Un avenir sans faim

Publié le 27.05.2014 • Mis à jour le 17.06.2014

Appui au Développement de la Pêche, de l’Elevage et de l’Environnement en Guinée

Rencontre avec M’Balia Sangare, présidente de l’association ADEPEG. « Il faut avoir plusieurs flèches à son arc », lance-t-elle, avec un petit air jubilatoire, en évoquant son propre parcours. Comptable de formation, passionnée par la mer et interpelée par les conditions dans lesquelles travaillaient les femmes transformatrices de poissons, M’Balia Sangare décide, en 1996, de lancer, avec une poignée de personnes concernées, l’association ADEPEG, Appui au développement de la pêche, de l’élevage et de l’environnement en Guinée.

Depuis, l’association qui est membre de l’ADEPA, Association ouest-africaine pour le développement de la pêche artisanale est soutenue par le CCFD-Terre Solidaire, a énormément évolué. Rencontre avec sa présidente, lors de sa venue en France en mars dernier à l’occasion de la campagne de carême du CCFD-Terre Solidaire.

Pouvez-vous nous dire ce qu’est l’ADEPEG ?
M’Balia Sangare : C’est une association qui vient en soutien à tous les acteurs de la filière pêche en Guinée. Quand nous avons débuté, en 1996, nous étions avant tout focalisés sur les femmes transformatrices, un maillon fondamental. C’est en effet grâce à leur travail que l’on peut exporter nos produits de la mer, dans la sous-région mais aussi au niveau international. On encadrait ainsi un certain nombre de coopératives et on a essayé de les organiser et les formaliser. Plus on avançait, plus les autres acteurs se sont intéressés à ce que nous mettions en place. Ce qui nous a poussé à nous occuper progressivement des différents métiers de la filière. Aujourd’hui nous encadrons des centaines de coopératives de transformatrices, de mareyeurs et de pêcheurs.

Pourquoi est-il important de soutenir la pêche artisanale à l’ère de la modernisation ?

La pêche artisanale est un métier ancestral qui fait vivre énormément de gens. Elle est en outre le gage de la sécurité alimentaire dans notre pays, mais aussi dans tous les pays de la sous-région. Il y avait urgence à l’encadrer, car rien n’était organisé. Il y avait un vide juridique total. Il fallait donc réglementer tout ça et proposer des évolutions aussi bien du côté technique que du côté de la préservation de l’environnement et de l’hygiène. Tout cela n’était pas pris en compte.

En quoi consiste votre soutien aux organisations professionnelles de la pêche ?
Nous avons une approche holistique. Nous formons ensembles les acteurs issus des différents corps de métier. Il est en effet indispensable que chacun d’eux maîtrise l’enjeu global. Nous nous intéressons à tout ce qui concerne le poisson par exemple aux pertes après captures ; à la nécessité d’utiliser un bon filet au maillage réglementaire ; à la gestion des systèmes marins et côtiers ; à l’aménagement des aires de fumage ; à l’urgence de maintenir la chaîne de froid. Nous avons mis en place un système de micro-crédit. Nous faisons beaucoup de sensibilisation à la préservation de l’environnement et à la préservation des ressources halieutiques - ne pas attraper les juvéniles, respecter les zones et les périodes de reproduction. Nous organisons aussi des voyages d’études et d’échanges, ainsi que des partages d’expériences avec les autres pays de la sous-région, car on ne peut pas évoluer en vase clos. Nous leur apprenons encore comment trouver des fonds pour financer leurs projets, et les enjeux fondamentaux du plaidoyer. Entre 2010 et 2012, nous avons formé 1944 femmes transformatrices et mareyeuses et 954 pêcheurs. Chacun prend maintenant conscience de la nécessité de se structurer et se professionnaliser pour être reconnu.

Le plaidoyer a-t-il un impact sur les mesures étatiques prises en matière de pêche ?
Oui, ça fait bouger beaucoup de choses. Il y a peu de temps, l’Etat élaborait seul les plans de pêche. Aujourd’hui, les instances gouvernementales concernées intègrent nos remarques et nos desiderata avant de prendre des décisions. Et nous sommes même sollicités pour notre expertise. C’est une grande avancée.

Quels sont les défis à relever en Guinée ?
Le principal défi est la garantie de la sécurité alimentaire. Mais au-delà de pourvoir à ses propres besoins dans la vie quotidienne, il faut que chacun puisse tirer des bénéfices de son activité pour en vivre vraiment. Ce que nous avons en outre vraiment à cœur aujourd’hui, c’est l’éducation des enfants. Un enjeu fondamental. Car dans ce milieu, peu sont instruits. Pour cela, nous voulons implanter des garderies et des écoles primaires, au plus près des populations, sur les lieux-même de travail. Les mères et les pères commencent à être conscients de la nécessité de la scolarisation pour que leurs enfants aient une vie meilleure que la leur.

Etes-vous confiante dans l’avenir ?
Oui, grâce à la création de la Préfecture maritime mise en place pour lutter contre la pêche illicite pratiquée par des chalutiers-usines. Cette surveillance des mers accrue ainsi que la délivrance de licences de pêche qui obéit à une réglementation plus stricte empêchent une pêche anarchique voir un pillage, et permettent une plus grande protection de nos réserves halieutiques. Une autre raison d’être optimiste, c’est que nous avons réussi à créer, tout récemment, une sorte d’aire marine protégée, appelée « zone de restriction des pêcheries », dans nos eaux territoriales où les réglementations sont très strictes.

Propos recueillis par Elisabeth du Closel

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