Noël contre la faim

Publié le 05.11.2013 • Mis à jour le 06.12.2013

Jeunes du YRDP : L’avenir du Cambodge c’est aussi mon affaire !

Fondé en 1992, au lendemain des accords de Paris qui marquaient le retour de la paix au Cambodge, après les sombres années du régime Khmers Rouges puis celles de l’occupation vietnamienne, le Youth Ressource Developpment Program (YRDP) – partenaire de longue date du CCFD-Terre Solidaire – entend contribuer à la formation de citoyens conscients et impliqués.

Phnom Penh. Dans les locaux du Youth Ressource Developpment Program, Cheang Sokha, président de l’association, introduit l’un des débats du cycle intitulé « Dialogue intergénérationnel ». « La société c’est comme la soupe, commence-t-il, pour qu’elle soit bonne il faut que tous les ingrédients soient présents et bien dosés. Mais au Cambodge, continue-t-il, la jeunesse est sous représentée : un seul député de moins de trente ans siège à l’Assemblée Nationale... et c’est le fils du premier ministre ! » Ce matin-là, le débat a pour thème : « Participation des jeunes à la vie politique », et une cinquantaines d’étudiants y assistent. Cheang Sokha aime jouer les provocateurs et, présentant son invité du jour – Mr Kem Ley, un analyste et consultant politique – il prévient l’auditoire : « Ne croyez pas ce qu’il va vous raconter ! » Et pour bien enfoncer le clou il ajoute : « En fait, ne croyez personne. Ni les bouddhistes, ni la bible... Forgez-vous votre propre opinion ».

Dans un contexte post électoral tendu, où l’opposition accuse le parti au pouvoir de fraude, le sujet du débat trouve forcément chez ces jeunes un écho tout particulier. Les pratiques clientéliste et la corruption du régime son dénoncées, mais aussi questionnées les intentions réelles de l’opposition.

Pourtant, discuter, débattre ne suffit pas et, pour les jeunes d’YRDP, la réflexion doit aussi s’ancrer dans la pratique. Aussi, au cours des mois précédents l’échéance électorale, l’YRDP, en collaboration avec d’autres organisations de la société civile, a-t-elle organisé plusieurs forums au cours desquels les jeunes ont pu interpeller les représentants de différents partis sur leur programme et leurs propositions. Et aujourd’hui, alors que l’opposition continue de contester le résultat du scrutin et organise meetings et pétitions pour réclamer un recompte des voix, l’association invite ses adhérents à assister en tant qu’observateurs aux manifestations. Pour Nun, 21 ans, étudiante en économie, le meeting du CNRP (Cambodia National Rescue Party), organisé le 6 octobre dernier au Freedom Park de Phnom Penh, était une première : « je n’avais jamais participé à ce genre de rassemblement et je ne l’ai raconté qu’après à mes parents. Comme je le pensais, mon père m’a sermonné et dit que je ferais mieux de bosser mes cours... Mais moi, j’étais très fière de ce que j’avais fait ! »

Cheang Sokha fait volontiers référence à la pédagogie du brésilien Paulo Freire et affirme que : « nos jeunes doivent aller sur le terrain, se confronter à la réalité, s’engager ». Et qu’il s’agisse de rencontres avec des communautés paysannes chassées de leurs terres, avec les forçats des plantations de canne à sucre ou avec les femmes de Boeung Kak en lutte contre les expulsions, ces expériences s’avèrent souvent émotionnellement très fortes : « Quand j’ai vu la police battre et jeter à terre ces femmes qui ne revendiquent que leur droit à un logement décent, raconte Dinna, 19 ans, étudiante en droit, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. J’étais bouleversée mais en même temps ma résolution à agir s’en est trouvée renforcée ».

L’après-midi du même jour, toujours dans les locaux d’YRDP, un « Club » centré sur la question des industries extractives rassemble une dizaine d’étudiants de disciplines différentes. Thème de la discussion : le projet d’exploitation pétrolière offshore, au large de Sihanoukville, qui serait mené par la multinationale nord-américaine Chevron. « Invoquer les investissements étrangers ne suffit pas, il faut mettre le coût écologique dans la balance », lance Cheung, un futur ingénieur, tandis que Nak, juriste en herbe, insiste sur l’importance, pour le Cambodge, d’adopter des résolutions comme l’Extractive Industries Transparency Initiative (EITI). Pendant ce temps, dans une salle voisine, se tient un atelier au cours duquel les participants apprennent à rédiger un CV. Et il faudrait aussi parler du travail mené sur la « mémoire » du génocide Khmer Rouge, de la bibliothèque, du centre informatique... N’en jetez plus !

Depuis sa création, en 1992, plus de 50 000 jeunes sont passés par l’YRDP, soit plus de 200 par an réparti dans 6 provinces du pays. Ils ont été formés à un certain nombre de sujets sociaux et ont pu bénéficier d’un accompagnement pour la mise en place d’initiatives de développement communautaire. Certains ont créé des ONG, d’autres sont devenus des leaders de la société civile. « Notre ambition, explique Cheang Sokha, est de contribuer à la formation de citoyens conscients et engagés et je suis convaincu que l’éducation joue pour cela un rôle déterminant ».
S’engager ! Pour Nun, c’est aujourd’hui devenu une façon de se construire : « moi je suis étudiante en économie et peut-être que plus tard je serais dans les affaires, mais ça n’a rien à voir... – elle cherche ses mots – Je ne sais pas trop comment dire... je parle avec mon cœur : oui, je veux participer, je ne veux pas que d’autres choisissent pour moi et je pense que l’avenir du Cambodge c’est aussi mon affaire ! »

L’YRDP est un acteur majeur de la société civile cambodgienne, il est membre fondateur de plusieurs plateformes, notamment une organisation régionale pour la paix et la Coalition pour la transparence des revenus.

Philippe Revelli

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