Publié le 17 avril 2007

Jésus Dillo, Philippines

Mindanao, une des îles de l’archipel des Philippines vit dans une situation de conflit chronique sur fond de grande pauvreté.

Mots-clés :

Mindanao
Guerre et pauvreté

Mindanao est l’une des plus importantes îles des Philippines, qui en comptent plus de sept mille. Elle se situe au sud du pays et regroupe également les îles de Basilan, Tawitawi et de l’archipel de Sulu, avec l’île de Jolo. La population est un mélange de chrétiens, catholiques et protestants, de musulmans et de Lumad, les membres des minorités ethniques. Toutes ces régions et cette population vivent dans un état de guerre quasi permanent.

Quatre groupes révolutionnaires armés sont en effet présents. Deux moro (musulmans), le Front de libération nationale moro (MNLF) et le Front de libération islamique moro (MILF). Et deux communistes, la Nouvelle armée du peuple (NPA) et le Pari révolutionnaire des travailleurs de Mindanao (RPMM). Ces quatre groupes sont aujourd’hui entrés dans des phases de dialogue et de processus de paix avec le gouvernement, mais il reste quelques poches de combat avec des affrontements sporadiques.

Un conflit entretenu

En plus de ces quatre mouvements, le Groupe Abu Sayyaf se revendique du jihadisme international. Il est considéré comme un groupe terroriste. Mais le gouvernement n’est pas pour rien dans son apparition. Constitué avec des anciens d’Afghanistan, entraînés par la CIA pour lutter contre les Soviétiques, ce groupe a en effet été mis en place dans les années 1990 pour infiltrer les groupes musulmans et fournir des renseignements sur leurs activités.

Mais ce groupe est devenu par la suite totalement incontrôlable. Ce qui a donné au gouvernement un prétexte pour demander l’aide des Etats-Unis qui se sont empressés d’y répondre compte tenu de l’intérêt stratégique des Philippines.

D’un point de vue géographique, les Philippines sont d’un intérêt stratégique évident pour les Etats-Unis dans leur confrontation avec la Chine. Jusqu’à présent, notre pays est le seul allié sur lequel ils puissent réellement compter en Asie du Sud-Est. Puisqu’ils ont été obligés de quitter le pays sous la pression populaire après l’éviction de Marcos, l’existence d’un groupe terroriste leur permet de justifier leur présence sur le terrain.

D’autre part, Mindanao est situé juste à côté des îles Spratley, très riches en pétrole. Dans les années 1970-1990, du temps du dictateur Marcos, le gouvernement justifiait sa guerre contre les Moro par leur revendication de sécession. Mais aujourd’hui, les exigences des quatre groupes armés portent davantage sur la pauvreté. Ce qu’ils veulent : la paix, le développement, un meilleur partage des ressources, notamment, financières de l’île et un contrôle drastique des dépenses militaires de l’Etat. « Au lieu d’acheter des balles, des chars et du matériel militaire, qu’ils nous donnent plutôt les moyens de nous développer et de pouvoir fournir à notre population les moyens de subvenir à ses besoins. » Comme par hasard, alors que ces revendications rencontrent un écho favorable auprès de la population, ce groupe « terroriste » apparaît.

Les chiffres de la pauvreté
La pauvreté est aujourd’hui omniprésente à Mindanao.
• Parmi les populations ethniques ou rurales, 52 % des décès constatés ont eu lieu sans que la famille ait pu consulter un médecin.
• A Cotabao, d’où je viens, l’hôpital régional ne compte que 200 ou 300 lits pour plus de 2 millions de personnes.
• 80 % de l’eau bue est impropre à la consommation et provient des canalisations, des rigoles. Ce qui fait que 97 % de la population sont régulièrement malades et présentent des affections respiratoires et des maladies intestinales chroniques. Les Philippines sont un pays chaud et nous devons boire régulièrement, si vous avalez une eau qui n’est pas vraiment propre à la consommation, vous perdez petit à petit toutes vos défenses immunitaires et même un rhume peut alors devenir très grave. Des enfants naissent rachitiques parce que leurs mères elles-même souffrent de malnutrition.
• Pour 100 enfants scolarisés en primaire, seuls 40 d’entre eux parviendront en secondaire, parmi lesquels 23 pourront finir ce cycle. Quatre obtiendront finalement un diplôme. Cett population peu éduquée deviendra alors une proie facile pour les recruteurs des groupes révolutionnaires.

L’exil comme seul espoir
Les jeunes n’ont que deux possibilités. Soit rester au pays, avec ce que cela comporte de dérives dangereuses, où partir à l’étranger. Actuellement 12 millions de Philippins ont émigré parce qu’il n’y a pas de travail ici. A Mindanao, sur dix familles, neuf ont des enfants à l’étranger. Ce sont eux qui font vivre les familles.

Ils envoient de l’argent et c’est cet argent est ensuite directement réintroduit dans l’économie locale et permet parfois la création de petits métiers. Au niveau national, émigrés représentent la principale source d’entrée de devises dans le pays, devant l’industrie et l’agriculture ! Nous sommes devenus un pays qui exporte ses populations.

Au lieu de nous aider à nous développer, le gouvernement préfère récupérer à son compte cette réalité absurde en faisant de ces émigrés les nouveaux « héros » des Philippines. Ceux par qui le dollar arrive ! Pire, ils encouragent les gens à partir. Il faut bien comprendre que sans eux notre économie s’effondrerait littéralement puique qu’ils assurent à eux seuls 80 % de budget de l’état.

Alors, dans les familles, au lieu de s’occuper de faire des jeunes d’aujourd’hui les citoyens de demain, la seule motivation qui existe est celle de voir les enfants atteindre l’âge de dix-huit ans pour pouvoir les laisser partir à l’étranger afin qu’ils puissent envoyer des dollars. C’est une bien triste situation.

Propos recueillis par Patrick Chesnet

Paris le 17 mars 2007

Jesus Dillo est président d’Up-Savings, association de micro-crédit.

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