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Publié le 29.04.2013 • Mis à jour le 23.03.2016

Paraguay : des élections sous les yeux de la jeunesse

Dimanche 21 avril 2013, Horacio Cartes a été élu président de la république du Paraguay. Ce scrutin, intervenu huit mois après la destitution très controversée de Fernando Lugo Mendez, s’est conclu par le retour au pouvoir du très conservateur Parti Colorado. Dans un pays marqué par la fraude électorale, Decidamos, un partenaire du CCFD-Terre Solidaire, avait dépêché, cette année encore, un millier de jeunes observateurs électoraux.

Tee-shirt blanc et bloc note à la main, Andreas Juergen Asaak Funk attend devant le portail de l’Institut de Technologie d’Asunción, la capitale du Paraguay. Ce dimanche 21 avril, le centre de formation s’est mué en bureau de vote. A l’intérieur, des centaines d’électeurs attendent patiemment leur tour pour élire le président, mais aussi les sénateurs, les députés et les gouverneurs des départements de ce petit pays d’Amérique du Sud, coincé entre le Brésil et l’Argentine. Une fois leur devoir de citoyen accompli, Andreas les aborde pour leur demander quels candidats ils ont choisi. « J’ai été dépêché dans ce bureau de vote pour faire un sondage à la sortie des urnes, explique cet architecte d’intérieur de 31 ans. L’objectif est de réaliser notre propre mesure pour la comparer aux chiffres officiels communiqués par le Tribunal Suprême de la justice Electorale (TSJE). D’autres observateurs se trouvent à l’intérieur pour vérifier que le scrutin se déroule dans le respect de la loi. Par notre présence, nous voulons marquer notre attachement à la démocratie. »

Andreas fait partie des quelques 1000 jeunes observateurs électoraux dépêchés cette année à travers tout le pays par Decidamos, une association partenaire du CCFD-Terre Solidaire, créée en 1990. « Notre mission, consiste notamment à promouvoir la participation citoyenne dans la gestion et le contrôle des activités et des décisions gouvernementales, explique Susana Aldana Amabile, la Secrétaire exécutive. Nous défendons également les droits humains reconnus par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les droits citoyens figurant dans la Constitution et dans les lois du Paraguay. » Cette mission est particulièrement ardue dans un pays marqué par la présence au pouvoir, pendant plus de 60 ans, d’un parti unique, le Parti Colorado, dont 35 ans de dictature (entre 1954 et 1989). Résultat, le Paraguay figure aujourd’hui parmi les nations les plus corrompues du monde, où le clientélisme et la fraude électorale constituent des fléaux récurrents. Une menace toujours présente vu le contexte particulier de ces élections.

Impliquer les jeunes dans le processus électoral
« Ce scrutin intervient après le « coup d’état parlementaire » du 22 juin 2012, rappelle Susana Aldana Amabile. Ce jour-là, Fernando Lugo Mendez, qui avait été élu démocratiquement en 2008, a été destitué par le Congrès, composé en majorité de représentants du parti Colorado et du Parti Libéral. Il a en effet été accusé d’être responsable de « négligence » lors de la mort de 17 personnes -11 paysans et 6 policiers- le 15 juin 2012, suite à une intervention des forces de l’ordre pour déloger des paysans occupant les terres d’un riche propriétaire. » Cette destitution « arbitraire » avait été fermement condamnée à l’époque par la communauté internationale. Elle avait même valu au pays une suspension -« jusqu’à de nouvelles élections démocratiques »- de participation aux instances régionales, telles que le Marché Commun du Sud (Mercosur) et de l’Union Sud américaine des Nations (Unasur). Des institutions vitales à l’économie de cet état de près de 6,5 millions d’habitants. D’où l’importance de ces nouvelles élections.

« Nous envoyons des jeunes observateurs à chaque scrutin depuis la fin de la dictature », explique Fernando Rojas, chargé au sein de Decidamos d’organiser cette opération. Pourquoi des jeunes ? « Parce que qu’ils représente 53,9% de l’électorat et que leur implication dans le processus électoral est, de notre point de vue, un gage de futur démocratique pour le pays. » Cette fois-ci cependant, Decidamos a été pris de court par le calendrier politique. « Normalement, nous nous y prenons un an à l’avance pour organiser cette mobilisation, précise Fernando Rojas. Mais là, nous avons été surpris par la destitution et le nouveau calendrier électoral. Il nous a donc été difficile de recruter et de former autant de jeunes que d’habitude. » Malgré ces freins, l’entité a réussi à convaincre et à former un millier de personnes à travers tout le pays. « Les sessions de formation ont notamment permis d’expliquer comment devait être composées les tables de vote, comment s’assurer de la liberté des électeurs et de leur confidentialité au moment de voter, ainsi que de l’absence de propagande sur les lieux de vote. »

« Le non respect des votes est une injustice »

Aida Garcete faisait partie de ces observateurs. C’était même une première pour cette jeune avocate de 25 ans, issue d’un milieu modeste, et qui a grandi dans le monde rural. Sa motivation pour observer la bonne tenue des élections ? « La même que celle qui m’a poussée à devenir avocate : combattre les injustices. Celles dont sont victimes les personnes humbles de la campagne obligée de venir vivre misérablement dans les villes parce qu’on leur a confisqué leurs terres. Et celles des électeurs, dont la voix n’a pas été respectée avec la destitution de Fernando Lugo Mendez. » C’est pour ça qu’Aida est arrivée à 6h du matin, ce dimanche. « Pour tout observer, tout noter. Et montrer aux responsables politiques que nous, les jeunes paraguayens, voulons être respectés. » Aida n’est pourtant restée dans le bureau de vote que jusqu’à 14h. « Après, je suis allée voter », sourit elle. Pour la première fois de sa vie.

Jean-Claude Gérez

Decidamos lance une campagne "Alliance citoyenne pour la transparence et le développement" qui vise à promouvoir une fiscalité plus équitable au Paraguay.
Parce que les producteurs de soja ne paient quasiment pas d’impôts, cette campagne dénonce l’injustice du système fiscal actuel du Paraguay face aux petits agriculteurs. Par ailleurs, elle fait des propositions de réorientations fiscales et budgétaires plus justes.

Ce projet permet d’installer dans le débat public la nécessité de réformer mais aussi de taxer les agro-exportations. http://www.justiciatributaria.org.py/

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