Publié le 21 septembre 2015

Au Mali, plusieurs milliers d’agriculteurs convertis à l’agro-écologie

Retour enthousiaste de Bernard Pinaud, délégué général du CCFD-Terre Solidaire d’une mission au Mali où il a rencontré les membres du Réseau d’horticulteurs de Kayes qui regroupe plusieurs milliers d’agriculteurs convertis à l’agro-écologie.

« Mamadou Camara me fait visiter son exploitation située le long du fleuve Sénégal. C’est le début de la saison des pluies et le terrain est rempli de plants de poivrons, de tomates, de courgettes. Deux ouvriers mettent en terre des plants de choux. Ingénieur agricole, il aurait pu devenir fonctionnaire, mais il a préféré reprendre un lopin de terre familial d’un demi-hectare et se lancer dans le maraîchage. À force de courage et de persévérance, il en possède aujourd’hui six. Passionné d’agro-écologie, on ne trouve chez lui ni pesticides, ni herbicides, ni engrais. Pas de semences génétiquement modifiées non plus. Mais une agriculture respectueuse de l’écosystème et des savoirs traditionnels.

Mamadou Camara est membre du Bureau du Réseau d’horticulteurs de Kayes (RHK), un collectif d’une centaine d’associations d’agriculteurs de la région de Kayes, dans le sud-ouest du Mali, créé avec le soutien du Groupe de recherches et de réalisations pour le développement rural, le GRDR et soutenu par le CCFD-Terre Solidaire depuis ses débuts, en 2006. Présent dans les sept cercles, les sept départements, de la région de Kayes, le RHK regroupe 23 000 maraîchers et horticulteurs qui, depuis 5 ans se convertissent à l’agro-écologie.

Les responsables, membres du Bureau du RHK m’expliquent les raisons de cette évolution. Mamadou Diallo, le président, précise qu’ils ont été plusieurs du RHK à participer à une formation sur l’agro-écologie organisée à Trougoumbé, près de la frontière avec la Mauritanie, et que cela a fait écho à des questions qu’ils se posaient. « Ces dernières années, de nouvelles maladies sont apparues. On se doutait que cela venait de notre alimentation, en particulier des légumes », rappelle-t-il. « On avait essayé des semences hybrides d’oignons censées résister mieux à la sécheresse, mais cela n’a pas marché. »

« Nous, les femmes, nous n’avons jamais utilisé de pesticides ! », lance Mariam qui m’explique ensuite comment élaborer des « herbicides naturels » à base de fiente de poules, comment des solutions à base de feuilles de certains arbres peuvent éloigner les rongeurs. Autant de concoctions bien connues de leurs mères et grands-mères. Mamadou Camara renchérit : pour préparer ses traitements, il utilise une solution de déjections de canards recueillies dans une bassine et tamisées chaque semaine. Cette solution s’avère d’une grande efficacité pour éloigner les nuisibles.

Car avec l’agro-écologie, les maraîchers retrouvent des savoirs-faires connus à travers la transmission familiale mais qu’ils avaient abandonnés. C’est le cas de l’élaboration de compost, de l’utilisation des bouses de vaches, des crottes de chèvres ou de mouton pour la fumure, des préparations d’herbicides naturels. Ou de l’utilisation de semences traditionnelles. Celle d’oignon violet de Galmi, un oignon rouge, est ainsi en train d’être produite à Kayes et le RHK a été le premier à se mettre à cette production. Mamadou m’emmène voir l’endroit où il stocke des oignons rouges qui ont été ramassés… il y a déjà plusieurs semaines. Ceux qu’il a récoltés à partir de semences traditionnelles se conservent bien plus longtemps et avec moins de pertes que ceux cultivés à partir de bulbes hybrides.

Le RHK cherche maintenant à promouvoir la consommation biologique dans la grande ville de Kayes et à développer la formation de ses membres en agro-écologie tropicale à travers des sessions de formations qui ont lieu depuis 2009. Issiaka, le responsable des quatre salariés du RHK, souligne que l’une des formations les plus importantes est celle sur la constitution de fumures organiques de qualité. C’est celle que finance actuellement le CCFD-Terre Solidaire pour 450 maraîchers de cinq cercles de la région. Il s’agit d’apprendre à associer l’élevage de petits ruminants et de volailles au système de production afin de constituer une fumure organique de qualité et en quantité. Pour ce faire, vingt-et-un champs écoles sont mis en place pour la pratique (14 avec 4 têtes de moutons, 7 avec 50 poules et coq) et quinze producteurs deviendront à leur tour des formateurs.

À travers la qualité de la fumure, c’est l’amélioration de la production horticole qui est en jeu dans la région de Kayes. Or ce sont ces horticulteurs qui assurent l’approvisionnement des villes en fruits et légumes donc, la sécurité alimentaire de la région. On comprend l’intérêt croissant des paysans maliens pour l’agro-écologie, intérêt qui me sera d’ailleurs confirmé, à Bamako, par la Coordination nationale des organisations de producteurs (CNOP).

Oui, vraiment, l’agro-écologie se développe au Mali ! »

Bernard Pinaud, le 19 juillet 2015

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