Publié le 29 novembre 2014

En Casamance, accompagner les collectivités territoriales pour un service public plus inclusif

Favoriser le dialogue citoyen entre les élus locaux, la société civile et l’administration pour une gouvernance participative, impliquer les populations dans la définition des politiques publiques, un projet mené par l’association Pacte, « Prospective et action concertée pour des territoires émergents », en Casamance.

Dans cette région du sud du Sénégal, cette ONG travaille en faveur de la démocratie participative avec la mise en place de conseils de quartiers. Un dialogue qui, selon le coordonnateur de Pacte, Ibrahima Ka, est un levier fondamental pour qu’il y ait un véritable développement. Son chemin a croisé celui du CCFD-Terre Solidaire en 2007. Un partenariat qui a pour lui un véritable sens.

Pacte a beaucoup évolué depuis sa naissance. Pouvez-vous nous parler brièvement de son évolution ?

Ibrahima Ka. A l’origine, Pacte était un programme d’une ONG française, Sauvegarde du Nord, basée à Lille. Pacte signifiait « Programme d’actions concertées pour la transformation de l’environnement ». Environnement pris au sens large : politique, social et culturel. Ce programme intervenait dans quatre quartiers périphériques de la ville de Ziguinchor. C’était la première fois que nous expérimentions le concept de « conseil de quartier ». L’idée étant d’avoir un cadre de concertation, représentatif des populations et porte-parole des populations au niveau de la municipalité, mais aussi les autres partenaires au développement. C’était un programme soutenu par la Caisse française de développement, actuelle Agence française de développement. Puis la Sauvegarde du Nord s’est désengagée du Sénégal suite à des difficultés financières. Nous avons gardé le sigle et au fil du temps Pacte est devenu « Prospective et action concertée pour des territoires émergents ». Il est important de souligner que nous ne sommes pas qu’une simple ONG d’action. Nous sommes également une ONG de recherche-action et de proposition d’alternative, de capitalisation et de modélisation. Nous souhaitons, à travers cela, participer au changement des comportements, autant au niveau des institutions locales et nationales qu’au niveau de la pratique des organisations non gouvernementales et communautaires sur le terrain. Nous privilégions la concertation entre acteurs, qu’ils soient gouvernementaux ou non gouvernementaux ; ainsi que la gouvernance participative. L’essentiel des actions que nous menons visent à accompagner les collectivités territoriales à mieux assumer leurs missions de service public dans une démarche inclusive associant les couches les plus vulnérables.

Vous travaillez beaucoup avec les conseils de quartier. Comment fonctionnent-ils ?

Le conseil de quartier est un cadre de concertation au niveau local qui représente les populations dans leur relation avec les autorités locales. Il est consulté par le conseil municipal, autant dans la définition des stratégies de développement que dans leur mise en œuvre. Il donne son point de vue, formule des propositions. Au final, c’est cependant le conseil municipal qui délibère. Le conseil de quartier favorise aussi le contrôle citoyen de l’action publique. Il a donc un rôle important.

On a malgré tout le sentiment, en entendant les membres de certains conseils de quartiers qu’il y a un décalage entre ce que souhaitent les autorités municipales, qui ont souvent des visées politiques, et eux-mêmes qui sont apolitiques. Comment faire se rejoindre ces deux partenaires aux intérêts parfois divergents ?

C’est un défi majeur. Il est vrai que nous avons des élus locaux qui mettent en avant leurs intérêts partisans. La relation avec les conseils de quartier peut être frileuse, surtout s’ils ont l’impression de ne pas les maîtriser. Il a fallu du temps pour instaurer une relation de confiance. Le caractère non partisan des conseils de quartiers est une exigence pour garantir leur crédibilité. C’est pourquoi nous sommes très vigilants là-dessus. Cela fait partie des choses non négociables.

Pouvez-vous nous donner des exemples de collaboration conseils de quartiers-municipalité ?

Lors des municipales de 2009, Pacte, l’ARD (Agence régionale de développement), le conseil communal des quartiers, des personnalités de la société civile, en collaboration avec les conseils de quartiers, ont organisé des auditions publiques de tous les candidats à la mairie de Ziguinchor afin que chacun vienne décliner sa feuille de route. Nous avons réédité cela en juillet 2014, lors des dernières municipales. Les candidats ont eu conscience de l’importance de cette action. Ils avaient face à eux des gens qui représentaient tous les quartiers et les catégories sociales de la ville, et c’était relayé en direct par les radios locales. Autre type de résultat : aujourd’hui, bon nombre de partenaires du développement - Unicef, Programme alimentaire mondial, Child Fund, Enda, pour ne citer qu’eux - utilisent les conseils de quartiers comme des relais de communication et de mobilisation sociale au niveau local. Cela pour dire que ce ne sont pas des conseils de quartiers de Pacte. Actuellement, nous travaillons aussi sur un projet ambitieux, appuyé par l’Union Européenne, visant à améliorer le système de gestion des ordures ménagères en confiant la pré-collecte des déchets aux 26 conseils de quartiers qui vont en assurer la maîtrise d’œuvre, avec l’appui technique et méthodologique de Pacte en qualité de maître d’ouvrage délégué agissant pour le compte de la municipalité. Ce projet va créer environ 300 emplois de proximité. Un grand défi à relever.

Propos recueillis par Elisabeth Du Closel

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