Publié le 8 janvier 2016

Un programme pour la paix dans les pays du centre sahélien

Le CCFD-Terre solidaire et ACORD, ONG internationale africaine, ont décidé de s’engager, ensemble et à long terme, auprès des sociétés civiles des pays du centre-est du Sahel, pour contribuer à la construction d’une paix durable.
Le « Programme Paix », d’une durée de dix à vingt ans, concerne le Tchad, la République Centrafricaine, le Soudan, et le Soudan du Sud. Ces quatre pays partagent en effet un certain nombre de problématiques communes et des risques de conflits importants.

Déjà partenaires depuis 1980 dans une vingtaine de pays d’Afrique, ACORD et le CCFD-Terre Solidaire ont fait le choix de soutenir durablement les sociétés civiles des quatre pays pour relever les défis communs nécessaires à la construction de la paix dans la région. Alors que les projets ont souvent de courtes échéances, le Programme paix a l’avantage de proposer un engagement à long terme, sur une durée de dix à vingt ans. Une condition indispensable pour effectuer un travail en profondeur.

Des défis communs

Suite à une étude préalable menée en 2013 pour le démarrage du Programme paix, plusieurs problématiques et interactions fragilisant le vivre-ensemble ont été identifiées au Tchad, en République centrafricaine, au Soudan et au Soudan du Sud.

Ces quatre pays, et notamment leurs régions limitrophes, sont en proie à des crises récurrentes  : la faiblesse des États, la porosité des frontières, l’immensité des espaces offrent des conditions favorables au développement des conflits.

Qu’ils soient ethniques transfrontaliers ou politiques, de nombreux groupes armés traversent cette région, sans se soucier des frontières. Plusieurs groupes rebelles tchadiens et du Darfour sont basés en République centrafricaine, tandis que d’autres groupes basés au Darfour déstabilisent l’est du Tchad et de la Libye. Certains pays n’hésitent pas non plus à intervenir chez leurs voisins, comme par exemple l’armée tchadienne en RCA.

Les tensions peuvent avoir comme sources des conflits entre agriculteurs et éleveurs, des antagonismes interethniques et interconfessionnels, des compétitions pour l’exploitation des ressources naturelles, que ce soit le pétrole, la terre, l’eau, ou les ressources minières.

La question du « vivre ensemble » dans la région concerne donc des sujets aussi différents que la gestion concertée des ressources naturelles, les représentations identitaires culturelles, religieuses ou générationnelles ou encore la gouvernance politique (institutions, démocratie, impartialité de l’État...).

Pour en savoir plus sur les causes communes des conflits
Télécharger l’étude réalisée en 2013 “Des sociétés prises au piège – Conflits et enjeux régionaux”

Un programme global pour une action multidimensionnelle

Construire la paix dans un contexte d’interdépendance et d’enchevêtrement des causes des conflits représente un défi complexe.

La paix dans les pays de la région dépend en effet de plusieurs enjeux structurels sur lesquels le programme souhaite travailler simultanément avec ses partenaires locaux : cela peut concerner la production agricole ou l’apaisement des relations intracommunautaires, le dialogue politique ou le dialogue interreligieux, le suivi des politiques publiques, la régulation des transhumances transfrontalières, ou encore le plaidoyer international sur les sorties de crise...
Par le moyen d’études, de rencontres, de mise en réseau, le programme promeut et développe des actions capables d’apporter progressivement des réponses aux défis identifiés.

Pour organiser son action, le programme travaille sur trois axes complémentaires et nécessaires à l’établissement d’une paix durable dans la région :

  • Favoriser la gestion partagée et non conflictuelle des ressources
  • Construire un vivre-ensemble sur des valeurs citoyennes
  • Renforcer la redevabilité des systèmes politiques pour les mettre au service des citoyens

Favoriser la gestion partagée et non conflictuelle des ressources

Les ressources naturelles cristallisent les tensions dans une région où elles sont rares et fragiles.
L’eau et les terres fertiles en particulier sont disputées dans un modèle pastoral fragilisé par la double pression de la croissance démographique et la désertification.
Les périodes de stress alimentaires déstabilisent des économies locales déjà vulnérables. L’exploitation des ressources minières suscitent aussi de nombreuses tensions.
L’objectif du programme paix vise à instaurer des mécanismes de gestion concertée des ressources entre les différentes composantes socio-économiques des territoires, et à favoriser la capacité des communautés à résister aux périodes de crises :

La transhumance est par exemple l’un des facteurs de tension les plus répandus. Au Tchad, ACORD et la plate-forme Kawtal mènent une étude critique du cadre législatif et réglementaire qui régit la transhumance afin d’élaborer une proposition de gestion coopérative des ressources naturelles.
En Centrafrique, les tensions entre éleveurs peuhls et cultivateurs ont joué, et jouent encore, un rôle déterminant dans la dynamique du conflit politique. Des concertations entre communautés sont organisées dans les zones où ces frictions alimentent les tensions politiques.

Pour en savoir plus, voir le rapport publié le 18 juin 2015 « Les Peuhls Mbororo de Centrafrique, une communauté qui souffre », par l’Association pour l’Intégration et le Développement Sociale des Peuhls de Centre-Afrique (AIDSPC), partenaire du CCFD-Terre Solidaire

Au Tchad, des mécanismes d’alerte précoce des crises alimentaires permettent aux populations d’un même territoire d’échanger des informations et de coopérer.
Dans les zones méridionales, les communautés affectées par l’exploitation pétrolière se concertent pour élaborer des plans de développement, en lien avec les pouvoirs publics.

Construire un vivre-ensemble sur des valeurs citoyennes

La question identitaire est au cœur des conflits de la région : l’engrenage des cycles de violence incite les populations à se replier sur leur appartenance communautaire, ethnique ou confessionnelle, à sur-valoriser leur « légitimité » sur leur territoire au détriment d’autres occupants (éleveurs, minorités, migrants plus ou moins récents)…
Depuis la colonisation notamment, cette réaction est accentuée par les stratégies politiques visant à embrigader les populations et à diviser pour mieux contrôler un territoire.
La question identitaire est aggravée par les interférences des conflits dans les pays voisins et les luttes d’influence (dans le triangle Libye, Tchad, Soudan notamment). La construction des États post-coloniaux, fondés sur des découpages arbitraires, n’a pas dissous les appartenances, elle a au contraire plutôt aiguisé les rivalités entre groupes ethniques pour l’appropriation de leurs ressources naturelles et financières.
Face à ces phénomènes, les tentatives de dépasser les appartenances grâce à la construction d’une citoyenneté sont une solution pour contrer ces logiques de division et conflits.

Chaque Etat a sa situation spécifique, de par son histoire, sa géographie, sa composition et les logiques de conflit sont différentes d’un cas à l’autre.
Mais de manière adaptée à chaque contexte, le Programme paix soutient des initiatives qui relèvent de la même démarche : objectiver un conflit pour le dégager de l’engrenage du rejet de l’autre et traiter les causes concrètes de tension, créer des passerelles entre groupes par des initiatives de dialogue, par des activités communes, mettre en place des mécanismes de proximité pour le règlement des conflits.
Au Tchad, des initiatives visent à impliquer des associations de jeunes dans la vie publique, à renforcer les capacités d’organisation, à faire émerger des leaders dans la communauté musulmane afin de favoriser leur inclusion dans la communauté nationale.
-* Voir le Projet de dialogue inter-religieux au Tchad
Comment parler de vivre ensemble dans une société où deux communautés de religion différente, chrétienne et musulmane, s’observe avec méfiance et font peu d’effort pour partager leurs valeurs et leurs cultures
 ?

En Centrafrique, la séquence de violences entamée depuis décembre 2012 est due à une accumulation de crises non résolues : la question de la nationalité des populations musulmanes, la question éleveurs Peuhls Mbororos, l’une et l’autre ont alimenté les méfiances interconfessionnelles. C’est ce faisceau de tensions qu’il faut dénouer une à une, en analysant les problèmes lié à la transhumance, en travaillant sur la question de la nationalité, en créant une plateforme multiconfessionnelle. Une plateforme régionale spécifique à la question des Peuhls, incluant la Centrafrique, le Tchad et le Cameroun a été créée.

Renforcer la redevabilité des systèmes politiques pour les mettre au service des citoyens

Si les conflits s’enracinent dans des causes structurelles, ils sont toujours enflammés par des luttes pour le pouvoir, rendant les États incapables de gérer pacifiquement et démocratiquement les défis communs. Engager les régimes dans ces processus réellement démocratiques, participatifs, respectueux des droits et pluralistes contribue à substituer des mécanismes pacifiques au recours à la violence. Dans cette transformation de long terme, la société civile a un rôle majeur à jouer.
Le Programme paix soutien des initiatives dans cinq domaines :

- Le contrôle citoyen de l’action publique, la lutte contre la corruption, le suivi des politiques d’investissement, notamment au Tchad en lien avec les industries extractives.

- La participation aux processus politiques. Au Tchad, le Comité de suivi Appel à la Paix et à la Réconciliation, plaide pour une approche inclusive pour bâtir une paix durable.
Voir le rapport du CSAPR publié mi-avril 2015 "Petites et grandes controverses de la politique française au Tchad", un rapport qui revient sur dix années de politique française et européenne au Tchad.
Consulter également le Rapport du CSAPR : "Les partis politiques tchadiens, quelle démocratie pour quelle paix ?", novembre 2014

PDF - 4 Mo
Télécharger le rapport : Les partis politiques tchadiens, quelle démocratie pour quelle paix ?

- La mise en place de cadres de dialogue
En Centrafrique, ces cadres sont mis en place dans les villes les plus sensibles pour apaiser les relations entre communautés et favoriser un retour des réfugiés et des déplacés. Au Tchad, la population est associée à l’élaboration de plans de développement.

- L’appui aux populations dans la défense de leurs droits contre les abus de l’administration, pour faire respecter les réglementations, ou dans les litiges qui les opposent aux compagnies pétrolières.

- Un réseau régional pour créer un espace d’échange entre acteurs politiques et de la société civile tchadiens et centrafricains, afin d’aborder les tensions entre les deux pays.

Les partenaires du Programme Paix

Au Tchad : CSAPR (Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation nationale), ACORD Tchad, APAD / REPPACT (Réseau pour la Promotion de la Paix et de la Citoyenneté au Tchad), GRAMP – TC (Groupe de Recherches Alternatives et de Monitoring du Projet Pétrole Tchad Cameroun)
En Centrafrique : ACORD RCA et OCDH (Observatoire Centrafricain des Droits de l’Homme)
Au Soudan du Sud : ACORD Soudan du Sud

Pour en savoir plus sur le programme :

PDF - 2.4 Mo
Télécharger l’intégralité du bulletin d’information n°1, mai 2013
PDF - 1.2 Mo
Télécharger l’intégralité du bulletin d’information n°2, novembre 2013

Nos projets

28 avril 2016 PIJCA

Centrafrique, témoignages des jeunes combattants pour la paix

La Plateforme interconfessionnelle des jeunes centrafricains, la PIJCA, a réuni depuis le début de la crise des jeunes de toutes (...)

24 février 2016 CSAPR

Protestation et indignation populaire au Tchad

Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique, revient d’une mission au Tchad. Avec Abderamane Ali Gossoumian, Coordinateur national du (...)

30 septembre 2015 CFDA

En Algérie, les familles de disparus veulent la vérité

Les cicatrices de la « Décennie noire » en Algérie peinent à se refermer. Le mystère entoure toujours le sort de quelque dix mille personnes (...)

S’informer

9 juin 2016

Edito : Pas de paix sans justice, ni développement

FDM n°293

Mars 1993, Colombie : en tant que nouveau responsable du service Amérique latine, je suis accueilli par des responsables des ONG (...)

1er juin 2016

Défenseurs des droits humains, l’ONU doit s’engager

A l’initiative de The Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights et Platform against Impunity (ISHR) en mai 2016, des (...)

30 mai 2016

Centrafrique : le CCFD-Terre Solidaire consolide son soutien à la société civile

Au début de la crise politique en 2012, le CCFD-Terre Solidaire n’a pratiquement plus de partenaires dans ce pays, malgré quelques (...)