Publié le 12.01.2012 • Mis à jour le 27.04.2016

" Un peuple courageux et dynamique, laissé à son sort "

Un peuple courageux et dynamique, laissé à son sort et une élite qui refuse de prendre ses responsabilités

Pour le deuxième anniversaire du séisme du 12 janvier 2010

12 janvier 2012 fait exactement 2 ans que la terre a bougé en Haïti. Nous avions oublié la fragilité de la vie et de notre pays. Ce n’est pas le tremblement qui a produit cette crise où se trouve le pays ; mais il ‘a mis à nu. Nous saluons le courage de notre peuple, surtout le secteur informel qui dans des conditions très difficiles avec beaucoup de courage reprend à vivre et à s’organiser, avec l’aide de quelques amis. Nous saluons les amis de la communauté internationale, surtout les secteurs de l’Eglise, qui appuient les efforts du peuple pour vivre et s’organiser dans un mauvais moment. Nous saluons les responsables des différentes religions dans le pays qui depuis le tremblement de terre progressent sur le chemin de l’appréciation mutuelle.

Mais le peuple se sent abandonné. Il a le sentiment que trop de gens font du capital politique et économique sur sa misère.

  • Le pays doit être rebâti, et pourtant, jamais le taux de chômage n’a été si élevé.
  • Tous les discours évoquent les paysans et la décentralisation, et pourtant le gros des efforts concernent la zone de Port-au-Prince. Le peuple en dehors est toujours en dehors, parce qu’il est absent de la pensée des décideurs qui ne pensent pas à une politique agricole pour le pays.
  • Le pays est envahi par les organisations et leurs projets, mais sans planification.
    Où sont allées les aides promises ? Où sont exécutés les projets de la CIRH ? Où se situent les différents plans de reconstruction ?

Apres le séisme, tous espéraient que les responsables du pays allaient finalement se réveiller, et prendre conscience de la misère des gens et prendre des décisions pour organiser l’aide d’urgence, la reconstruction et pour introduire une décentralisation sérieuse. Mais on ne dispose pas des signes que de gros efforts sont entrepris dans ce sens.

Voici quelques constats :

  • Nous constatons un faux débat sur une fausse reforme constitutionnelle.
  • Nous avons observé des élections marquées par pas mal de violence, où les résultats des présidentielles et des législatives ont été analysés avec des critères différents.
  • Nous avons constaté l’apparition du cholera, mais aucune autorité n’a voulu prendre la responsabilité pour déclarer publiquement son origine.
  • Nous assistons au spectacle des Pouvoirs de l’Etat qui cherchent à étendre leur sphère d’influence aux frais des autres, au lieu de chercher une collaboration constructive en faveur du peuple et ses problèmes.
  • Nous assistons à des conflits entre partis politiques et entre Pouvoirs de l’Etat, qui illustrent clairement comment aucun Pouvoir dans le passé n’a pris une décision claire contre l’impunité et la corruption.
  • Nous assistons au retour dans le pays de quelques anciens dirigeants de l’Etat, qui reprennent discrètement leurs activités politiques. Est-ce qu’une purification de la mémoire ne serait pas plus importante ? Ne faudrait-il pas faire la vérité sur une tranche de l’histoire sans tordre le cou à la vérité et suspendre à cultiver l’oubli qui ne mène à rien ?
  • Nous constatons également comment les responsables du pays considèrent leur peuple et l’infantilisent, parce qu’ils refusent de l’informer sérieusement de façon complète et correcte, de façon à l’aider à avancer. Chaque jour le droit de la population à une information correcte est bafoué.
  • Nous sommes témoins des violences et brutalités exercées par des autorités pour réaliser leurs projets, ou bien on distribue de l’argent (des montants dérisoires) pour faire sortir les gens des places publics, sans qu’ils sachent où aller (comme a été fait pour vider la Place Jérémie).

Le Commission Justice et Paix cherche à observer les violences et violations des droits, à former les gens et à accompagner les victimes. La défense de la dignité des personnes et de leurs droits comme Fils et Filles de Dieu est son boussole. La dignité des personnes est le plus grand motif pour la faire prendre responsabilité et accomplir ses devoirs. Ceci est le mandat de la Commission comme institution de l’Eglise catholique.

Voici les urgences du temps, selon la Commission :

  • Le Gouvernement doit se doter d’un service de presse qui fournit des informations complètes et correctes, qui considère la population comme des personnes adultes qui ont un droit à l’information claire, correcte, complète, sans qu’elle soit de la pure propagande politique.
  • Le Gouvernement doit publier un plan d’urgence pour soulager les plus grands besoins des gens. Les droits de la population ne peuvent être satisfaits par la brutalité et les bousculades.
  • Le Gouvernements et les Pouvoirs de l’Etat, les partis politiques et les organisations de la société civile doivent s’engager dans un processus réel pour élaborer une vision pour l’avenir du pays, une vision qui va au delà du mandat d’un Gouvernement au pouvoir. Il n’y a pas mille alternatives pour l’agriculture dans le pays ; il n’y a pas mille alternatives quand il s’agit de dire comment doit être l’éducation ; il n’y a pas mille alternatives dans le domaine d’une reforme réelle de la Justice, si la question est de faire ce qui garantit la dignité et les droits des gens.
  • Les forces morales du pays doivent s’engager dans un processus pour réconcilier le pays avec lui même, de réconcilier les groupes d’intérêts dans la vérité. Oui, nous pensons qu’il y a un intérêt commun, un bien commun que nous devons réaliser ou défendre ensemble, comme citoyens d’un même pays. La Commission Justice et paix veut donner son concours à un tel effort.
  • Comme peuple, il est temps pour prendre notre destin en main, pour nous arrêter à compter uniquement sur l’aide qui doit sortir de l’étranger. Nous appuyons l’appel que l’Archevêque de Port-au-Prince vient de lancer à l’occasion de cette commémoration du tremblement de terre. Nous lançons un appel à l’honnêteté, au patriotisme, au sens de responsabilité et au respect pour les jeunes générations par tous ; un effort doit être fait pour éradiquer l’impunité et la corruption. Le pays a besoin d’une vision et d’une orientation qui peut le dynamiser et ouvrir une perspective d’avenir. Tout cela entre dans les exigences de la réconciliation dont le pays a besoin.

P. Jan Hanssens, Directeur
Jocelyne Colas, Secrétaire exécutive
Pour le Comité Directeur National, ce 11 janvier 2012
La veille du deuxième anniversaire du séisme du 12 janvier 2010

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