Publié le 6 février 2008

Tchad
Une crise annoncée

Philippe Mayol, chef du service Afrique au CCFD, rappelle que l’initiative de dialogue national soutenue par la société civile tchadienne est seule à même de garantir une stabilité durable.

Philippe Mayol
Chef du service Afrique au CCFD

Le Tchad traverse une nouvelle crise politique majeure. Pour l’instant, nous n’avons que peu de nouvelles de nos partenaires. Nous savons que certains, des défenseurs des droits de l’homme comme des acteurs de développement, doivent se cacher, que d’autres ont fui le pays pour assurer leur sécurité.

Cette crise était prévisible. Il faut rappeler que les organisations de la société civile réunies au sein du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation nationale défend depuis 2005 l’idée de réunir les principaux acteurs politiques dans le cadre d’un dialogue national.

Un dialogue national pour une paix durable

À l’approche de l’élection présidentielle de mai 2006, lors de laquelle Idriss Déby a été réélu après avoir modifié la Constitution, le Comité de suivi avait souligné que la stabilité politique du pays ne pouvait pas reposer que sur son maintien au pouvoir. Seule une initiative politique impliquant toutes les forces politiques étaient à même d’apaiser durablement la situation au Tchad.

Les événements actuels confirment cette analyse. Il faut rappeler en effet que les « rebelles » ne se réduisent pas à une coalition d’intérêts hétéroclites ou de mercenaires à la solde d’un pays étranger. Ils incluent, entre autres, des acteurs politiques majeurs de la scène politique tchadienne. Nous sommes persuadés que si un processus de règlement politique avait impliqué ces protagonistes, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

Nous avons, avec le Comité de suivi, rencontré à plusieurs reprises des responsables politiques français pour les sensibiliser à la nécessité d’une démarche politique globale. Leur approche a un peu évolué, mais leur vision reste très marquée par des contraintes géopolitiques. Cette région d’Afrique est en effet marquée par des crises latentes ou déclarées, au Darfour, en Centrafrique, au Nord Cameroun, au Sud-Soudan. Le jeu des régimes lybien et soudanais complique la donne.

Mais une gestion privilégiant le court terme et les nécessités immédiates n’est pas en mesure de rompre le cycle infernal des éruptions de violence politiques à répétition, excitées par l’enjeu que représente la maîtrise des revenus pétroliers.

La responsabilité de la France

La France a une responsabilité dans l’évolution de la crise actuelle. Elle a apporté, et apporte encore, un soutien sans faille au régime en place.

Plus que jamais, il reste pourtant nécessaire que la France avec ses partenaires européennes soutiennent enfin l’initiative de la société civile tchadienne en faveur d’un processus global de dialogue pour la paix, entre les acteurs politiques.

Paris, le 6 février 2008

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