Noël contre la faim
dossier

Spécial Haïti

Publié le 9 janvier 2012

Une situation très fragile et un enchaînement de grandes difficultés

Deux ans après le séisme du 12 janvier 2010, Haïti sort d’une longue période d’attente d’un réel démarrage de sa reconstruction. En effet, après le terrible séisme, se sont succédé à l’automne 2010 une épidémie de choléra qui a déjà fait 7000 morts et sévit toujours, plusieurs ouragans et de longs mois d’incertitudes politiques tout au long de l’année 2011.

Avec une campagne électorale débutée en août 2010, un premier tour en novembre, des premiers résultats contestés violemment (7-11 décembre 2010), des expertises ayant conduit au retrait du candidat du pouvoir en place, et enfin un deuxième tour fin mars 2011, dont les résultats parus début avril ont porté l’ancien chanteur Michel Martelly (dit « Sweet Micky ») à la Présidence de la République, le processus électoral ne s’est conclue par la mise en place d’un gouvernement qu’en octobre 2011, après 3 tentatives rejetées par un Parlement où Martelly n’a pas suffisamment de soutiens.

La mise en place tardive de ce nouveau gouvernement explique en partie l’absence de résultats concrets, et ce d’autant plus que le nouveau président à du mal à s’imposer, et à agir concrètement en dehors de beaux discours et inaugurations. Misant sur le secteur privé pour la reconstruction et le développement, le nouveau président annonce également des mesures controversées, notamment le rétablissement d’une armée sur fond d’une contestation de plus en plus virulente des institutions onusiennes (la MINUSTAH en particulier). On peut cependant noter un gros effort sur la scolarisation des enfants (avec une aide versée aux écoles de 90 USD par enfant scolarisé).

2011 a également vu le retour au pays des anciens présidents Aristide et Duvalier, et l’impossibilité aux organisations telle Amnesty de les mettre en justice ; ils sont donc là en toute impunité. Alors que l’insécurité augmente en cette fin d’année – comme à l’accoutumée - sur le plan économique, l’augmentation du prix du pétrole, de la nourriture, et l’amorce de chute de la gourde dénotent une économie vacillante.

Reconstruction

Le déblaiement des ruines se poursuit, atteignant bientôt 50% des débris soit 5 millions de mètres cubes en 2 ans. En comparaison, après le Tsunami de 2004, il a fallu 5 ans pour débarrasser les 1.3 million de mètres cubes à Aceh. On peut également rappeler qu’en France dans les années 1960, au Havre qui avait été rasé pendant la deuxième guerre mondiale, dans un pays aux institutions plus solides qu’Haïti et malgré le Plan Marshall, des enfants jouaient encore dans les gravats.
La ville ne dispose pas encore de plan d’urbanisme, toutefois le « bas de la ville » (Champ de Mars et alentours) a été déclaré zone d’aménagement prioritaire, et devrait voir la construction d’une cité administrative avec le soutien de la Fondation Prince Charles, projets qui connaissent des difficultés à se concrétiser. Aucun projet d’envergure n’est encore visible et on ne voit pas une seule grue à Port au Prince, et seulement deux à Pétionville !

Environ 35 000 logements anticycloniques et antisismiques ont été construits, accueillant environ 150 000 personnes. Sur les 1,5 million de personnes laissées sans abri par le séisme, environ 150 000 sont aujourd’hui relogées, 150 000 ont trouvé un logement par elles-mêmes, mais on compte encore plus de 500 000 personnes sous tente, dans une situation de grande vulnérabilité. Les abris temporaires en bois se multiplient, mais les protègeront-ils suffisamment des futurs désastres ? A l’écart de Port-au-Prince, quelques projets d’envergure semblent enfin aboutir, même s’ils ne sont pas forcément liés au séisme (route de Gonaïves à Port de Paix…).

Le projet de parc industriel de région du Cap Haïtien sur 246 hectares, grâce au financement de la BID et d’une firme sud-coréenne, devrait permettre la création de 35 000 emplois directs et 75 000 indirects, et accueillir 10 000 à 12 000 étudiants.

Avec la mise en place d’un nouveau gouvernement légitimé par les élections, on s’attend à ce que les bailleurs multilatéraux concrétisent leurs engagements pris dès la conférence de New York le 31 mars 2010, et que des réponses concrètes soient apportées à un certain nombre de blocages profonds (cadastre, planification urbaine et choix d’aménagement du territoire, lieux de reconstruction des bâtiments publics…). Malgré son peu de résultats concrets, le mandat de la CIRH (Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti) a été prolongé au-delà des 18 mois initiaux. Par ailleurs, l’ONU a lancé un nouvel appel à dons le 1er décembre 2011 pour couvrir les 231 millions de dollars américains nécessaires en 2012 pour financer 180 projets répondant aux besoins immédiats.

Du côté de l’Eglise, le désir d’exemplarité dans la reconstruction ayant conduit à la mise en place d’une structure d’appui technique pour la reconstruction des Eglises et bâtiments ecclésiaux, impulsée par les Conférences épiscopales américaine, française et allemande, dite « PROCHE » (Partenariat pour la Reconstruction de l’Eglise en Haïti), n’est pas sans provoquer d’importantes tensions au sein d’une Conférence épiscopale qui peine à s’unir autour de projets et priorités nationales.

Les catastrophes ne sont pas finies : inondations et choléra

Haïti ne s’est pas encore relevée de cette catastrophe que d’autres fléaux, habituels ou non, s’abattent à nouveau sur elle : ouragans, inondations, et reprise de plus belle de l’épidémie de choléra, faisant entre octobre 2010 et décembre 2011, 7000 morts et 500 000 malades. La gestion de cette épidémie dénote une fois encore la fracture entre capitale et campagnes reculées.

Présence internationale, ONGs et société civile locale

Malgré le retrait annoncé des ONG après la phase d’urgence, ce monde parallèle est toujours omniprésent à Port au Prince. Les difficultés internes d’ONG comportant un département développement et un département urgence installés seulement depuis le séisme, avec des règles de fonctionnement et des objectifs distincts, qui s’imposent aux mêmes partenaires, ne sont pas sans conséquences sur les acteurs locaux et leurs projets.

Des acteurs locaux motivés, qui ont besoin d’être renforcés pour mettre en place des projets porteurs d’espoir

De son côté, la société civile haïtienne, avec ses associations et ONG locales d’appui, est submergée depuis le séisme, s’étant lancé avec entrain et solidarité dans de nouvelles activités d’appui auprès de communautés auprès desquelles elle est légitime : distributions des semences, vivres et logements temporaires, réparations de routes, construction de maisons rurales, planification et mise en place de services publics de proximité avec les autorités locales, et même dans la santé… Ces associations dont font partie les partenaires haïtiens du CCFD-Terre Solidaire se trouvent paradoxalement à la fois en concurrence (pour les locaux, pétrole et ressources humaines) avec les ONG internationales qui ont littéralement colonisé le pays depuis la catastrophe, et extrêmement sollicités par les bailleurs internationaux qui sont leurs partenaires de plus ou moins longue date et qui cherchent tous, comme le CCFD-Terre Solidaire, à monter des projets de long terme avec des partenaires locaux fiables. Il leur est donc difficile de répondre de façon rapide, réactive et construite, aux sollicitations.

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