Noël contre la faim

Publié le 16.09.2015 • Mis à jour le 09.05.2016

Chine continentale et Hong Kong : les liaisons dangereuses de deux sociétés civiles

Dans le contexte de fragilité économique de la Chine, les ONG chinoises sont plus que jamais dans le collimateur du régime de Pékin et la société civile de Hong Kong peine à garder le lien. Exemple de deux partenaires du CCFD-Terre Solidaire en prise avec ces enjeux.

« Avant la révolution des parapluies, la société civile de la Chine continentale travaillait étroitement avec la société civile de Hong Kong. Que ce soit en terme de formations, d’invitations ou de dons, les ONG chinoises ont reçu beaucoup de Hong Kong » explique Fangqiang Yu, directeur du centre « Justice pour tous », une ONG de Chine continentale, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, qui coordonne des groupes d’avocats bénévoles pour lutter contre des discriminations de toute nature (liées à la santé, le sexe, l’origine sociale ou géographique, les convictions etc.) et qui plaide pour la création de lois plus protectrices.

Menée par le collectif « OccupyCentral », la « Révolution des parapluies » avait paralysé le quartier d’affaires de Hong Kong à l’automne 2014. Autour du propos initial du collectif - protester contre une réforme qui permettrait l’élection au suffrage universel du Chef de l’exécutif de Hong Kong en 2017 à condition que les candidatures soient validées par Pékin – s’étaient cristallisées des protestations dénonçant la main mise grandissante de la Chine continentale sur les médias et la politique du territoire ainsi que l’ampleur des inégalités économiques. « Dans les médias officiels de Chine, le mouvement a été présenté, avec succès auprès de la majorité des chinois, comme contrôlé par des forces étrangères hostiles » souligne Fangqiang Yu.

Peur de la contagion ?

Reste que selon le groupe de travail Chine de la Ligue des droits de l’Homme française « À l’intérieur, le régime reste obnubilé par la crainte d’un effondrement semblable à celui qui a emporté l’Union soviétique, il y a un quart de siècle. Pour l’éviter, il faut faire taire la dissidence ». Avec le Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo qui purge une peine de onze ans depuis 2008 et des arrestations arbitraires de plus en plus fréquentes, « la répression ne fait que se durcir depuis l’arrivée du président Xi Jinping au pouvoir, en 2012 » confie en juin 2015 dans le Monde, Marie Holzman, sinologue et présidente de Solidarité Chine. « Nous avons toujours cherché à développer des liens avec des militants et des blogueurs basés en Chine continentale. Mais c’est devenu très difficile et dangereux pour eux. Beaucoup de ceux qui s’écartent de la ligne officielle sont en prison ou ont dû quitter le pays… » renchérit Iam Chong, journaliste membre de In Media, un site indépendant ouvert aux journalistes et vidéo-reporters qui ne trouvent pas de tribunes dans les médias commerciaux ou officiels de Honk Kong. Partenaire du CCFD-Terre Solidaire, In Media prend activement la défense des chinois condamnés pour leurs prises de position publiques. Exemple parmi d’autres, l’artiste plasticien Ai Weiwei avait été soutenu moralement par In media durant ses 81 jours de détention en 2011.

Si l’effondrement boursier chinois a révélé à l’opinion publique internationale une croissance à la « Chinoise » déconnectée des performances réelles de son économie, la Ligue des Droits de l’Homme estime que « les fragilités du régime [sont] probablement plus graves que ne le pensent les Occidentaux ». Aujourd’hui encore, autour de soixante-dix millions de Chinois ont un revenu d’à peine un dollar par jour et 380 millions de paysans ne disposent pas d’eau vraiment potable. Le succès international des groupes industriels chinois s’est construit sur une absence totale de réglementation environnementale qui a fait de la pollution des sols, de l’eau ou de l’air une réalité quotidienne pour la majeure partie de la population. Sans compter la mise sur le marché d’aliments impropres à la consommation. L’affaire du lait contaminé à la mélamine en 2008 (les membres du Centre « Justice pour tous » avaient participé à la défense de ses victimes) n’ayant nullement mis fin à ce type de scandale. Pour restaurer la confiance, Xi Jinping a lancé une campagne anticorruption dès son arrivée au pouvoir. Tout en réprimant dans le même temps… un mouvement citoyen qui réclamait la publication du patrimoine des responsables gouvernementaux. Or selon Transparency International, la corruption se serait encore aggravée depuis 2013.

Dans ce contexte, toute revendication émanant de la société civile est perçue comme contestataire par le régime. Ainsi, en mars dernier, cinq militantes féministes soutenues par le Centre « Justice pour tous » ont été arrêtées à l’occasion d’une campagne qu’elles menaient contre le harcèlement sexuel dans les transports. Deux membres du Centre ont été mis en examen. Par ailleurs, l’adoption imminente d’une loi visant à mettre sous haute surveillance les ONG recevant des fonds étrangers annonce des jours bien sombres.

Craintes hongkongaises

Dans cette perspective, les contacts avec la société civile hongkongaise restent irremplaçables. Mais si Pékin s’inquiète du risque de contamination de son opinion publique par les valeurs démocratiques, les démocrates de la « région administrative spéciale » craignent à l’inverse la « contagion » liberticide. De nombreux journalistes hongkongais ont confié à Reporters sans frontières « que leurs médias s’autocensuraient voire commettaient de graves infractions à l’éthique journalistique afin de ne pas s’attirer de problèmes avec Pékin ». Selon le Classement mondial de la liberté de la presse établi par l’association, Hong Kong est passé en 13 ans, du 18ème au 70ème rang sur les 180 pays évalués, rétrogradant de 9 places au cours de la seule année écoulée. In Media alerte sur le nombre croissant d’internautes mis en examen sur la base d’une ordonnance créée en 1993 pour juger de l’utilisation « criminelle ou malhonnête » des ordinateurs. En juillet dernier, l’ONG a exhorté publiquement l’ICAC (Independent Commission Against Corruption) de s’expliquer sur les contacts entretenus avec Hacking, une société italienne connue pour fournir de la technologie de surveillance aux services de sécurité libyens, saoudien, soudanais etc.

Par ailleurs, le rejet en août 2015 par le parlement de Hong Kong d’un suffrage universel « tronqué » n’offre guère de gages aux démocrates pour autant. A court terme, il augure plutôt du retour au pouvoir des milieux d’affaires peu enclins aux réformes sociales demandées par le collectif « OccupyCentral » et se souciant très modérément du sort de la société civile chinoise.

Bénédicte Fiquet

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