Publié le 7 octobre 2011

Sri Lanka, L’impunité doit cesser

La société civile sri lankaise, soutenue par le secrétariat général des Nations unies

Paris, le 7 octobre 2011

Alors que la situation des droits de l’homme reste dramatique, la société civile sri lankaise, soutenue par le secrétariat général des Nations unies, demande une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Depuis longtemps, les défenseurs des droits de l’homme sri lankais se battent contre l’impunité (voir Fdm 253). Aujourd’hui, ils s’appuient sur un rapport d’experts, nommés par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, rendu public fin avril 2011, qui estime « crédibles les accusations de violations graves des droits de l’homme par les rebelles tamouls et les forces gouvernementales au cours des derniers mois de la guerre civile en 2009 ». Il considère aussi que « certaines de ces violations pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. » A ce jour, le gouvernement sri-lankais persiste à faire la sourde oreille.

Pourtant, la situation des droits de l’homme ne s’améliore guère depuis 2009, comme nous le décrit Brito Fernando, président de Right to Life Human Rights Center, venu plaider la cause de son peuple au Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève : « Les meurtres et disparitions de militants des droits de l’homme se poursuivent. Le président Mahinda Rajapaksa les qualifie de traîtres à la nation, en particulier quand ils sont d’origine tamoule. Les médias sont sous contrôle gouvernemental et sont utilisés pour répandre l’idéologie d’une conspiration de l’ouest qui financerait les organisations de droits de l’homme. Des meurtres et menaces se multiplient contre les journalistes. 37 d’entre eux ont été tués depuis 2005 et ils sont nombreux à avoir quitté le pays. Les principaux partis politiques d’opposition ont été mis en pièces. En offrant de l’argent, des portefeuilles ministériels ou en agitant des menaces, le président a réussi à diviser et briser toute opposition. Enfin, les militaires sont placés aux postes stratégiques, dans les conseils provinciaux et les ambassades. »

Sur le terrain, la reconstruction prend un drôle de visage. De grands travaux d’infrastructure voient le jour, essentiellement des projets touristiques ou militaires financés notamment grâce à des prêts accordés par la Chine, mais aussi par la Banque mondiale ou le FMI, sans conditions sur le respect des droits de l’homme. Paysans et pêcheurs sont chassés de leurs terres. « Nous avons néanmoins remporté notre première victoire depuis 2009, souligne Herman Kumara, directeur de NAFSO, partenaire du CCFD-Terre Solidaire. Sur la lagune de Negombo, le gouvernement projetait de construire un port pour hydravions-taxis touristiques. Un projet qui aurait bouleversé la vie des habitants de la région. Grâce à une mobilisation multiple et conjointe de pécheurs, médias, défenseurs des droits de l’homme... nous avons réussi à empêcher cette opération. Cette victoire commune prouve qu’il y a de l’espoir quand les gens se regroupent. Ainsi, nous sommes en train de créer une nouvelle coalition réunissant des personnes expulsées originaires de toutes les régions du pays. »

Mobilisée sur le terrain, la société civile sri-lankaise appelle aussi la communauté internationale à réagir fermement. « Nous lui demandons d’exhorter le gouvernement de Colombo à respecter les conventions des Nations unies ratifiées par le Sri Lanka, notamment la Convention des droits de l’homme. Nous souhaiterions aussi qu’elle demande au gouvernement l’ouverture d’enquêtes pour torture et violations des droits de l’homme ». Enfin, Brito Fernando insiste sur l’impact des sanctions économiques. En effet, face au refus de Colombo de coopérer sur les questions de droits humains, l’Union européenne (UE) a suspendu en août 2010 ses accords de préférence généralisée avec le Sri Lanka. Si pour l’instant cette décision n’a pas eu d’impact économique direct car le pays a pu écouler sa production sur d’autres marchés comme la Chine, l’Iran ou la Russie, cette sanction n’est pas neutre. Elle range, sur la scène internationale, le Sri Lanka au banc des nations « voyous ». Une image à laquelle Colombo, qui mise sur le tourisme occidental pour renflouer les caisses de l’Etat, n’est pas insensible...

Violaine Plagnol

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