Publié le 01.11.2003 • Mis à jour le 29.06.2012

Luis Galicia, Guatemala

Interview Luis Galicia, délégué de la plateforme agraire, suite à la Conférence de l’OMC de Cancun (septembre 2003).

Expropriation et famine

> Quelles sont les principales difficultés dans le secteur agricole guatémaltèque ?
Luis Galicia : La crise du café crée une situation dramatique dans des zones où les grandes exploitations (fincas) étaient assez prospères. Beaucoup de travailleurs qui vivaient dans ces fincas ont été congédiés alors que leur famille y travaillait depuis plusieurs générations. En outre, des milliers des petites exploitations caféières ont fait faillite et les paysans sans-terre qui étaient employés le temps de la récolte sont dans la misère. Cette situation a augmenté la vague d’émigration vers le Mexique et les États-Unis. Toutefois, notre organisation a perçu cette crise comme l’occasion de promouvoir un autre modèle agricole. Car, d’un côté, beaucoup de terres hypothéquées par les banques sont en vente, de l’autre, des milliers de sans-terre sont affamés. Il semblait donc logique de connecter les deux problèmes en remettant les fincas en faillite aux chômeurs de la crise, avec un appui technique et financier pour commencer à retravailler.
Cependant, le Fonds de terre qui a été créé dans le cadre des accords de Paix est un instrument financier qui cherche surtout à « marchandiser » la terre. Or, au Guatemala, il y a certes une demande de terre, mais cette demande n’a pas de capacité pour acheter. De plus, la possession de terre est non seulement un bien économique, mais l’oligarchie la perçoit comme un symbole de statut et une force de pouvoir. Elle n’a jamais été disposée à vendre…
Les politiques voulues par l’Omc enclenchent une sorte de cercle vicieux : plus les marchés sont ouverts, plus les petits producteurs s’appauvrissent, plus les grands rachètent la terre. C’est un phénomène récurrent. Par cet engrenage, les bureaucrates des gouvernements militaires se sont octroyés des portions énormes des départements d’Itzabal et du Peten, expropriant les communautés par des intimidations et des actes de force. Au Guatemala, le cadastre a toujours été utilisé pour justifier l’expropriation abusive des indigènes, même quand la population détient des titres très anciens de propriété.

> Quelles positions défend la Plate-forme face à l’Omc ?

L. G. : Nous ne réclamons pas l’élimination de toutes les subventions, mais seulement de celles versées aux grands producteurs des pays développés. Nous défendons une politique intégrale de développement rural qui, précisément, demande une série d’aides aux petits agriculteurs et nous exigeons des soutiens gouvernementaux pour ces derniers. Malheureusement, nos gouvernements sont les représentants d’une oligarchie autoritaire. Nous ne pouvons attendre plus d’eux que ce qu’ils ont été capables de faire dans les négociations de l’Alena avec les États-Unis. Notre pays était alors sorti du consensus centre-américain pour baisser ses barrières douanières et ouvrir les portes aux importations gringas. Pourtant, il est évident que les petits et moyens producteurs guatémaltèques ne sont pas en condition de concurrence équilibrée avec les Nord-américains….
En revanche, en utilisant les connaissances traditionnelles indigènes, le Guatemala pourrait facilement développer des productions diversifiées et ainsi améliorer la sécurité alimentaire, l’approvisionnement du marché intérieur, tout en appuyant les capacités d’exportation. Au lieu de cela, les autorités renforcent ce modèle agro-exportateur qui a cent ans et nous a mené à la famine.

Propos recueillis par Cécile Raimbeau

Paru dans Faim Développement Magazine n°189, novembre 2003

Plate-forme agraire
La Plate-forme agraire est l’alliance de diverses organisations de la société civile guatémaltèque. Composée d’associations d’indigènes et de paysans, de défense des droits de l’homme, d’écologistes et d’organisations sociales de l’Église catholique, la Plate-forme participe activement aux efforts de redistribution de la terre, l’un des grands enjeux du pays depuis les accords de paix de 1996.

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