Publié le 18.07.2006 • Mis à jour le 19.02.2013

Mali

Avec plus de 15 millions d’habitants, sur un territoire deux fois plus grand que la France, le Mali, pays désertique ou semi désertique à 65 %, est enclavé au centre de l’Afrique de l’Ouest. Malgré de nombreux efforts économiques et politiques sur les dix dernières années, le Mali fait toujours partie des pays les pauvres du monde. Son économie est basée essentiellement sur l’agriculture familiale qui reste fragile en cas d’aléas climatique et de hausses de prix des denrées alimentaires.

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Déstabilisation venant du Sahara : actions d’islamistes armés et mouvements indépendantistes

Depuis des décennies, le Sahara, ce vaste territoire a toujours été une terre de transit et de commerce, un carrefour des civilisations reliant l’Afrique subsaharienne aux pays du Maghreb. Difficilement contrôlable de par son étendue, de nombreux trafics, souvent illégaux (humains, armes, drogues, contrebandes) impliquant des groupes islamistes armés et des intermédiaires touaregs se sont développés au gré du temps.

Les printemps arabes et en particulier la chute du régime libyen a accru le phénomène de déstabilisation de la sous région par l’augmentation de personnes armées engagées dans la sous région. La chute de Kadhafi a entraîné le retour précipité au Mali de nombreux Touaregs, lourdement armés. En novembre 2011, Le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) est créé. En janvier 2012, la rébellion enclenchée par le MNLA entraine la débâcle de l’armée malienne et permet au MNLA de proclamer « l’État indépendant de l’Azawad ». Mais rapidement, les différents groupes djihadistes (MUJAO, Ansar Dine et AQMI) déjà implantés sur le territoire malien depuis des années se sont rapidement imposés à Tombouctou, Gao et Kidal. Depuis avril 2012, certains groupes armés tentent d’imposer la charia aux populations restées au nord. Amnesty international [1] dans son dernier rapport fait état de nombreuses exactions sur les populations refusant de se soumettre aux nouvelles normes imposées par ces groupes islamistes.

2012 : une année catastrophique pour le Mali sur le plan politique

En dépit d’une certaine stabilité politique et culture démocratique développées depuis 20 ans, le Mali n’a pas résisté aux récents événements qui ont touché le Nord. Suite à de nombreux affrontements et à la défaite de l’armée gouvernementale, une mutinerie s’est transformée en coup d’état militaire. Le Président Amadou Toumani Touré fut destitué. Cette déstabilisation gouvernementale a divisé les maliens (en pro et anti-putschistes) mais a également entraîné une crise politique majeure. Les pressions internationales et particulièrement celles des pays de la sous-région (Cedeao [2]), ont contraint les putschistes à remettre le pouvoir aux civils à travers un gouvernement de transition qui peine à sortir le pays de la crise et dont la société civile ne croit plus en leur représentativité et leur volonté d’agir pour le bien des populations.

Pendant des mois, des négociations ont eu lieu avec les différents protagonistes afin de trouver une solution pacifique à l’occupation du nord mais sans résultat tangible. Une intervention militaire franco-malienne avec l’appui de forces de la sous-région a finalement débuté début janvier afin de reprendre le nord Mali. L’armée semble progresse vers le nord, les combats sont actuellement en cours.

Le Mali, pays de tradition migratoire faisant face à des déplacements importants de populations

Comme la plupart des pays d’Afrique de l’ouest, le Mali est un pays de fortes traditions migratoires, principalement vers les autres pays africains [3]. Ces migrations jouent un rôle primordial dans l’économie du pays puisqu’elles représentent 405 millions [4] de dollars de transfert de fond en 2007. Les retours forcés de milliers de maliens suite à la guerre en Libye ont eu de graves conséquences pour de nombreuses familles.

En plus d’être un pays d’émigration, le Mali est à la fois un pays d’accueil et un pays de transit, notamment pour les personnes désirant se rendre en Europe par voie terrestre. Face aux durcissements des conditions d’entrée sur le territoire européen et pressions exercées sur les pays du sud pour contrôler les migrations, aux mépris des droits de l’homme, l’Algérie, la Libye tout comme la Mauritanie, refoulent des centaines de migrants aux frontières nord et est maliennes.

Bien que le Mali ait développé une forte tradition d’accueil, les familles maliennes du sud doivent faire face à la venue de milliers de déplacés internes. Depuis janvier 2012, 420 000 [5] personnes ont fuit le nord. Victimes de graves violations des droits de l’homme aggravé par une crise alimentaire, la moitié ont fui vers les pays limitrophes (Mauritanie, Niger et Burkina Faso) et ont du s’installer dans des camps de réfugiés, l’autre moitié s’est déplacée plus au sud du pays dans les grandes villes comme Mopti, Ségou ou Bamako. Mais, la situation humanitaire de ces personnes et des communautés d’accueil est aggravée par la diminution des ressources ainsi que la crise alimentaire. Quant aux personnes restées au nord, peu d’organisations humanitaires ont accès aux populations du nord ce qui aggrave considérablement leurs situations.

Aléas climatiques et hausse des prix alimentaires entraînant une succession de crises alimentaires

Depuis 2005, le Mali et les pays sahéliens ont subi quatre crises alimentaires successives. L’agriculture essentiellement familiale est basée sur des cultures pluviales dont les performances sont fortement liées à la pluviométrie. Le changement climatique induit dans ces pays des variations de plus en plus importantes des saisons des pluies et donc une plus grande variabilité dans la productivité des saisons agricoles. La sécurité alimentaire repose également sur des importations dont la variation des prix impacte fortement les populations. De plus, lors de ces crises, les coopérations commerciales entre les pays de la région sont en général gelées aggravant ainsi la disponibilité des produits alimentaires.
Ainsi, les campagnes agricoles de 2005, de 2009 et de 2011 ont été médiocres et créant ainsi une forte crise alimentaire dans les milieux ruraux. L’année 2008 fut marquée les « émeutes de la faim » dues à une forte hausse des prix des denrées alimentaires. Cette pauvreté en milieu rural a pour conséquence de fortes migrations saisonnières dans la sous région et un exode de plus en plus important vers les villes dont il faut assurer l’approvisionnement. De plus, le Mali est marqué par le phénomène d’accaparement des terres où près de 600 000 ha de terres fertiles ont été loués à des sociétés étrangères qui exportent les productions. (voir : http://ccfd-terresolidaire.org/terres/Mali-ruee-sur-les-terres)

Stratégie du CCFD-Terre Solidaire et soutien aux partenaires maliens

La stratégie du CCFD-Terre Solidaire pour l’Afrique repose sur un soutien aux acteurs locaux de transformation sociale et de leur capacité à proposer des réponses adaptées aux enjeux énormes du continent afin de développer de véritables projets de société. Au Sahel, le CCFD-Terre Solidaire concentre ses appuis sur les partenaires qui travaillent sur la souveraineté alimentaire et les modèles de développement agricoles et sur les migrations internationales

La société malienne durant ces 20 dernières années, s’est construite sur des bases solides. A ce jour, le secteur associatif et coopératif est développé et reste mobilisé malgré les récents événements. Malgré la situation d’urgence et de départ d’une partie des acteurs du développement, le CCFD-Terre Solidaire continue son engagement de développement sur le long terme auprès de sociétés civiles et des populations maliennes.

Ainsi, le CCFD-Terre Solidaire soutient Afrique Verte et son association nationale, AMASSA, ACORD Mali (Association de coopération et de recherche pour le développement), l’AOPP (Association des Organisations Professionnelles Paysannes), ainsi que le GRDR et le Réseau Régional des Horticulteurs de Kayes sur des projets de souveraineté alimentaire. Le centre Djoliba et l’ONG Azhar sont également soutenus sur les thématiques de la paix et la prévention des conflits.

Dans le cadre du programme « Migrations internationales », le CCFD-terre solidaire appuie la Caritas Gao (actuellement en exil à Niamey) qui organise dans la Maison du Migrant » l’accueil des migrants refoulés d’Algérie et leur acheminement vers Bamako et l’association Direy Ben (l’association des Anciens Migrants de Gao) qui organise un appui de proximité aux migrants démunis et agissent comme médiateur auprès des pouvoirs publics. Ils participent également à la réinsertion économique des anciens migrants. Ces deux partenaires situés à Gao ont été fortement déstabilisés par l’invasion du Nord-Mali par les groupes armés et sont actuellement en cours de restructuration.

[1Mali, les civils paient un lourd tribut au conflit, septembre 2012

[2Cedeao : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest

[34 millions selon le ministère des maliens de l’extérieur

[4PNUD : rapport mondial sur le développement humain, 2010

[5FONGIM et UNHCR, novembre 2012

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