Publié le 04.03.2004 • Mis à jour le 29.06.2012

Lionel Fleuristin - Haïti

"Les paysans nourrissaient le pays"

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Les paysans nourrissaient le pays
Paris, mars 2004

Que pensez-vous de la crise haïtienne et du départ du président Aristide ?
J’aurais préféré que l’on parle d’Haïti autrement, notamment du bicentenaire de l’indépendance et de la victoire contre l’esclavage. Mais il y a un sentiment d’espoir : cette crise porte en elle le désir des Haïtiens de construire une nation. La fin d’Aristide est un épiphénomène. Nous avons eu 55 présidents en 200 ans. Aujourd’hui, il y a la volonté de la société civile de construire une nation. C’est ça qu’il faut mettre en avant

Que représente pour vous cette tournée en France ?
Il s’agit de témoigner, de dire ce que mon organisation fait en faveur du monde paysan. C’est bien de se parler, de se connaître puisqu’on est dans le même combat.

Où en sont les paysans haïtiens ?
Le monde paysan a toujours été mis de coté alors qu’il nourrissait le pays et remplissait les caisses de l’Etat grâce aux exportations de café. Aujourd’hui, la fertilité des sols a baissé, la production agricole et les exportations ont chuté, le monde paysan est en crise. Les paysans viennent pour survivre à Port-au-Prince, la capitale, un monstre de 2 millions d’habitants, le quart de la population du pays.

A quand remonte la crise ?
Avant 1986, il y avait beaucoup de projets de développement agricole, des projets auxquels les paysans n’étaient pas associés et dont les fonds étaient détournés ou accaparés par la bureaucratie. Mais après 1986, après l’échec prévisible de ces banques de développement, on est passé au micro-crédit pour aider le petit commerce de produits importés, en délaissant les agriculteurs. Les frontières sont les plus ouvertes du monde caraïbe. On importe 60 % du riz consommé auprès des Etats-Unis qui le subventionnent. Les paysans haïtiens abandonnent la culture d’un riz qui ne se vend plus.

Que faudrait-il faire ?
Il serait mieux s’aider le monde paysan plutôt que de foncer dans une politique néo-libérale qui déstructure le pays. Il faut se tourner vers ce monde paysan plutôt que de l’abandonner et le livrer à la concurrence.

Que faites-vous, à votre niveau ?
Notre organisation couvre les 9 départements du pays, un millier d’organisations paysannes, 50 000 personnes. Nous soutenons des formations auprès de ces organisations paysannes, appuyons la création de banques de village et de mutuelles de solidarité pour la fourniture de micro-crédit.

Propos recueillis par Philippe Ortoli

Lionel Fleuristin est membre du Conseil national pour le financement populaire

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