Publié le 23.09.2008 • Mis à jour le 13.02.2013

Haïti après le passage de quatre ouragans et tempêtes

Les partenaires du CCFD-Terre Solidaire

La situation qui s’abat en ce moment sur Haïti nous préoccupe et nous mobilise. Dans un contexte de désolation, le CCFD tient toutefois à souligner l’attitude responsable de plusieurs ONG et mouvements sociaux haïtiens en vue de la reconstruction du pays ; reconstruction qui passe par un sursaut citoyen et par une plus grande responsabilisation de l’Etat. La participation de la société civile aux travaux d’urgence et de reconstruction a déjà débuté. Le gouvernement de Mme Michelle Pierre-Louis, qui vient à peine de prendre fonction le 5 septembre dernier, aura à coordonner ces efforts et à utiliser au mieux l’aide internationale qui commence à arriver. Mais, comme le rappellent les partenaires du CCFD et les organisations de la société civile haïtienne, il faut compter sur la participation de la population et engager des actions sur le long terme.

Rappel des faits

En l’espace de moins d’un mois (du 16 août au 7 septembre 2008), Haïti a été traversé par quatre ouragans et tempêtes tropicales (Fay, Gustav, Hanna et Ike), laissant dernière eux un bilan humanitaire marqué par un grand nombre de décès (plus de deux cents), des destructions massives et un état général de désolation.

La tempête tropicale Fay a traversé Haïti le 16 août, avec des vents de jusqu’à 100km/h. Elle a touché surtout le Département du Sud, laissant derrière elle une dizaine de morts et disparus. Le 26 août, Haïti était à nouveau frappé, cette fois-ci par l’ouragan Gustav, classé en catégorie 4 (dans une échelle de 1 à 5). Des vents allant jusqu’à 240km/h ont ravagé les zones côtières des départements du Sud-Est, du Sud et de la Grande Hanse, faisant plus de 80 morts. Néanmoins, la catastrophe était loin de s’achever. Une semaine plus tard, c’est un nouvel ouragan, Hanna – de classe 1 – qui va s’attaquer au Nord d’Haïti et notamment au département de l’Artibonite et à la déjà tristement célèbre ville de Gonaïves. Finalement, l’Ouragan Ike (classe 4) va toucher l’ensemble du territoire et particulièrement le Centre et le Nord d’Haïti, le 7 septembre. Son bilan meurtrier concerne notamment la ville de Cabaret à 30 km de la capitale, Port-au-Prince. Selon les services de Météo-France, cette situation où un même territoire est touché par 4 cyclones consécutifs est quasiment inédite.

Un rapport préliminaire et partiel du Ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) évalue les dégâts à plus de 23 millions de dollars. Mais ces chiffres, sans doute incomplets sont à manier avec précaution car les données collectées ne concernent que 5 départements. On estime que les superficies agricoles affectées s’élèveraient à 63 777 hectares. A cela il faut ajouter les pertes en matière d’infrastructures agricoles, notamment les systèmes d’irrigation. Des organisations paysannes parlent de la destruction de prés de 80% des plantations agricoles ; les pertes concernant l’élevage varient entre 60 et 90% selon les départements.

On déplore moins de pertes en vies humaines que lors de la tempête Jeanne en septembre 2004, qui avait pris la population de Gonaïves par surprise. Mais les dégâts matériels sont beaucoup plus importants et se repartissent sur l’ensemble du territoire haïtien.

Malheureusement, tout le monde est d’accord pour prévoir l’inefficacité totale ou tout au moins partielle les actions de secours du gouvernement et de l’aide internationale ne toucheront pas ou très peu les paysans des zones les plus reculées du pays.

Les saisons cycloniques et la vulnérabilité d’Haïti

Les Caraïbes se trouvent sur la route des cyclones qui se forment au-dessous de l’Océan Atlantique. Lorsque les spécialistes en météorologie annonçaient, en janvier 2008, que la saison cyclonique sur les Caraïbes (juin à novembre) devrait être plus importante que la moyenne en 2008, personne ne pouvait imaginer que quatre de ces phénomènes allaient s’abattre sur un même pays. Les conséquences sont d’autant plus graves pour Haïti que, pour cause de la pression démographique (près de huit millions d’habitants pour une superficie de 27.750 km²), de la pauvreté et du manque d’alternatives économiques et énergétiques, le déboisement a décimé la couverture végétale du pays. Ainsi le territoire assez montagneux se trouve fragilisé pour retenir les terres. Du coup, à chaque pluie les villes, situées en plaine, sont envahies par les déchets et de la boue qui entraînent à leur tour la perte de terres agricoles. La conséquence immédiate est l’appauvrissement des sols qui conduit à la fois à des pertes en termes de productivité et, au sein d’un un cercle vicieux, à encore accentuer la pauvreté des populations.

Les conséquences à court et moyen terme

« Aprè pasaj 4 siklòn yo, Fay, Gustav, Hanna ak Ike, nou poko bouke konte kantite kadav, moun ki deplase, ti moun ki lage san paran, moun ki disparèt, epi evalye gwo defisi ekonomik peyi a konnen nan moman sa a. Nan prèske tout kwen peyi a, nou jwenn yon valè tè anba dlo, anpil mòn ki glise desann, kantite tòn tè ki ale nan lanmè, anpil pye bwa ki rache, pifò jaden devaste, anpil zannimo ale nan dlo, anpil kay kouvri ak dlo epi yon latriye lòt kraze, san nou pa bliye yon latriye pon dlo bwote ale ki lakòz anpil wout prensipal ak segondè yo nan peyi a koupe  ».
(Déclaration commune de 16 organisations sociales haïtiennes,
dont Tèt Kole, ITECA, MPP, PAPDA)

Les conséquences les plus évidents sont la décapitalisation des paysans par la destruction de leurs cultures et la perte de leur petit bétail. Cela laisse entrevoir l’aiguisement de la crise alimentaire qui touchait le pays avant même le début de la saison cyclonique.

La situation des partenaires du CCFD et des organisations et des groupes avec lesquels ils travaillent

Concert-Action lance un appel pour désenclaver la région de Petit-Goâve

Plusieurs sections communales de la région de Petit-Goäve se trouvent pour le moment inaccessibles en voiture, et tant que des travaux de rétablissement de la voirie ne seront pas entrepris, il sera difficile d’acheminer l’aide nécessaire aux sinistrés. Il sera également difficile d’évacuer vers Petit-Goâve les malades qui se présentent au Centre de santé et dont l’état rend nécessaire une prise en charge plus pointue. Il sera enfin difficile d’envisager la poursuite de plusieurs projets en cours. En effet, Concert-Action apporte à ces communautés défavorisées un appui depuis plusieurs années dans les domaines de la santé communautaire, de l’eau potable, et de l’agriculture.

Les familles de la zone qui participent aux efforts de développement mais dont le pouvoir d’achat était déjà fortement affecté par la pauvreté et la vie chère, ont subi des pertes considérables. On craint une situation de famine dans quelques semaines d’autant plus si la zone reste inaccessible. La récolte prévue pour le mois de septembre est perdue, ce qui va priver les exploitations agricoles de semences pour la plantation d’octobre. 

Les familles, les membres d’associations locales, les autorités des sections communales, commencent à se mobiliser. Mais leurs moyens restent insuffisants ; d’ailleurs, ils sont déjà fortement sollicités par l’effort nécessaire à leur propre survie dans un contexte général des plus difficiles.

Les organisations paysannes haïtiennes ont besoin d’accompagnement

Le KNFP (Conseil National de Financement Populaire) travaille dans l’ensemble du pays avec des organisations paysannes et des Mutuelles de Solidarité qui pratiquent le microcrédit. Le déferlement des crues de plusieurs rivières du pays ont failli emporter des membres de l’équipe qui sillonnaient les zones rurales d’Haïti. Si les pertes matérielles pour l’ONG restent modestes (une voiture endommagée), le plus grave néanmoins se passe chez les organisations paysannes accompagnées par elle.

Parmi ces organisations on trouve, par exemple, le Mouvement Paysan Gros Morne, dans le département de l’Artibonite, avec qui le CCFD est en contact régulier, compte-tenu du travail développé par le KNFP dans la zone. Ils témoignent : « La commune de Gros-Morne a été vraiment frappé par les cyclones, on a 15 morts et plus de 20 maisons complètement détruites et des centaines endommagés, les jardins [champs, potagers] sont complètement détruits, des têtes de bétails ont été emportés par l’eau, nous sommes vraiment touchés par les tempêtes, nos paysans ont été vraiment victimes. Il y a une crise alimentaire qui nous attend ici à Gros-Morne vue les jardins qui ont dévastés. »

Justice et Paix lance un appel à l’État

Tout le pays est victime de la situation. Les grands axes routiers, surtout ceux allant vers le Nord, sont sérieusement endommagés. La ville de Gonaïves, qui avait subi les conséquences tragiques du cyclone Jeanne en septembre 2004 (plus de trois mille morts), est à nouveau celle qui paye le plus lourd tribut en nombre de vies. Encore aujourd’hui, elle reste inondée, envahie par la boue. Les trois ponts qui relient la ville au reste du pays ont été détruits. Cela affecte l’ensemble du pays : les réseaux d’approvisionnement alimentaire sont sérieusement touchés et une crise alimentaire de grandes proportions est à prévoir si rien n’est fait au plus vite.

Les inondations entraînent aussi des pillages et entretiennent un climat de violence. Le début des classes a été renvoyé à octobre. Mais JILAP attire l’attention du gouvernement sur la nécessité de préparer cette échéance.

Dans son analyse, Justice et paix attire l’attention pour les responsabilités des gouvernements successifs et considère que la situation de crise qui traverse le pays est la « conséquence des négligences et incompétences, de la corruption, l’impunité et l’insouciance des élites politiques ».

En décembre, quand la saison des cyclones et des pluies sera passée, JILAP attend du gouvernement que soit entamé d’un travail de fond sur la gestion de risques, un devoir d’Etat : il faut déterminer par avance les lieux de rassemblement de la population. Il faut préparer cela en associant la population.

JILAP envisage de lancer une campagne similaire à celle qui avait permis à des milliers de citoyens, pendant la période post-Jeanne (septembre 2004), de refaire leurs documents d’identité. Des commissions paroissiales de droits humains seront mobilisées pour venir en appui aux instances de registre civil et mener une campagne de documentation des personnes ayant tout perdu pendant cette catastrophe. Cette action part du principe que le registre civil est une condition d’accès à la citoyenneté.

La situation au Département du Sud : l’analyse et le bilan de FONHSUD

La crise humanitaire qui traverse le pays est analysée par l’ONG FONHSUD, partenaire du CCFD, avec la crise politique comme toile de fond : une crise qui entraîne de nombreux jeunes à désespérer de l’avenir, à ne plus reconnaître dans les institutions des références pour gérer le « vivre ensemble ». FONHSUD rappelle, dans ce contexte, la nécessité d’une nouvelle planification de l’espace avec la participation de l’ensemble de la population. Il en ressort également de l’analyse du FONHSUD, la nécessité de renforcer l’axe d’intervention prioritaire concernant l’environnement.

Dans le territoire de rayonnement des actions de FONHSUD, les routes impraticables et la persistance des inondations (plus de deux semaines après le passage du dernier ouragan) rendent plus difficile l’assistance aux victimes. Un bilan toujours provisoire fait état de pertes considérables. Parmi les bénéficiaires de leurs projets de développement, on compte plus de 115 animaux disparus (cabris, volailles, cochons…), 79 maisons endommagées et 7 maisons détruites. Les pertes les plus significatives concernent l’agriculture. Plus de 74 parcelles ont été inondées ou dévastées par la force des eaux descendant les collines.

Klib Timoun : Jusqu’à présent, nous n’avons pas pu établir des contacts avec les responsables du mouvement (membre du MIDADE, Action Catholique des Enfants au niveau international) pour connaître la situation des enfants accueillis par le Centre de formation professionnel et de manière générale, la situation dans leur zone de travail.

22 septembre 2008

Pour toute information :
Walter Prysthon,
chargé de mission Amérique Latine au CCFD
w.prysthon@ccfd.asso.fr

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Haïti après le passage de quatre ouragans

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