Noël contre la faim

Publié le 26.03.2006 • Mis à jour le 29.06.2012

Idrissa Tahirou et Inoussa Ganda, Niger

Au printemps 2006, la situation alimentaire du Niger reste vulnérable après une crise sérieuse en 2005.

Mots-clés :

Gérer l’incertitude alimentaire

Paris, le 26 mars 2006.

Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Les autorités affichent leur optimisme en insistant sur la bonne récolte céréalière et relèguent la crise au rang des mauvais souvenirs, mais les paysans que nous rencontrons restent inquiets. Pour éponger les dettes contractées en 2005, les cultivateurs ont vidé les réserves de leurs greniers. Ils ont aujourd’hui besoin d’argent pour en quelque sorte racheter leur récolte. Dans l’Ouest, près de Dosso et Tillabéri, je connais des paysans qui ont vendu leur champ et travaillent comme ouvriers agricoles sur leurs anciennes terres

Ailleurs, à Keïta ou Agadez, l’épuisement des stocks familiaux est déjà une réalité. Début 2006, nous avons permis à des organisations paysannes d’Agadez de s’approvisionner en mil et sorgho auprès de leurs homologues de Zinder, lors d’une rencontre au bourg de Bakin Birji.

Des criquets au H5-N1

Si cette année, les criquets ravageurs se montrent discrets, le virus de la grippe aviaire a fait son apparition fin février à proximité de la frontière du Nigeria. Déjà 27 000 volailles ont été abattues dans la zone de Magaria. Le gouvernement assure que l’épidémie est circonscrite au Sud-Zinder, mais la FAO n’exclut pas l’apparition de nouveaux foyers infectieux.

Sur les marchés, les poulets ne trouvent pas preneurs. Les consommateurs qui le peuvent reportent leurs achats de viande sur le mouton ou le bœuf dont les cours grimpent. C’est bon pour les bergers peuls. Mais nettement moins pour les nombreux participants à la filière avicole. Les éleveurs bien sûr, mais aussi les « déplumeurs » - souvent des adolescent(e)s – qui touchaient 50 F CFA par tête – et les livreurs à vélo de « poulets bicyclette » qui ont perdu leur activité.

Il est d’autres motifs de préoccupation. La reconstitution des stocks céréaliers par les commerçants et les autorités pèse sur les cours. Début avril 2006 à Dosso, le sac de mil de 100 kilos avait déjà atteint les 20 000 F CFA. Et selon les informations transmises par les ONG humanitaires, les centres de récupération nutritionnelle continuent d’accueillir chaque semaine des centaines d’enfants victimes de malnutrition modérée. Nous entrons en vigilance.

Propos recueillis par Yves Hardy

Idrissa Tahirou (Afrique verte) et Inoussa Ganda (Mooriben) sont animateurs agricoles.

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Inoussa Ganda
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Idrissa Tahirou

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