Noël contre la faim

Publié le 26.02.2007 • Mis à jour le 18.07.2012

Hajra Catic, Bosnie Herzégovine

La Cour internationale de justice estimé que la Serbie n’avait pas commis de génocide en Bosnie durant la guerre de 1992 à 1995. Réaction.

Srebrenica
Les victimes révoltées par le jugement

Paris, mars 2007

La Cour internationale de justice, la plus haute instance judiciaire de l’Onu, a estimé, le 26 février, que la Serbie n’avait pas commis de génocide en Bosnie durant la guerre de 1992 à 1995. Une décision très critiquée par les associations bosniaques des victimes de guerre. Réaction de Hajra Catic, présidente de l’association des femmes de Srebrenica.

Quel regard portez-vous sur l’arrêt rendu par la Cour internationale de justice ?
Pour moi, il n’y a rien de positif dans cette décision qui indique très clairement que la Serbie n’a pas commis de génocide en Bosnie. C’est honteux, car en complète contradiction avec l’histoire. Le terme de génocide a été retenu, uniquement à l’encontre de l’armée des séparatistes serbes de Bosnie et pour le cas précis du massacre de Srebrenica. Les juges n’ont donc adressé que deux reproches à la Serbie : ne pas avoir empêché le génocide, alors qu’elle en avait les moyens et ne pas coopérer avec le Tribunal pénal international. Cet arrêt est donc très nettement en deçà de nos attentes.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez pris connaissance de ce jugement ?
Avec plusieurs femmes de Srebrenica, nous avons écouté mot à mot l’arrêt de la Cour, lu par la présidente Rosalyn Higgins. Quand elle a dit que les juges avaient estimé que la Serbie n’était pas responsable de l’agression, nous avons toutes éclaté en sanglots. Nous sommes révoltées et amères. Avec cette décision, les juges se sont rangés du côté des agresseurs. Car l’armée serbe a aidé moralement, financièrement et matériellement les Serbes de Bosnie. Elle a aussi pris part aux combats. Ce sont bien des avions serbes qui nous ont bombardés en 1992 et 1993. Certains habitants des villages qui se situent à la frontière entre la Bosnie et la Serbie ont été massacrés.

Que comptez-vous faire maintenant ?
Ce jugement est irrévocable : il n’y a pas d’appel possible. C’est un coup dur, car nous nous battons depuis douze ans pour que ces crimes soient reconnus. Mais nous ne pouvons pas nous en tenir là. Les associations de Srebrenica ainsi que les partis politiques bosniaques demandent à ne plus être intégrés dans l’entité serbe de Bosnie (Republika Sprska)*. Nous voulons être une ville de Bosnie-Herzégovine, sans référence à aucune des deux parties du pays.

Quel est le but de cette démarche ?
Il y en a deux. Aujourd’hui, Srebrenica est une ville morte : les déplacés ne reviennent pas, l’économie est en panne. Il faut donc aider la municipalité à renaître. Ce statut à part existe déjà en Bosnie, puisqu’il a été accordé à la commune de Brcko* qui s’est beaucoup développée économiquement. Nous espérons donc qu’il en sera de même pour Srebrenica. Deuxièmement, la Cour internationale de justice a reconnu que la République serbe de Bosnie est l’auteur d’un génocide. Nous ne voulons donc plus d’appartenir à cette entité. Mais notre but n’est pas d’accentuer les tensions avec les Serbes de la région et nous ne demandons pas non plus à appartenir à la fédération croato-musulmane. D’ailleurs, dans leur immense majorité, les Serbes sont favorables à cette initiative. Ils ne peuvent pas toujours le dire ouvertement, car ils craignent les représailles de la petite minorité d’extrémistes, en général d’anciens criminels de guerre. Nous demandons que Srebrenica soit une ville neutre, une ville bosniaque. Comme devrait l’être tout le pays.


Propos recueillis par Séverin Husson

* La Bosnie-Herzégovine est constituée de deux entités : la Republika Srpska et la fédération croato-musulmane. Le district de Brcko est sous administration directe des Nations unies.

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