Noël contre la faim

Publié le 13 août 2013

L’investissement en agriculture devrait viser à éliminer la faim

George Dixon, secrétaire général de la FIMARC

L’Indien George Dixon Fernandez est l’actuel secrétaire général de la FIMARC (Fédération internationale des mouvements catholiques d’adultes en monde rural). Il est impliqué au niveau mondial dans les questions relatives aux politiques de la terre, de l’alimentation et de l’agriculture.

L’accaparement des terres et des ressources naturelles semble être un problème de plus en plus important. Pourquoi ? Qui en est responsable ?

George Dixon : La crise des prix alimentaires de 2007-2008 a accéléré l’accaparement des terres et des ressources naturelles. Certains gouvernements cherchent à assurer leur sécurité alimentaire en acquérant des terres agricoles et des moyens de production alimentaire à l’étranger, ainsi qu’en encourageant les investissements de leurs énormes compagnies nationales dans l’agriculture. L’investissement privé dans l’agriculture recouvre un large échantillonnage d’acteurs et d’activités divers. Des terres de qualité permettent un retour sur investissement conséquent et de nombreux fonds de retraite et compagnies d’assurance profitent de la sécurité financière qu’elles présentent.
Tous ces acteurs ont une influence directe ou indirecte sur le financement des projets ou des chantiers agricoles, ainsi que sur le flux d’investissements en provenance de l’étranger. Les « acheteurs » ou « locataires » de terres sont la plupart du temps des États riches. Les États « vendeurs » se situent essentiellement en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est.

Quel est l’impact de cet accaparement des terres et des ressources naturelles sur les communautés et l’environnement ?

G.D. : Son principal résultat est une perte de contrôle des populations rurales sur leurs propres terres et ressources naturelles, sur leurs moyens d’existence et sur leur accès au marché agricole. La vie dans les zones rurales devient alors une lutte pour la survie. Les compagnies internationales d’investissement ont écarté des millions de petits paysans des terres et ressources naturelles de leur région. Elles se sont rendues coupables de multiples violations de droits humains dans de nombreux pays.

Conflits récurrents

Le développement de la production d’agrocarburants ou d’autres monocultures a eu de nombreux impacts négatifs sur l’environnement et a déclenché de graves perturbations climatiques. Dans de nombreuses parties du monde on a assisté à des conflits récurrents entre les accapareurs des terres et des ressources naturelles et les communautés locales concernées.
La plupart du temps, les communautés locales sont dupées ou éliminées par la puissance de leurs concurrents. L’accaparement des ressources en eau par les compagnies transnationales est un autre aspect de cette réalité. De nombreuses communautés ont aujourd’hui à lutter pour avoir accès à l’eau potable.

Dans ce contexte, quelles sont les revendications des organisations de la société civile ?


G.D.
 : 80 % de la population qui souffre de la faim dans le monde vit dans des zones rurales. L’investissement dans l’agriculture devrait donc viser à éliminer la faim et à assurer l’exercice du droit à se nourrir, en développant les capacités de production alimentaire, en particulier celles des petits producteurs agricoles et en créant des conditions de vie décentes pour les travailleurs agricoles. L’investissement devrait donner priorité au développement des systèmes locaux de production alimentaire et aux productions agroécologiques des petits paysans, en accordant une attention toute spéciale aux femmes. Il devrait renforcer leurs moyens de défense contre les désastres naturels, les chocs économiques, les conflits et les guerres.
Nous désirons que les politiques d’investissement prennent en compte les lourdes contraintes qui pèsent sur les petits producteurs alimentaires : difficultés d’accès au crédit ; insécurité des contrats d’exploitation des fermes ; limitations imposées dans la production et l’échange des semences ; prix de vente qui ne couvrent pas les frais de production ; politiques de recherche qui ne correspondent pas aux besoins d’une production durable pour les petits producteurs ; absence de mécanismes qui permettent de stabiliser les marchés locaux et nationaux ; absence de régulation adéquate des marchés financiers et commerciaux.
Les producteurs ruraux devraient pouvoir contrôler les ressources naturelles locales ainsi que la production, la transformation et la commercialisation de leurs produits. Finalement, le respect des droits humains et de la souveraineté alimentaire est un élément clé pour résister au néolibéralisme, assurer la relocalisation de la production et garantir le droit à se nourrir.

Propos recueillis par Jeanne-Maureen Jorand

Michelin mis en cause au Tamil Nadu
Les 6 000 villageois de Thervoy, dans l’État du Tamil Nadu en Inde, ont découvert en 2007 par un article de la presse locale, que la SIPTCOT prévoyait de détruire 456 ha de la forêt collective entourant le village. Son objectif était d’y implanter un parc industriel, avec pour premier investisseur l’entreprise française Michelin. Or les habitants de Thervoy, à 95 % Dalits ont, depuis deux siècles, bénéficié d’un droit d’usage coutumier de la forêt et l’ont soigneusement entretenue et boisée, tout en y développant des activités agricoles, d’élevage et de cueillette, vitales pour eux.
Cet équilibre est désormais directement menacé. Les impacts sur le terrain, relayés par les partenaires du CCFD-Terre Solidaire sont en effet multiples : une diminution de l’activité agricole estimée à 50 % avec la suppression de zones de pâturage ; la baisse et la pollution des réserves d’eau ; enfin la privation de ressources naturelles de la forêt pour se nourrir et se soigner.
Depuis cinq ans, une partie importante des villageois mène une lutte pacifique et judiciaire à l’encontre du gouvernement du Tamil Nadu, lui reprochant de ne pas avoir appliqué le droit en vigueur en Inde. Restée vaine, cette mobilisation trouve un nouveau rebondissement grâce à la plainte déposée par plusieurs organisations françaises dont le CCFD-Terre Solidaire auprès du « Point de contact national » de l’OCDE pour dénoncer les manquements de l’entreprise Michelin en matière de respect des droits humains et pour soumettre des recommandations concrètes.
La plainte venant d’être jugée recevable, le PCN devrait désormais encourager Michelin à suspendre immédiatement les travaux de construction de l’usine de production. Il devrait aussi mettre en place une étude d’impact indépendante, supervisée par un comité multipartite impliquant les acteurs directement impactés.

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