Un avenir sans faim

Publié le 04.05.2012 • Mis à jour le 19.09.2013

Assistance aux réfugiés et renforcement de la société civile

Dans la foulée du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010 des dizaines de milliers d’Ivoiriens se sont soit réfugiés dans les pays voisins, soit ont été accueillis dans des camps de déplacés. L’ASAPSU assurait les retours volontaires des réfugiés partis un temps au Bénin et au Togo. Depuis l’investiture du président Alassane Ouattara, le 21 mai 2011, ASAPSU est mobilisé pour favoriser la réinstallation des personnes réfugiées et déplacées.

Solange Koné Aux côtés des victimes de la crise ivoirienne

« J’ai commencé par être assistante sociale au ministère de la Santé. Ainsi, à partir de 1982, je me suis occupée d’élèves de la maternelle à la terminale, à Abidjan et dans sa périphérie. Dans les classes, je rencontrais des enfants malades que les familles n’avaient pas les moyens de faire soigner. Des enfants aussi qui devaient se priver de déjeuner le midi. C’étaient les laissés-pour-compte du « miracle ivoirien », surtout manifeste lors des années 60 et 70.

En 1985, j’ai reçu une affectation à l’Institut national de santé publique (INSP). J’intervenais notamment auprès des enfants malnutris d’Attécoubé, une commune abidjanaise. C’est là que j’ai fait la connaissance d’une religieuse très active, Maryvonne Poupard. Un jour, elle m’a lancé, ainsi qu’à quelques collègues de l’INSP : « Ce que vous faites est formidable. Pourquoi ne créez vous pas une ONG ? »

À l’époque, pas plus mes ami(e)s que moi, n’avions la moindre idée de ce qu’était une ONG ! Maryvonne était membre de Medicus Mundi et entretenait des relations avec le CCFD. Elle nous a aidé, en 1989, à porter sur les fonts baptismaux, l’ASAPSU, l’Association de soutien à l’autopromotion sanitaire urbaine. Vingt trois ans plus tard, l’ASAPSU est toujours là et a grandi au rythme des crises qu’a traversé le pays.

Lors d’une première étape, nous avons créé des centres de santé dans les quartiers d’habitat précaire de la capitale économique du pays. Puis, à partir de 1997, nos activités sanitaires ont été complétées par des actions humanitaires, à la demande du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) des Nations unies. En effet, Abidjan accueillait des vagues de réfugiés en provenance du Liberia et de Sierra Leone, alors déchirés par la guerre civile, et même originaires de la région des Grands Lacs, après le génocide rwandais.    

Il y a une vie après la guerre

Aussi, lorsque la guerre a éclaté en Côte d’Ivoire - suite à la rébellion de septembre 2002 et la partition de fait du pays entre Nord et Sud - l’ASAPSU pouvait se prévaloir d’une certaine expérience dans l’assistance aux personnes déplacées suite à un conflit armé. A cette occasion, nous avons reçu un soutien important de la NOVIB, une ONG néerlandaise et du CCFD-Terre Solidaire. Un soutien qui ne s’est jamais démenti jusqu’à aujourd’hui.

La poursuite de la guerre entre forces rebelles et gouvernementales nous a conduit à multiplier les ouvertures de centres-relais : à Yamoussoukro, puis dans l’Ouest touché de plein fouet par les affrontements. Ainsi, nous sommes présents à Man, Guiglo ou Duékoué. Parfois, des programmes spécifiques ont été mis sur pied : ainsi, le centre de Duékoué accueille de nombreuses femmes victimes de viols.

Dans la foulée du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010 et des sévères combats qui s’en sont suivi – on dénombre plus de 3000 morts – des dizaines de milliers d’Ivoiriens se sont soit réfugiés dans les pays voisins, soit ont été accueillis dans des camps de déplacés. L’ASAPSU est notamment intervenue dans la région de Bingerville, à l’est d’Abidjan et assurait les retours volontaires des réfugiés partis un temps au Bénin et au Togo. Depuis l’investiture du président Alassane Ouattara, le 21 mai 2011, nous sommes mobilisés pour favoriser la réinstallation des personnes réfugiées et déplacées.

Quand je jette un coup d’œil en arrière, je suis fière du chemin parcouru. La petite ASAPSU des débuts qui s’appuyait sur ses 15 membres fondateurs compte aujourd’hui 285 salariés et un millier de volontaires. Partenaire des pouvoirs publics et des organisations internationales, elle s’est structurée autour de quatre grands domaines d’activité : la santé ; la disponibilité en eau potable ; les interventions humanitaires ; et le renforcement des capacités de la société civile.

C’est encore le CCFD-Terre Solidaire qui nous a incité, à juste titre, à investir ce dernier volet. Autant dire que l’ASAPSU est loin d’avoir achevé son évolution. Je la vois demain mettre son expérience au profit d’autres ONG et accompagner les actions à la base.

C’est à mes yeux une dimension d’avenir, car il importe à présent de développer le mouvement social et l’action citoyenne dans les quartiers et les communes rurales. Ce sont des composantes importantes de la réconciliation en cours, conditionnée par la pacification des esprits. Pour enfin tourner la page des déchirements internes et fonder sur des bases saines une nouvelle Côte d’Ivoire. »  

Propos recueillis par Yves Hardy

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