Un avenir sans faim

Publié le 18.04.2015 • Mis à jour le 23.09.2016

Mobilisation citoyenne des jeunes dans les Balkans de l’après-guerre

Comment regarder vers l’avenir dans les pays de l’ex-Yougoslavie marqués depuis les guerres civiles des années 1990 par la montée des nationalismes et le repli sur soi ? Une mission à laquelle s’attache l’association Youth Intitiative for Human Rights-Bosnie, un partenaire du CCFD, en multipliant rencontres entre jeunes et interpellations des autorités politiques.

Etudiante en droit à Sarajevo, Aldijana Okeric a clairement choisi son camp : dans une Bosnie encore hantée par les fantômes de la guerre civile où la population oscille entre nationalisme et conformisme, elle a rejoint l’association Youth Initiative for Human Rights Bosnie (YIHR) qui a fait de la réconciliation entre les communautés serbes, croates et musulmanes son principal cheval de bataille. « Mon objectif ? Mobiliser les jeunes contre les préjugés dont chaque communauté fait preuve envers les autres en apprenant à mieux se connaître pour en finir avec nos divisions ! », explique-t-elle.
En charge de la coordination des programmes en Bosnie-Herzégovine, Aldijana ne ménage ni ses efforts ni son temps pour développer des lieux d’échanges et de brassages : travail auprès des élèves dans les écoles, des étudiants dans les universités, participation commune à de multiples activités culturelles et artistiques aux quatre coins du pays, réalisation de documentaires mettant en scène les avantages de la diversité ou condamnant les crimes de guerre perpétrés tant par les uns que par les autres…

Une association présente dans tous les Balkans

Chaque année, de nombreux jeunes frappent à la porte de YIHR, en quête de bouffées d’oxygène. Les intéressés se voient également proposer d’assister à des rencontres régionales en s’appuyant sur le maillage réalisé par YIHR.
Créée à Belgrade, en 2003, par des étudiants qui souhaitaient alors rebâtir une société multiethnique tout en dénonçant les dérives et les exactions commises lors des conflits, l’association a ouvert ensuite des bureaux dans tous les nouveaux Etats issus de l’ex-Yougoslavie. En Bosnie depuis 2008, mais aussi au Monténégro en passant par la Croatie, la Slovénie, la Macédoine ou encore le Kosovo.
Une antenne a également vue le jour en Albanie dont l’avenir ne peut être dissocié de celui de ses voisins, ne serait-ce que par la présence de populations d’origine albanaise majoritaires au Kosovo.

L’exemple franco-allemand

Au cours des dernières années, des échanges ont aussi impliqués d’autres jeunes d’Europe centrale et des pays fondateurs de l’Union européenne dans un double objectif : sortir du face-à-face entre les différents protagonistes des guerres qui ont ravagé les Balkans mais aussi profiter de ces rencontres pour définir les futurs contours d’une Europe plus ouverte et moins bureaucratique. « C’est très important d’avoir d’autres points de vue. Cela enrichit nos propres réflexions », mentionne Aldijana.
Pour les jeunes des Balkans, il s’agit par exemple de découvrir l’expérience des Allemands et des Français, partenaires actifs de ces rencontres, qui ont réussi à passer du statut de pires ennemis à celui plus envieux de premiers partenaires.
Signe des temps : YIHR figure parmi les principaux fondateurs aux côtés d’autres associations et des représentants des gouvernements de l’Ex-Yougoslavie d’une structure interétatique qui s’inspirera de l’action menée par l’OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse) depuis 1963 pour favoriser le rapprochement entre les jeunes des deux rives du Rhin.
Comme dans le cadre de l’OFAJ, les Etats de l’ex-Yougoslavie financeront cette entité commune qui permettra de multiplier les échanges et les rencontres entre les jeunes de ces différents pays. Objectif : inscrire les actions menées par la société civile, telles celles conduites par YIHR, dans la durée en leur donnant, par ailleurs, plus de visibilité.

Nouveaux défis, nouveaux combats

Aussi indispensables soient-elles, ces activités ne constituent pourtant pour Aldijana qu’une première étape. « Les enjeux aujourd’hui ne sont plus forcément les mêmes qu’il y a dix ans. Il nous faut certes renouer le contact entre les différentes communautés et aborder sans fard la période des guerres civiles. Mais parallèlement au processus de réconciliation, nous entendons bien peser aussi sur les débats politiques et réfléchir au futur dans nos pays », raconte-t-elle.
Dénonçant le racisme qui sévit notamment contre les Roms, la corruption à l’œuvre dans la sphère publique, les manquements aux droits de l’homme, des groupes de jeunes manifestent à Sarajevo et dans d’autres villes du pays pour demander des comptes aux autorités. « Qu’est ce que les municipalités font de l’argent ? Comment entendent-elles associer davantage les citoyens aux processus de décision ? Quel est le budget attribué à l’éducation ? Nous sommes au début d’une mobilisation pour modifier profondément les choses, rappeler le rôle que doit jouer la loi et demander une plus grande transparence pour une plus grande démocratisation », ajoute l’étudiante.
Ces interpellations connaissent d’ailleurs un succès grandissant. «  C’est aussi un moyen de mobiliser les nouvelles générations et principalement les plus jeunes qui n’ont pas vraiment connu la guerre civile ainsi que tout ceux qui en ont assez de ces débats qui renvoient au passé au lieu de préparer l’avenir », conclut Aldijana.

Laurence Estival

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