Noël contre la faim

Publié le 04.03.2015 • Mis à jour le 14.10.2015

Mgr Blaquart, accompagnateur du CCFD-Terre solidaire, en visite au Nicaragua

Il y a un an Mgr Blaquart était élu par les évêques de France président du Conseil national de la solidarité, et à ce titre évêque accompagnateur du CCFD-Terre Solidaire. Il vient de partir sur le terrain, au Nicaragua, à la rencontre des partenaires du CCFD-Terre Solidaire, afin de mieux connaître les réalités du partenariat et les projets soutenus. Jean-Claude Sauzet, notre aumônier national, a tenu un journal de bord de ces rencontres

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Mgr Blaquart, évêque accompagnateur, Jean-Claude Sauzet, aumônier national, et Emmanuel Cochon, chargé de mission au CCFD-Terre Solidaire rencontrent le cardinal Brenes, archevêque de Managua

Premier jour : "La loi du silence est rompue"

Nous quittons Managua pour aller avec des jeunes de l’association Puntos dé Encuentro dans un quartier de la périphérie de la capitale du Nicaragua (2,5 millions d’habitants) !
Après avoir traversé des habitations très rudimentaires car construites rapidement après le tremblement de terre de 1972, nous entrons dans un complexe scolaire de 1000 élèves sous la responsabilité du mouvement jésuite Fe y Alegria de niveau primaire et secondaire.
Là, les élèves de secondaire nous attendent, et, animée par une radio locale, commence, d’abord par l’intermédiaire d’une forme ludique, une réflexion sur les abus sexuels que subissent des jeunes de la part d’adultes.
Dans un deuxième temps, des classes de 4° et 3° se retrouvent dans une grande salle pour, après de nouveau un temps ludique et pédagogique, visionner une vidéo qui relate l’histoire d’une jeune femme qui a fui sa famille quand elle était jeune parce que violée par son père.
Cette vidéo permet un échange entre groupes de filles d’un côté et de garçons de l’autre, sur cette réalité qui affecte un certain nombre d’entre eux. Le temps de restitution est animé par l’actrice de cette vidéo, un jeune chanteur connu par les jeunes et des éducatrices et éducateurs afin d’apprendre à briser le silence qui enferme les jeunes dans cette souffrance.
Durant ce temps, des jeunes témoignent simplement, mais avec beaucoup d’émotion, de cas qu’ils connaissent parmi leurs proches.

La loi du silence est rompue, la parole dénonce le mal causé par des adultes chez des jeunes, des jeunes prennent l’engagement de changer, une libération est en marche, la personne en tant que telle retrouve sa dignité.

Jean-Claude Sauzet

« Pour moi ce voyage était une vraie découverte de l’Amérique latine. J’ai été marqué par la réalité de la pauvreté de vie, mais aussi par le grand désir de s’en sortir et la dignité de la population. Les rencontres avec les partenaires ont représenté des temps forts. Notamment Puntos de Encuentro, qui travaille auprès des jeunes. Dans un contexte encore imprégné d’une culture machiste, où le harcèlement des filles est fréquent, l’association soutenue par le CCFD fait un travail très intéressant d’éducation auprès des jeunes pour que les filles apprennent à résister et les garçons, à les respecter. »
Mgr Blaquart

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Mgr Blaquart et Jean-Claude Sauzet en visite au Nicaragua

Deuxième jour : produire et commercialiser une alimentation qui les fait vivre dignement.

Le matin petit parcours à Managua pour être reçus dans les bureaux de la FENACOOP fédération nationale de coopératives (partenaire du CCFD Terre Solidaire) où nous attendent les responsables.
Durant son brillant exposé, Sympho, paysan et président nous présente les points de travail de son association qui permet la formation, la réflexion et les actions de petits paysans de différentes coopératives du pays qui veulent produire autrement et avec un grand respect de la terre.
Après trois heures de route pour attendre Estelì au nord du pays, nous allons dans la montagne voir un lieu de production et de commercialisation d’engrais organique. Une piste de terre dans un paysage de montagne magnifique malgré la sécheresse qui frappe depuis plusieurs années nous conduit au sommet d’une colline qui a été un lieu de combat durant la guerre. Là, quelques maisons habitées par des familles qui produisent de l’engrais organique de manière artisanale.
Un premier monticule recouvert d’un plastique noir d’où se dégage une chaleur assez forte avec une odeur de bon terreau, d’une couleur noire : mélange de poussière de rochers venant d’un endroit de la montagne alentour ( dont le lieu est connu par tradition et qui est tenu secret), différents déchets organiques de haricots noirs, coques de la graine du café, terre travaillée par des vers... plus une composition secrète qui malgré nos questions n’a pas été dévoilé.
Le deuxième monticule est le résultat du travail fait par la nature après 50 jours et beaucoup d’attention et de travail de la part des producteurs pour que la fermentation réalise cet engrais organique.
C’est là que l’esprit européen, donc dit-on "rationnel" de certains de nous, pose la question de la vérification scientifique d’un tel produit. La réponse ne sera pas faite de formule chimique, mais de la visite d’une plantation de café avec des pieds atteints de la rouille et d’autres enrichis avec cet engrais. Sur les premiers quelques feuilles et pas de fruit et sur les autres des feuilles d’un vert impressionnant et du café en fruits de plusieurs couleurs selon leur degré de maturité.
Plus aucune utilisation d’engrais chimiques, une terre même parfois presque stérile qui retrouve par cet engrais organique sa fertilité et des produits agricoles qui ne sont plus chargés de substances dangereuses, des paysans qui trouvent des revenus dans la production d’un engrais qui respecte la terre pour que la plante soit plus saine.
Il est vrai que ce sont deux petits monticules, mais ils rendent ces familles heureuses de respecter la terre et de pouvoir produire et commercialiser une alimentation qui les fait vivre dignement.
Avec nos dons au CCFD Terre Solidaire nous permettons que ces deux petits monticules participent à un projet agricole où le paysan est heureux de travailler et que de deux ils passent à plus.
JCS

Troisième jour : L’importance du respect de la terre partout dans le monde

Depuis deux ans, la pluie qui suivait la période où il est de coutume de semer, ne tombe plus pour permettre à la semence de germer en terre. Ce changement climatique qui se renforce encore cette année est une catastrophe pour les paysans de cette vallée à qui nous rendons visite ce matin.
Que faire dans ce contexte si difficile ? Le début de solution est trouvé dans un renforcement de la coopérative au nom de "10 mai" dans le village de Palacacuina,qui rejoint 639 paysans (282 femmes et 357 hommes). Des actions sont renforcées : vente direct des produits au marché local, recherche de semences locales qui s’adaptent mieux au changement climatique, diversification de la production en sortant des produits traditionnels.
Un projet soutenu financièrement par le CCFD Terre Solidaire a permis de tester la possibilité de produire des oignons, des carottes, des salades, des tomates, de la coriandre, des radis et ainsi de permettre à ces petits paysans de s’orienter vers de nouvelles cultures qui leur permettent de continuer à vivre sur leur propre terre en s’unissant.
Un autre groupe de paysans s’est essayé dans la vigne qui, dans cette moyenne montagne, donne pour le moment de bon résultat en utilisant la méthode d’arrosage du goutte à goutte. (D’ailleurs nous avons testé le vin !!!!). Au sein de ce même groupe, des papayers ont été plantés, des tomates, des avocats, tout en continuant l’amélioration de la semence du produit basique qu’est le haricot rouge.
Durant l’échange, ils nous ont redit l’importance du respect de la terre, que dans le contexte actuel ce doit être une attention de chacun dans tous les endroits du monde, comment ils répondent à cette exigence, car pour eux c’est surtout une question de survie.
Nous leur avons parlé du Coop 21, la prochaine conférence sur le climat à Paris et la mobilisation que cela demande pour essayer d’avoir des résultats positifs pour l’avenir de l’être humain sur notre planète.
JCS

Mgr Blaquart et Jean-Claude Sauzet en visite au Nicaragua

« L’agriculture familiale et les pratiques agro-écologiques permettent aux gens d’être plus autonomes et de se développer dans la dignité et le respect de l’environnement. »
Mgr Blaquart

Quatrième jour : la migration, une expérience douloureuse pour les familles

Sheila et Jose Antonio viennent nous rejoindre à notre hôtel. Deux jeunes du réseau nicaraguayen de la société civile pour les migrations. Les chiffres sont impressionnants : sur 4 millions d’habitants recensés au Nicaragua on dénombre 1,5 millions de migrants dont 70% se trouvent dans la pays voisin du Costa Rica, les autres aux États Unis et en Espagne dont beaucoup de femmes employées de maison.
Au sein de ce réseau qui se réunit une fois par mois, les différentes associations travaillent sur des réalités qui se complètent.
L’une est plus axée sur des mesures de prévention à la migration en œuvrant à la création d’auto-entreprise chez les jeunes ; une autre vers la création de jardins communautaires ; une autre vers le plaidoyer auprès des politiques du pays, pour le respect des droits des migrants ; d’autres encore vers l’accompagnement des familles restées qui n’ont aucune nouvelle de ceux qui sont partis ; d’information au passage de la frontière des droits des migrants au Costa Rica (projet financé par le CCFD) ; de campagne d’information sur la situation des migrants pour sensibiliser la population du Nicaragua.
Sheila nous raconte l’histoire de sa famille : un jour, son frère est parti et sa maman est resté 7 ans sans aucune nouvelle de lui, ne sachant pas s’il était encore vivant. Quand Sheila, lors d’un voyage avec son association a pu le localiser, la réponse de son frère sur la cause de son silence a été :"j’avais peur de la police des migrants et je restais enfermé dans ma chambre et même quand je n’avais pas de travail, je ne voulais pas revenir au pays car j’avais honte de rentrer sur un échec".
Dans un quartier populaire d’Estelì, nous sommes reçus par plusieurs familles restées qui ont des enfants émigrés. Dans chacune, la douleur de rester très longtemps sans nouvelles tout au moins durant le trajet jusqu’aux États Unis (entre 3 à 6 mois) s’exprime avec force.
Et malgré les sommes dépensées (7000 dollars dont 3000 avant le départ et 4000 à rembourser sur les salaires à venir), les difficultés de vivre dans un pays étrangers, la peur d’être arrêtés par la police des migrants, les plus jeunes de ces quartiers ont pour beaucoup, le souhait de partir pour le rêve américain.
Pour contrecarrer ce mouvement, des associations du réseau impliquent les autorités et les familles des migrants dans une réflexion sur les potentialités économiques des municipalités et la mobilisation de ressources locales.
Nous avons rencontré des jeunes qui ont la conviction qu’ensemble par leurs actions de terrain au Nicaragua, par leurs plaidoyers auprès des décideurs politiques, par les informations qu’ils communiquent aux migrants, ils permettront à des jeunes qui le souhaitent de rester dans leur pays et d’y trouver de quoi y vivre dignement et à ceux qui veulent partir que leurs droits seront respectés dans leur pays de migration.
JCS

« J’ai aussi été marqué par la rencontre avec les familles concernées par l’émigration. Comment soutenir ceux qui se trouvent privés de ressources, quand les bras les plus forts s’en vont, et que les femmes, voire les grands-parents, se retrouvent seuls avec les enfants et petits-enfants ? »
Mgr Blaquart

Cinquième jour : Dans ces réalités, la vie continue d’être vécue le mieux possible

Une école primaire dans un quartier populaire de Estelì nous accueille cette fin de matinée. Les deux jeunes femmes responsables de la pastorale de cette établissement Fe e Alegria et membres du réseau nicaraguayen de la société civile pour les migrations ( partenaire du CCFD Terre Solidaire) nous présentent la situation de beaucoup d’enfants qui sont d’une famille dont au moins un des deux parents est migrant. Il y a Magda en dernière année de primaire dont la maman travaille en Espagne dans une maison de personnes âgées, Roberto dont les parents sont partis tous les deux aux États Unis depuis sa naissance.
Dans les classes où nous passons, sur 40 élèves plus d’un quart vivent dans une famille de migrants. Ils sont élevés par la grand mère ou un oncle qui devient leur tuteur. Heureusement les bienfaits de moyens de communications par internet permettent un contact régulier pour la grande majorité d’entre eux, mais bien entendu cela ne remplace pas la présence physique.
Les institutrices et la sous directrice nous font part de l’utilité de l’enquête qui a été faite (financée par le CCFD Terre Solidaire) afin de savoir qui sont ces enfants. Une meilleure connaissance de leur situation d’enfants de famille migrante permet de leur donner une attention particulière et de faire en sorte que leur scolarité ne soit pas trop affectée par leurs manques affectifs d’absence de leurs parents.
En passant entre les rangs de tables, les enfants m’accrochent en particulier, ils veulent chacun me raconter leur histoire personnelle et en sortant de la classe, c’est l’institutrice qui me parle de sa situation. Son mari est depuis 9 ans aux États Unis, mais me dit-elle : "on se parle tous les jours par internet, c’est mieux que rien...."

Ce que j’admire c’est cette facilité toute latino américaine de parler simplement et sans honte de la situation qui engendre tant de difficultés. De savoir que c’est dans ces réalités que la vie doit continuer à être vécue le mieux possible.
JCS

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