la loi. [5] Ce traitement discriminatoire [6] empêche la reconnaissance et l’exercice des droits et des libertés fondamentales dans tous les secteurs de la vie publique.

Un préjugé désigne une opinion ou un sentiment injustifié et irrationnel, surtout lorsqu’il résulte d’une réflexion et d’une connaissance insuffisante. Autrement dit, les préjugés sont des sentiments irrationnels de peur et d’antipathie.

D’après la définition du dictionnaire de Cambridge.

La stigmatisation est un « discrédit profond et durable des personnes (…) qui les exclut du monde des « normaux » ». La personne stigmatisée est perçue comme ne disposant plus des mêmes droits que toute personne « ordinaire ». On peut recenser différents types de stigmates, parmi les quels figurent les stigmates d’appartenance (basés sur les caractéristiques ethniques, religieuses, culturelles, etc).

D’après la définition d’Erwin Goffman

[1Rapport Les Roms, boucs-émissaires d’une politique sécuritaire qui cible les migrants et les pauvres, Collectif Romeurope, 2011. http://www.romeurope.org/spip.php?article1066

[2Communiqué de presse du Collectif Romeurope du 22 juillet 2010. http://www.romeurope.org/spip.php?article415

[3Selon les estimations du Conseil de l’Europe.

[4Rapport CNCDH, Racisme, antisémitisme et xénophobie en France, 2013.

[5L’article 225-1 du Code pénal : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation ou identité sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

[6Le Comité européen des droits sociaux a condamné quatre fois la France en raison du traitement discriminatoire dont souffrent les Roms vivant sur le territoire français.

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