Publié le 09.12.2014 • Mis à jour le 08.01.2015

Face à l’agro-industrie, une ONG Colombienne se bat en faveur de la transformation sociale

Partenaire du CCFD-Terre Solidaire depuis 2009, l’ONG colombienne Censat Agua Viva appuie les capacités des communautés menacées par des projets d’infrastructures ou agroindustriels, notamment d’agrocarburants. Tatiana Roa Avendaño, sa coordinatrice générale, témoigne de la situation dans la région de l’Orinoquia, dans le bassin amazonien.

Quelle est la politique de la Colombie concernant la production d’agrocarburants ?

Il y a eu une importante promotion de la production d’agrocarburants de la part des trois derniers gouvernements. Cela s’est traduit par une série d’incitations fiscales ou des subventions accordées aux producteurs par le biais de différents programmes. Ces mesures, largement entachées de corruption, font que les grandes plantations productrices des matières premières comme la canne à sucre et la palme africaine, se sont étendues de manière importante dans le pays.
On assiste également à un processus de reconversion d’unités de production de sucre en unités de production d’éthanol. Quant à la palme, qui connaît une expansion rapide, elle pousse désormais là où elle n’était pas présente auparavant, comme dans l’Orinoquia, la nouvelle « frontière agroindustrielle » qui est en train de se développer à l’est de la Colombie, aujourd’hui envahie par des entreprises nationales et internationales.

Ces terres n’appartiennent à personne ?

La région est considérée comme une zone de «  baldios  », des terrains en friche et des terres vierges appartenant à l’État colombien, qui ne peuvent, en principe, être attribués qu’à des familles de paysans dans le cadre d’unités familiales productives (UAF). La surface de ces UAF varie en fonction de la qualité du sol. Dans l’Orinoquia, elles peuvent atteindre de 900 à 1 500 hectares car la terre est très acide et peu productive.
Les entreprises ont donc recours à des «  testaferros », des prête-noms, pour acheter des parcelles de terrain et se bâtir de grands domaines. Cela a été dénoncé et, maintenant, le gouvernement est en train de travailler à une nouvelle loi qui viendra régulariser ces accaparements illicites par les entreprises.

Quelles sont les conséquences pour les populations locales ?

Cette région abrite une grande diversité de peuples indigènes, tous différents, mais de taille réduite, 200 à 300 personnes pas plus. Avec l’arrivée des entreprises et la colonisation de leur territoire, ils se sont retrouvés cantonnés dans des « resguardos », des réserves, et ces nomades sont aujourd’hui forcés à la sédentarisation.
Quant aux familles paysannes, elles se retrouvent elles aussi de plus en plus isolées, entourées de monocultures et doivent affronter les dégâts environnementaux causés par ces plantations. Les fumigations aériennes de pesticides contaminent la terre et l’eau. Cette question de l’eau est très importante, car, outre la contamination, l’activité des plantations a provoqué des sécheresses.

Comment les communautés font-elles pour résister à cette pression ?

En refusant de quitter leur territoire. Mais cela nécessite un processus communautaire de développement de la production alimentaire locale afin de permettre aux populations de se maintenir sur place. Or, il est très difficile de lancer de tels processus dans une région qui n’est pas densément peuplée. D’autre part, ces communautés, à la différence de celles que l’on trouve dans les régions andines, ne sont pas historiquement consolidées, avec une culture très forte, et n’ont, en général, pas de structure organisationnelle bien établie.

Comment intervient le Censat ?

Nous travaillons sur plusieurs niveaux : la formation, la documentation, l’accompagnement des communautés et l’appui à celles qui sont en résistance. Une autre partie de notre travail consiste à promouvoir des alternatives au développement, comme la gestion communautaire de l’eau, la production agroécologique, les réserves forestières communales et la gestion des bois. Tous nos programmes sont liés aux réalités locales. Le public et la thématique dépendent du contexte. Dans certains endroits, on aura un public multiculturel, avec des Afro-colombiens, des paysans, des métis, des indigènes. Dans d’autres, il n’y aura que des paysans. À partir de cette réalité, on construira une pédagogie adaptée qui répondra à tel ou tel problème tout en prenant en compte les aspects environnementaux, sociaux et la situation des droits humains existants. Enfin, nous organisons des rencontres dans lesquelles les communautés victimes de ce développement agroindustriel se retrouvent et forment des réseaux.

Qu’attendez-vous de vos actions ?

Des transformations sociales ! Grâce à notre travail sur le terrain, on constate que des constructions nouvelles commencent à émerger. Et se convertissent parfois en politique publique. Plusieurs municipalités ont accepté que les droits à l’eau soient reconnus, d’autres soutiennent la production paysannes et le développement des marchés locaux. Nous avons également pu, avec d’autres ONG, stopper certaines lois qui posaient question. Comme celle sur les forêts, qui proposait en fait la marchandisation de la forêt et des bois. Ou cet autre projet sur le statut du développement rural qui était particulièrement nuisible pour le monde paysan.
Plus récemment, après un travail de dénonciation relayé au niveau international, l’enseigne Body Shop, qui achetait une partie de la production de palme de la région, a mis un terme au contrat qui la liait avec l’exploitant de la palmeraie productrice parce qu’il occupe illégalement ces terres.

Pour en savoir plus, voir le site de l’ONG colombienne Censat Agua Viva

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