Un avenir sans faim

Publié le 29.03.2006 • Mis à jour le 13.02.2013

La terre, une ressource fragile et convoitée

Les petits paysans souffrent d’une pression foncière sur tous les fronts : expansion du soja, concentration, destruction des sols, déforestation

Historiquement, Santé Fé est une zone de terres peu productives était vouée à l’élevage. Aujourd’hui, on y plante aussi du soja transgénique grâce au paquet technologique de fertilisants toxiques qui permet de semer partout. Cette plante a ainsi repoussé la frontière agraire de l’Argentine, accentuant la déforestation. Santa Fé est devenue la seconde province la plus productrice de soja en Argentine. Si San Javier n’est pas la zone la plus envahie par cette culture, elle y est suffisamment répandue pour avoir des impacts sur la vie des paysans.

La concentration de la terre

La propriété de la terre a toujours été concentrée en Argentine, mais un nouveau processus s’est engagé avec le développement du soja : la majeure partie des terres est passée aux mains de 6000 propriétaires. Les paysans de San Javier n’ont pas connu de délogements armés comme ceux de la province de Santiago del Estero. En revanche, ils sont victimes de sortes de délogements « légaux » : ils sont obligés d’abandonner leurs terres parce que leurs superficies sont trop petites pour survivre, qu’ils n’ont pas accès aux services et à l’électricité. D’autant plus que la plupart n’ont pas de titres de propriété. Il y a bien une loi qui donne droit à la terre après vingt ans d’occupation, mais les démarches administratives et judiciaires sont coûteuses.

Épandages d’herbicides

Les petits producteurs qui se sont retrouvés coincés entre de grandes exploitations reçoivent des épandages aériens. Le soja résiste au Round up Ready (un produit à base de glyphosate commercialisé par Monsanto). Or, trois ou quatre applications de cet herbicide sont déversées par production, même les jours de vent, sans respecter la législation. Cela détruit les potagers, intoxique les animaux. On voit l’impact de l’herbicide jusque sur les arbres des villes.
Il y a eu des intoxications humaines. Car on asperge même les maisons. En plus, les chemins de terre qu’utilisent les paysans sont détruits par les camions qui transportent ces grosses récoltes. Les familles ne peuvent plus transiter, se rendre à l’hôpital. Malheureusement, il est difficile de réclamer leurs droits : la police rurale reçoit des donations des cultivateurs de soja !

La déforestation

L’impact des déforestations a été l’une des causes des inondations de Santa Fé en 2004 quand un quart de la ville a été submergée jusqu’aux toits. Beaucoup d’animaux sauvages ont perdu leur habitat naturel à cause de ces inondations, des déboisements et des épandages. Au Nord de San Javier, la situation est pire. Si bien que des paysans ont fait pression pour la promulgation d’un décret freinant la déforestation. Mais s’il a été signé, il n’est pas respecté. Les grands entrepreneurs continuent à acheter des terres et à défricher. Ils détiennent de grands capitaux, négocient avec les hommes politiques et empêchent la diffusion d’études démontrant les impacts négatifs du soja.

Gestion durable des ressources

Les habitants de San Javier ont formé une commission dénommée « Eco San Javier ». Elle travaille contre la disparition des forêts natives. Dans ce cadre, nous développons une proposition de production dans la forêt, en préservant la végétation. Il s’agit de produire en systématisant des techniques de cultures et d’élevages sur des pâturages et des champs rotatifs, sans déboiser. Nous défendons une gestion durable des ressources naturelles.

Propos recueillis par Cécile Raimbeau

Viviana Quaranta est l’une des responsables d’Action Educative, une association argentine de la province de Santa Fé. Elle soutient des familles rurales de San Javier ne cultivant qu’un à deux hectares.

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