Un avenir sans faim

Publié le 01.04.2006 • Mis à jour le 12.07.2012

Ali Fahmi, Indonésie

Après le tsunami de décembre 2004, l’aide internationale risque de fragiliser la paysannerie à Aceh.

Restaurer l’identité paysanne

Paris, avril 2006

Après le passage du Tsunami à Aceh, comment les paysans et les pêcheurs sont-ils retournés au travail ?
L’aide est arrivée massivement et de manière anarchique. Cette aide d’urgence, alimentaire mais aussi matérielle, a placé les paysans en situation de dépendance. Aujourd’hui, une grande partie des producteurs demande une assistance plutôt que de se remettre au travail. Ils ont du mal à redevenir les paysans et les pêcheurs qu’ils étaient autrefois.

Cela affecte directement votre action...
Nous ne contrôlons pas le canal par lequel l’aide arrive à Aceh et, pour être franc, à côté de certaines Ong, les montants que nous gérons à la Fspi sont absolument ridicules ! Du coup, parce que nous ne distribuons pas d’argent, les paysans ne viennent pas jusqu’à nous. C’est un comportement assez généralisé.

Quelle stratégie adopter face à cet effet pervers de l’aide ?
L’aide est assurée pour 5 ans, mais nous travaillons sur le long terme, en préparant la sortie de cette phase transitoire. Nous nous concentrons sur nos actions d’éducation et de formation, et nous nous adressons aux petits producteurs qui sont prêts à travailler. Nous voulons mettre en place un système de coopératives qui permettrait aux paysans et aux pêcheurs d’échanger leurs productions, au niveau des villages mais aussi des départements et de la région. Cela relancerait la production locale et la coopération entre petits producteurs.

Quels sont les principaux défis à relever pour que la région d’Aceh puisse à nouveau se nourrir seule ?
La priorité est de retrouver la mentalité et l’identité paysanne. Il faut que ceux qui travaillent la terre redécouvrent en quelque sorte leur « paysannité ». Cela passe par la constitution des coopératives qui permettront aux producteurs d’à nouveau exploiter et vendre leur production. Un autre défi est de ne pas laisser les investisseurs nationaux ou étrangers disposer du territoire. Nous ne savons pas encore quelles sont les intentions derrière les grands projets post-tsunami qui se préparent à Aceh, mais il faut veiller à ce que les habitants ne soient pas lésés par ces investissements venus de l’extérieur : la terre et les eaux côtières doivent continuer d’être accessibles aux petits producteurs.

Propos recueillis par Raphaële Bail

Fspi (Fédération de l’Union des Paysans Indonésiens)
Créée en 1998, la Fédération regroupe quatorze unions de paysans indonésiens.
La loi de 1960 sur la réforme agraire n’a jamais été appliquée, ce sont les investisseurs qui possèdent la terre et pendant les 33 années du régime Suharto, les droits des paysans ont été bafoués.
FSPI a pour objectif la promotion des communautés paysannes et de pêcheurs (accès aux ressources, terre, semences, droits, mise en place d’une réelle réforme agraire…).
SPI est coordinateur de la Via Campesina pour la région Asie du sud-est. L’association s’est mobilisée pour la reconstruction des communautés paysannes après le tsunami.

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