Publié le 7 mars 2005

La situation en Thaïlande : contexte et partenaires

Contexte général et situation du pays après le tsunami

La Thaïlande a été moins touchée par le tsunami du 26 décembre 2004 que le Tamil Nadu en Inde, le Sri Lanka et surtout Aceh en Indonésie : au 16 février, 5 395 personnes avaient été déclarées mortes et 3001 disparues, dont au moins 1 000 étrangers. Toutefois, des corps avaient été brûlés à la hâte dans les derniers jours de décembre, et par conséquent non comptabilisés dans les statistiques. Le tsunami du 26 décembre a touché six provinces du Sud de la Thaïlande sur la côte d’Andaman (côte Ouest) : Phuket, Phang Nga, Krabi, Ranong, Trang et Satun. C’est Phang Nga qui a été la plus affectée. Au total, ce sont 308 villages qui ont été touchés de manière importante ; 12 068 familles (54 672 personnes) ont eu des blessés ou des morts, 3 600 maisons ont été détruites et 3 200 autres endommagées. Les communautés concernées sont essentiellement des villages de pêcheurs et des urbains vivant du tourisme, activité extrêmement développée dans la zone. Ceux qui n’ont plus de logement vivent pour l’instant dans des abris temporaires (tentes, maisons en tôle ou en bois) construits par la Croix Rouge thaï, le Gouvernement ou des ONG telles CODI ou World Vision.

Le raz-de-marée aurait causé 260 millions d’Euros (13 milliards de Bahts) de dommages à la Thaïlande, selon le Gouvernement. On estime à 7.8 millions de dollars US le montant des dégâts occasionnés par le raz-de-marée sur les infrastructures civiles (routes, ponts, ports, etc.), dont 70 % à Phang Nga. 4 500 bateaux de pêche de la côte d’Andaman ont été endommagés ou même détruits, ce qui signifie que près de 30 000 familles ont perdu leurs moyens d’existence. La perte due au tsunami pour le secteur de la pêche est évaluée à 36 millions de dollars US.

Mais, pour le Gouvernement thaïlandais, ce sont les pertes enregistrées par l’industrie du tourisme, qui représente 6% du PIB, qui posent réellement problème : le Ministère du Tourisme estime que la baisse d’activités subséquente au tsunami ferait chuter les recettes du secteur de plus de 780 millions de dollars US pour le premier trimestre de 2005 (l’Association Touristique de Phuket annonce un manque à gagner de 500 millions de dollars US pour les mois de janvier et février). 200 000 emplois seraient menacés dans la région. Le Premier Ministre a très rapidement lancé la réparation/reconstruction des complexes hôteliers et autres infrastructures touristiques et tout de suite cherché à attirer de nouveau les visiteurs étrangers. Il considère qu’environ 200 millions d’Euros (10 milliards de Bahts) sont nécessaires pour la relance de l’activité touristique dans la zone.

Le déblaiement des zones touchées a été effectué en janvier et la reconstruction des zones touristiques a très rapidement suivi les opérations de secours, dès le mois de février. Alors en pleine campagne électorale, le Premier Ministre Thaksin Shinawatra a tenu à montrer que la Thaïlande pouvait se relever immédiatement de la catastrophe et a notamment pris soin de venir en aide aux touristes étrangers. Par contre, beaucoup de villages de pêcheurs ont été délaissés par l’aide d’urgence. La Thaïlande a refusé l’offre de moratoire sur sa dette extérieure et n’a demandé l’aide internationale que pour l’identification ADN des victimes.

Enjeux affectant la mise en place de l’aide

Si les opérations de secours ont été menées efficacement en Thaïlande, il n’en reste pas moins que l’aide n’a pas toujours été équitablement répartie en fonction des victimes, et surtout des intérêts des dirigeants locaux et nationaux.

Concentration de l’aide sur les zones touristiques

L’aide gouvernementale d’urgence a été très nettement concentrée sur les zones touristiques, notamment pour venir en priorité au secours des étrangers. Les autorités ont tenu à montrer au monde qu’elles prenaient un soin spécial des touristes, et ont très vite amorcé la reconstruction des complexes hôteliers. Par contre, l’efficacité des efforts d’urgence et de reconstruction n’a pas toujours bénéficié aux populations locales, aux immigrés birmans, aux pêcheurs musulmans et aux communautés de pêcheurs bouddhistes. Aujourd’hui encore, des villages côtiers restent sous les décombres, et leurs populations n’ont pas reçu d’aide des autorités locales ou nationales.

Il est à craindre que la négligence vis-à-vis des zones non touristiques ne s’explique également par le fait que le gouvernement entende étendre l’emprise du tourisme sur les côtes, et donc ne pas encourager les locaux à reconstruire leurs villages dans les zones dévastées et pas encore déblayées. Les priver d’aide pourrait être une façon indirecte de les encourager à céder le bord de mer aux activités touristiques. Par ailleurs, les autorités ont profité du tsunami pour adopter de nouvelles réglementations interdisant aux commerçants d’installer leurs échoppes sur les plages, ce qui a provoqué la fureur des ces derniers.

Le cas des travailleurs birmans en Thaïlande

On dénombre entre 70 000 et 120 000 travailleurs birmans dans le Sud de la Thaïlande, dont 75 000 enregistrés légalement auprès des autorités, employés dans les secteurs du tourisme, de la pêche, du bâtiment ou de l’agro-alimentaire. On estime qu’entre 3 000 et 7 000 d’entre eux seraient morts (ils ne sont pas comptés dans les statistiques nationales). Jusqu’à la mi-janvier, la police thaïlandaise a quotidiennement arrêté et expulsé à la frontière un total estimé à 2 000 Birmans sans papiers (la plupart des rescapés du tsunami ayant perdu tous leurs papiers dans le raz-de-marée). Ces derniers ont ensuite dû payer les autorités birmanes parce qu’ils rentraient au pays sans papiers en règle. Un journal national a alimenté l’hystérie anti-birmane et l’hostilité de la police à leur encontre en répandant la rumeur que les Birmans pillaient les bâtiments dévastés sur la côte. La majorité des travailleurs birmans a donc fui dans les forêts ou même en Birmanie pour échapper aux contrôles, au lieu de se rendre sur les lieux de distribution de l’aide d’urgence.

Sous la pression des ONG nationales et internationales de défense des droits de l’homme, les autorités nationales ont déclaré qu’elles empêcheraient les arrestations arbitraires de Birmans et toute discrimination à leur encontre dans la distribution de l’aide. L’attitude du Gouvernement s’explique notamment par le fait que la Thaïlande a besoin de la main-d’œuvre birmane pour reconstruire les zones dévastées. Mais, malgré la fin des exactions contre les Birmans, nombre d’entre eux craignent toujours la répression de la police et des autorités locales et continuent donc à se cacher. Seules quelques centaines de corps birmans auraient été identifiés parmi les victimes du tsunami, car les familles n’osent pas se rendre sur place par peur des arrestations.

Il est très difficile de leur venir en aide car ils forment une communauté peu organisée et très méfiante vis-à-vis des intervenants de l’extérieur (y compris ceux des ONG), par peur d’être dénoncés aux autorités. Seules les organisations locales travaillant de longue date avec eux peuvent leur apporter une aide efficace et les convaincre de se rendre dans les bureaux des administrations locales pour que leurs documents officiels (carte d’identité, permis de travail, carte de couverture sociale) soient refaits.

Alors que beaucoup de Birmans de la diaspora se sont rendus dans le Sud de la Thaïlande au lendemain du raz-de-marée pour apporter des secours aux travailleurs immigrés, la discrimination positive ostentatoire pratiquée par des personnes ne connaissant pas bien le contexte local a pu attiser la rancœur d’employeurs ou de citoyens thaïlandais eux aussi privés d’aide d’urgence.
Il faut également nuancer la discrimination subie par les travailleurs birmans en précisant que, dans certains cas, leurs employeurs ont collaboré de près avec les ONG locales pour les retrouver et leur venir en aide.

Activités des partenaires en Thaïlande

Tsunami Action Group (TAG)

Le TAG est une coordination ad hoc constituée quelques jours après le tsunami par plusieurs ONG locales, pour coordonner leurs actions d’urgence en direction des travailleurs birmans. Ces organisations, parmi lesquelles figure Altsean Burma, partenaire du CCFD, sont toutes habituellement engagées dans la défense des droits des travailleurs birmans ou des droits humains en général. Le TAG sera en activité jusqu’à la fin mars. La coordination intervient dans la province de Phang Nga, dans les villages côtiers mais également dans les terres, pour apporter de l’aide aux travailleurs birmans et les accompagner dans les procédures de délivrance de nouveaux documents officiels auprès des autorités locales. Parce que de nombreux Thaïs sont aussi exclus de l’assistance gouvernementale, ils bénéficient également du soutien des équipes du TAG dans les territoires où celles-ci travaillent avec les Birmans.

Yadfon

Dans la province de Trang, Yadfon est intervenu auprès des communautés de pêcheurs avec lesquelles l’ONG avait travaillé, il y a plusieurs années, sur l’implantation de mangroves et la gestion durable des ressources halieutiques. Yadfon a distribué de l’aide d’urgence et fourni de l’équipement de pêche dans 5 villages. Tout en poursuivant cette première phase de secours, l’ONG s’engage maintenant dans des activités de plus long terme, notamment la réorganisation des communautés affectées et la plantation de mangroves, qui ont joué dans certains endroits un rôle important de tampon pour amortir l’impact du raz-de-marée.

Spirit in Education Movement (SEM)

En collaboration avec des organisations membres du TAG, SEM a envoyé des moines bouddhistes et des psychologues dans les provinces du Sud afin de fournir un soutien moral et psychologique aux personnes affectées. L’organisation a également participé à des opérations de distribution d’aide d’urgence. Pendant l’année 2005, SEM et le réseau asiatique International Network of Engaged Buddhists (INEB) vont former des leaders religieux et séculiers locaux au soutien psychologique pour aider les personnes traumatisées par la catastrophe du 26 décembre.

Quelques initiatives remarquables de partenaires du CCFD en Thaïlande

Approche participative des opérations d’urgence.

Quand Yadfon avait mené des projets de préservation de mangrove avec des communautés de pêcheurs du Sud de la Thaïlande il y a dix ou quinze ans, des comités villageois avaient été constitués pour suivre la mise en œuvre des différentes activités. Après le tsunami, c’est sur ces comités que l’ONG s’est appuyée pour organiser les opérations d’urgence et de réhabilitation. Ce sont donc les communautés qui ont elles-mêmes pris en charge l’aide (en organisant la distribution de nourriture et de matériel de première urgence, en achetant elles-mêmes les filets et autres équipements de pêche, etc.), de la même manière qu’elles avaient participé aux projets de développement de Yadfon auparavant.

Formation des agents de l’administration pour l’adoption des orphelins du tsunami.

Le CPCR (Centre for Protection of Children’s Rights) a contacté d’autres ONG et organisations gouvernementales afin de rechercher des solutions durables pour les quelque 1 200 enfants rendus orphelins par le tsunami, et accueillis jusqu’à présent dans des structures de l’Etat. L’ONG souhaite lancer un programme pilote avec 20 enfants pour identifier, agréer et former des familles d’accueil, et envisage de former des agents du Ministère du Développement Social pour qu’ils généralisent ensuite ce protocole (inédit en Thaïlande) par eux-mêmes.

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