Un avenir sans faim

Publié le 06.06.2012 • Mis à jour le 17.10.2012

Pérou, graves conflits autour d’une mine exploitée par une entreprise suisse

Paris, le 6 juin 2012

Le CCFD-Terre Solidaire, en coordination avec la CIDSE (Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité), expriment leur profonde préoccupation face à l’aggravation des conflits miniers qui ont lieu à Espinar, dans la région de Cusco, au sud du Pérou.

La pollution due aux rejets de l’entreprise minière anglo-suisse Xstrata a provoqué plusieurs manifestations. La répression de ces rassemblements par les forces de l’ordre ont fait deux morts, des dizaines de blessés. Les forces de l’ordre sont également responsables de mauvais traitements à l’encontre de 22 civils dans un centre de détention situé dans le campement de la mine.

Par ailleurs, des accusations calomnieuses ont été lancées contre des membres du Vicariat de la Solidarité de la Prélature de Sicuani (organisme de l’évêché en charge de la défense des droits de l’Homme) qui étaient en visite à Espinar pour constater les atteintes commises contre les manifestants et les défenseurs des droits de l’Homme.

Face à cette situation, le 5 juin 2012, un collectif d’associations de solidarité dont le CCFD-Terre Solidaire, a rencontré l’ambassadrice du Pérou en France, Cristina Velita Laboureix, pour dénoncer la gestion désastreuse du conflit par les autorités péruviennes. L’ambassadrice n’a pas apporté de réponses précises aux multiples interpellations mais elle s’est engagée à les transmettre au gouvernement à Lima.

Face à ces conflits liés à l’impact environnemental de ces projets miniers, le CCFD-Terre Solidaire travaille en coordination avec ses partenaires péruviens, notamment COOPERACCION qui sont mobilisés pour accompagner les populations affectées par ces activités, défendre leur droit et réaliser des actions de médiation pour trouver une résolution pacifique.

Le CCFD-Terre Solidaire a par ailleurs effectué en mars dernier une visite de terrain à Espinar et a rencontré des dirigeants et représentants des communautés affectées par les activités minières, avec COOPERACCION. Ces derniers, comme la plupart des manifestants, ne demandent pas la fermeture de l’exploitation minière mais seulement que celle-ci régule ses activités afin de respecter la législation péruvienne et les droits des populations locales. Ainsi, ils ne s’opposent pas au développement économique du pays, contrairement aux accusations dont ils sont souvent les victimes, mais exigent le respect de l’état de droit et une attitude de concertation de la part des représentants de l’Etat.

Les informations reçues au 5 juin 2012 permettent de signaler les points suivants :

  • Le gouvernement péruvien a géré le conflit social d’une manière désastreuse : on ne peut que déplorer la continuité en matière de résolution des conflits avec les pratiques des gouvernements antérieurs (142 morts sous le gouvernement d’Alan Garcia, victimes des conflits sociaux entre 2006 et 2011). Pendant sa campagne, le président Humala avait vivement dénoncé la politique du gouvernement précédent. Cependant, quinze personnes ont été tuées depuis son arrivée au pouvoir juillet 2011
  • Les pratiques de criminalisation de la protestation sociale, propres aux gouvernements autoritaires, se poursuivent pourtant au Pérou : l’usage arbitraire de la force, l’obtention d’aveux sous la torture, la détention illégale, la fabrication apparente de preuves, notamment dans le cas de deux défenseurs arrêtés arbitrairement (restant à démontrer à l’heure actuelle).
  • Le droit à la manifestation devrait être un droit légitime, dans la mesure où il est exercé de manière responsable, mais force est de constater que cela n’est pas le cas.
  • Ce conflit est symptomatique des demandes sociales et des revendications des populations locales laissées sans réponses depuis des décennies. C’est aussi l’échec d’une stratégie de développement économique régionale mais aussi nationale, qui repose sur la levée de toutes les entraves aux investissements directs internationaux, notamment dans le secteur minier (près de 70% des exportations dans le PIB national).

    Le CCFD-Terre Solidaire et la CIDSE demandent :
  • de garantir le respect et la protection de l’intégrité physique des personnes détenues, leur transfert vers un centre médical ou de détention légale et que l’on mette en examen les agents de sécurité qui ont commis des actes de violence
  • de veiller au respect complet des droits de l’Homme des personnes qui participent aux manifestations et de rechercher une résolution pacifique du conflit actuel avec l’ouverture d’un véritable et respectueux dialogue, facilité par une médiation externe et indépendante
  • de dialoguer en présence des représentants de haut niveau de l’entreprise Xstrata et qui n’aient pas été impliqués à ce jour dans les négociations
  • d’inclure dans le dialogue des représentants des ministres des Mines et Energies, Santé et Environnement
  • d’organiser le dialogue à Espinar, et non à Cusco, pour que la communauté d’Espinar puisse connaître et participer au processus
  • de considérer les préoccupations de la population locale sur les questions d’environnement et de santé
  • de considérer l’accès et la qualité de l’eau comme une des préoccupations majeures de la population
  • de réaliser de nouvelles études scientifiques et environnementales participatives, légitimées par toutes les parties impliquées dans le conflit.
  • d’abandonner les poursuites judiciaires à l’encontre des 59 dirigeants sociaux.
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La criminalisation des défenseurs des droits de l’homme en Amérique latine

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