Publié le 30.11.2011 • Mis à jour le 03.10.2012

Lettre ouverte aux Autorités du Pays

Et aux Hommes et Femmes qui désirent ce qui est bon pour notre Pays

La Commission Episcopale Nationale Justice et Paix s’est réunie en Assemblée Générale cette année au Centre ITECA à Gressier, du 22 au 26 novembre 2011. Nous étions 70 délégués des 10 diocèses ou départements du pays.

Cette année, nous avions choisi d’approfondir la question : « Justice et Paix est engagée pour la réconciliation du pays dans la vérité ». Nous avions choisi le thème à cause de la situation difficile que traverse le pays en ce moment ; on dirait que la crise est sans fin, et ce sont surtout les pauvres et ceux qui déjà vivent des situations difficiles qui en paient les frais.

La situation est grave. La population est à bout de force. Comme disciples du Christ, nous sommes indignés devant les négligences, le manque de volonté et de sens de responsabilité pour résoudre les problèmes. Nous nous sentons humiliés et fatigués.

La situation écologique du pays, qui est le résultat de tant de négligences et laisser faire, de luttes intéressées sans aucun souci pour le pays, vient encore aggraver la situation générale et mets la maladie à nu.

Les autorités (politiques, économiques et religieuses), comme la société civile, doivent donner preuve qu’elles comprennent les problèmes.

Certes, il n’y a pas de guerre civile dans le pays, mais les formes de violence sont multiples : dans la rue comme dans les gestes et discours. Ce qui est grave, certaines mains cachées fomentent la violence, parfois invisible … dans la poursuite de leurs intérêts.

Les élections pour les collectivités territoriales qui doivent se tenir dans un avenir pas trop lointain peuvent encourager les divisions et actes de violence dans les communautés, parce que plusieurs groupes politiques chercheront à renforcer leur présence dans les communautés, chacun avec leurs propres alliés.

Les préoccupations, valeurs et principes qui doivent guider la gestion et l’accompagnement des conflits sont connus. La Vérité demande de reconnaitre sa propre responsabilité dans la situation actuelle ; la Vérité implique la transparence dans les discours ; le Respect doit s’étendre même à l’adversaire ; il faut arrêter la pratique de la démonisation ; puis, il faut arrêter à se considérer comme l’unique victime innocente, qui n’a jamais fait rien de mal. Chaque personne est une personne humaine ; même l’ennemi est une personne humaine.

Voici nos convictions profondes :

  • Dieu nous a confié cette société à construire ensemble, nous habitons un même pays. Nous ne devons pas permettre au vent de division de nous mener. Chaque cassure dans la chaine qui doit nous unir, est une insulte à notre devise nationale.
  • Si nous sommes d’accord de dialoguer dans la vérité, si le pays et notre peuple sont notre commun intérêt, nous serons en mesure d’atteindre une entente, qui permet d’avancer.
  • Comme disciples de Jésus Christ, nous gardons notre espérance que le changement pour une meilleure vie pour tous est possible.

Voici ce qui doit être à la base de ce dialogue :

  • Les autorités, surtout les autorités politiques, doivent être conscientes qu’elles sont au service du peuple Haïtien, non pas au service d’une grande puissance étrangère. Dès le jour de leur élection, ils doivent poursuivre le bien commun du peuple. Les chemins à suivre peuvent différer (en fonction de leurs idéologies), mais le bien du pays et de sa population doivent primer avant tout.
  • Il y a des pratiques à dénoncer comme peuple et à rejeter :
    • La corruption, le détournement d’argent pour avantage personnel ; acheter les consciences avec de l’argent ; donner plus d’importance à l’argent qu’à la personne humaine ;
    • La protection de criminels ; soutenir des situations où les coupables ne sont pas punis et les victimes ne trouvent pas de justice et réparation ; le mensonge, l’égoïsme et la recherche d’intérêt personnel démesurée.
  • Il faut cultiver la tolérance et le respect entre les opinions politiques ; les Pouvoirs de l’Etat doivent respecter leurs limites et leurs rôles respectifs.
  • Les élections en perspective ne devraient pas continuer à être marquées par la violence et l’intolérance. Au contraire, elles doivent être un moment où le pays progresse sur le chemin de la démocratie et de l’Etat de droit.
  • Chacun doit grandir dans la confiance mutuelle, la confiance qui permettra de collaborer pour le développement du pays. Pour ceux et celles qui croient en Jésus Christ, la foi peut être une force qui les permet d’avancer dans cette direction.

Voici des propositions pour aider la réconciliation dans la vérité :

  • Il faut davantage de dialogue et concertation entre les acteurs sociaux, politiques et économiques dans le cadre d’un pan global de développement pour le pays.
  • Il faut prendre des décisions urgentes en faveur des gens dans es plus grandes nécessités : décisions en faveur de ceux qui se trouvent toujours sous les tentes ; il faut des mesures réelles et une organisation solide pour réaliser la scolarisation des enfants ; il faut des mesures pour protéger les paysans contre les forces de la nature ; i faut des mesures pour permettre à la justice de fonctionner correctement et d’être proche des citoyens.
  • Dans le domaine de la politique, il faut un pacte de bonne gouvernance pour empêcher le blocage du pays pour n’importe quelle raison.
  • Afin de sortir de cette transition démocratique qui n’en finit pas, les autorités compétentes doivent organiser le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) et un Conseil Electoral permanent et indépendant.
  • Les partis politiques et les candidats au niveau local doivent conclure des pactes et prendre des engagements pour s’abstenir de la violence et de l’emploi des armes pour exercer des pressions, provoquer la peur, violer la conscience et la confiance des gens et de voler leurs voix.
  • Les classes sociales supérieures doivent montrer plus de respects pour les classes sociales plus basses, ne pas les mépriser, et puis accepter que des mesures soient prises pour diminuer la stance entre riches et pauvres dans le pays.
  • Les élites économiques doivent se considérer au service du bien être de la population, au lieu de chercher exclusivement des profits personnels ; ils doivent créer du travail, payer des taxes correctement, répondre leurs obligations sociales ; elles doivent participer à créer les conditions qui permettent des investissements dans le pays.

Nous demandons aux Eglises d’appuyer publiquement toute initiative qui favorise l’écoute mutuelle et qui permet d’avancer sur le chemin de la réconciliation dans la vérité. Nous leur demandons d’aider les fidèles à mieux articuler leur foi avec leurs responsabilités sociales, et d’enseigner aux fidèles les principes moraux qui doivent guider la politique dans le pays.

Nous saluons « Religions pour la Paix » ; nous demandons que les religions collaborent pour sauver le peuple Haïtien.

Nous, membres de la Commission Justice et Paix, nous avons pris l’engagement de remettre ce message aux Autorités du pays, les autorités nationales et locales, les autorités ecclésiales incluses. Nous souhaitons qu’elles prendront conscience que les conditions de vie des gens simples ne peuvent pas continuer, parce qu’elles sont en contradiction avec la dignité et les droits des personnes.

Nous croyons en Jésus Christ qui a brisé les barrières qui séparaient les peuples et qui nous a permis de vivre bien entre nous, grâce à son sang (Eph 2,15). Nous lançons un appel également à tous les hommes et les femmes de bonne volonté d’écouter notre cri et de chercher des chemins de la réconciliation du pays dans la vérité.

Gressier, le 26 novembre 2011

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