Noël contre la faim

Publié le 11.10.2011 • Mis à jour le 29.04.2013

« Au Paraguay, les pauvres paient plus d’impôts que les riches »

Auteur d’une « Analyse du système fiscal au Paraguay et potentiel de la collecte d’Impôts », en collaboration notamment avec Decidamos, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, l’économiste José Carlos Rodriguez évoque la politique fiscale profondément inégale d’un des pays les plus pauvres d’Amérique latine.

Partenaire(s) : Decidamos

Quel était l’objectif initial de cette étude ?

L’idée était de divulguer au plus grand nombre des données qui existent déjà mais qui sont difficiles à collecter. C’est important, car le système fiscal est un indicateur très révélateur des valeurs d’une société. La lutte contre les inégalités sociales et économiques d’un pays dépend largement de sa politique fiscale et cette dernière constitue souvent le principal levier de financement du développement, notamment des politiques sociales. L’objectif de cette étude est donc de faire en sorte que le thème de la fiscalité devienne un débat citoyen.

Quelle est la situation fiscale au Paraguay ?

Le Paraguay est le pays qui possède la plus faible pression fiscale du continent (12 % du PIB). La moyenne latino américaine se situe en effet à 18 % et celle du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Venezuela) à 23,6 %. Nous sommes bien loin des 40 % pratiqués au sein de l’Union Européenne ! Ce faible taux d’imposition au Paraguay n’a pourtant rien à voir avec le statut de pays pauvre, puisque le PIB annuel par habitant est de 3300 dollars (environ 2300 euros), soit du même ordre que ceux de la Bolivie, du Honduras, du Maroc, de la Géorgie ou de l’Arménie, où la pression fiscale se situe entre 14,7 et 21,8 %.

D’après votre analyse, les pauvres paieraient davantage d’impôts que les riches. Comment cela est-il possible ?

Non seulement, le Paraguay dispose d’une pression fiscale basse, mais elle est surtout injuste. Qui paye les impôts et de quelle manière ? Voilà les deux autres problèmes épineux du système fiscal de notre pays. Un exemple. L’imposition indirecte, qui est la plus injuste, est aussi la plus élevée de tout le continent. Ces impôts sont transférés au consommateur final et ce sont donc les pauvres qui y contribuent le plus.

Or, au Paraguay, les impôts indirects s’élèvent à 9,4 % du PIB, soit le double des Etats-Unis. Ces impôts indirects représentent d’ailleurs près des trois quarts des revenus fiscaux du pays (74 %) ! (contre 52 % en Amérique latine, 30 % en Europe et 17 % au Etats-Unis). Mais il y a pire. L’imposition directe, la plus juste puisqu’elle est directement liée aux revenus, est de... 2,1%, soit plus de la moitié du taux moyen pratiqué en Amérique latine (5,6%).

Votre étude revèle aussi que les grandes entreprises de l’agro-négoce ne paient pas d’impôts.

C’est la situation extrême de l’injustice ! L’IMAGRO, l’impôt sur l’activité agricole et l’élevage représente moins de 1% des rentrées fiscales, alors que le secteur représente un tiers du PIB et qu’il a connu en 2010 une croissance de 47%, en particulier pour le soja (+81%) et l’élevage. En plus de détruire l’environnement, les grands propriétaires, proches des politiques, entretiennent un véritable système féodal.

En l’absence d’une majorité parlementaire, les tentatives de Fernando Lugo Mendez, le président, pour modifier la fiscalité de ces entreprises sont restées vaines. Ce qui fait aujourd’hui du Paraguay un véritable paradis fiscal pour les entreprises rurales.

Vous affirmez qu’une plus grande égalité fiscale est source de croissance pour un pays. Qu’est-ce que cela changerait au Paraguay ?

Historiquement, une des causes de la fragilité économique d’un pays se trouve dans les inégalités sociales qui atteignent directement sa cohésion sociale. C’est notamment pour cette raison que les pays latino-américains, Paraguay inclus, possèdent les taux de délinquance les plus élevés du monde. Il n’est pas donc seulement nécessaire de favoriser la croissance pour réduire les inégalités, mais aussi de réduire les inégalités pour favoriser la croissance. C’est une urgence pour le Paraguay qui compte 38 % de pauvres et 18 % vivant dans l’indigence.

Début octobre, vous allez publier un rapport sur l’évasion fiscale. Quelles en seront les grandes lignes ?

C’est toujours difficile d’évaluer l’évasion fiscale, mais en croisant les sources, on estime qu’elle est de l’ordre de 50 % au Paraguay pour des rentrées fiscales d’un montant annuel de 5,5 milliards de dollars (3,85 milliards d’Euros). Ce nouveau rapport va donc s’attacher à démontrer qui se livre à l’évasion fiscale au Paraguay et quels en sont les mécanismes.

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Propos recueillis par Jean-Claude Gerez FDM n° 260

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