Un avenir sans faim

Publié le 11.01.2012 • Mis à jour le 29.06.2012

En Ethiopie, les terres appartiennent à l’Etat et les citoyens en ont l’usufruit

Addis Abeba, janvier 2012

Généralement désigné comme l’une des causes de l’insécurité alimentaire, le régime foncier continue de faire débat.

Vu du terrain, « je ne suis sûr que d’une seule chose : la propriété de la terre par l’Etat est un phénomène nouveau pour les Ethiopiens et cela reste un sujet de préoccupation. » estime Yabowerk Haile. Pour le coordinateur des projets d’ACORD, la question « est loin d’être simple » et le débat qui oppose le gouvernement aux agences d’aide internationales « mériterait une étude indépendante, jamais réalisée et pourtant nécessaire car c’est un point très sensible ici. » Sujet délicat et controversé car comme dans toutes les sociétés à dominante agraire, la politique de la terre constitue l’une des modalités centrales du pouvoir. Elle révèle aussi un choix de société.

Tombeur du régime militaro-marxiste du Derg - qui avait annulé toute forme de propriété privée des terres - le gouvernement de Meles Zenawi n’en considère pas moins que la réforme agraire de 1975 est bonne pour le pays, pour les paysans, leur évitant des expropriations et par delà, un exode massif qui déboucherait sur une plus grande misère urbaine. A l’opposé, les bailleurs de fonds internationaux à l’instar d’une grande partie des économistes éthiopiens, estiment, eux, que la privatisation constitue la solution à l’émergence d’entrepreneurs terriens qui grâce à leurs investissements participeraient à l’amélioration de l’utilisation des sols et de leur productivité. Equité versus productivité ? Le débat est loin d’être épuisé et peut être que la question n’est pas tant la propriété mais plutôt la sécurité foncière et les moyens mis en place pour sécuriser les droits fonciers ?

Sécuriser le droit à l’accès aux terres et aux ressources naturelles
Le responsable d’ACORD rappelle que la sécurité alimentaire du pays reste toujours très affectée par des problèmes structurels tels que le faible rendement des terres et des moyens de productions obsolètes, l’érosion des sols, l’accès à l’eau, la pression démographique ou encore le changement climatique. « S’il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre ces facteurs et la nature de la propriété de la terre, il est probable, cependant que le niveau d’adaptation à ces contraintes puisse dépendre du statut de la propriété ». Quoi qu’il en soit, notre partenaire insiste sur « la nécessité de garantir pour chaque petit éleveur et fermier l’accès à la terre, aux ressources naturelles et aux moyens techniques modernes de production pour subsister » et d’ajouter, qu’ « en aucun cas, la priorité ne doit aller aux conglomérats internationaux ». La politique de certification des droits fonciers lancée par quatre Etats régionaux il y a une dizaine d’année va dans bien dans ce sens même si, souligne Yabowerk Haile, « il est impossible d’en mesurer l’impact notamment en terme de confiance du monde rural vis-à-vis de l’administration délivrant ces titres et de la propriété, en général ».

Guylaine Saffrais

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