Un avenir sans faim

Publié le 25.11.2013 • Mis à jour le 21.04.2015

En Roumanie, comment réduire la sous-scolarisation des Roms ?

En dépit de l’adoption en 2001, d’une stratégie nationale pour améliorer la situation des Roms dont leur accès à l’éducation, la scolarisation des enfants roms ne va toujours pas de soi en Roumanie.

Selon un rapport de 2007 [1], 24% des enfants roms en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisés, contre 6 % des autres enfants roumains et l’écart se creuse dans le secondaire, avec 83 % des jeunes roms qui en sont exclus contre 31% pour le reste de la population. Une situation que la Fondation du Collège Européen dénonce et refuse de considérer comme une fatalité.

Créée en 1997, pour restaurer le dialogue intercommunautaire dans le contexte des affrontements qui opposèrent violemment la minorité hongroise et la majorité roumaine de Transylvanie, la Fondation du Collège Européen se concentre aujourd’hui essentiellement sur la promotion des droits des Roms. Elle épaule notamment les équipes éducatives de quatre écoles publiques qui accueillent des enfants roms et qui peinent à remplir leur mission face à l’incurie des pouvoirs publics. Soutenue dans cette action par le CCFD-Terre Solidaire depuis 2001, la fondation procure du matériel scolaire, des colis alimentaires, des vêtements et des médicaments aux enfants roms, mais parfois aussi aux professionnels qui les entourent. Une manière d’encourager ces professeurs et médiateurs scolaires qui travaillent dans des conditions particulièrement difficiles, pour des salaires mirifiques de 120 à 180 euros par mois.

Eduquer en dépit des discriminations

« En Roumanie, seuls les professeurs dont les élèves prouvent leur excellence peuvent prétendre à une prime » grince Madame Losonti, directrice de la seule école qui accepte de scolariser les jeunes roms du bidonville de Cluj. Construit à un jet de pierre de la décharge municipale, il abrite depuis les années 1970, des familles venue chercher du travail dans cette capitale de la Transylvanie, connue pour être la ville la plus moderne de Roumanie. Sans électricité, sans accès à l’eau potable, sans école de rattachement, le bidonville constitue un point aveugle du territoire. Un trou noir de 3400 habitants. « La municipalité s’est contentée de baptiser les quartiers : Dallas, La décharge, La colline verte, Buisson rouge…ironise la directrice. D’un côté, je dois faire des pieds et des mains pour inscrire des enfants dont beaucoup n’ont pas de papier, et de l’autre, je passe mon temps à convaincre les parents non roms que ça ne porte pas préjudice à leurs propres enfants ». Pour ces enfants roms, la Fondation a construit une salle de bain au sein de l’école et elle dédommage deux dames, elles mêmes habitantes du bidonville pour repérer les élèves qui ont besoin d’une bonne toilette, les savonner, leur donner des vêtements propres... « Les enfants n’avaient jamais vu de douche. Au début, ça les effrayait, ils pensaient que le jet d’eau allait les blesser, maintenant ils en redemandent » confie l’une d’elle attendrie. Quant à Virgil Ciomos, professeur de philosophie à l’origine de la création de la Fondation du Collège européen, il est surtout mu par l’indignation. A la manière d’un Stéphane Hessel. Indigné que ces collègues universitaires manifestent tant de mépris envers les Roms, que les fonds spécifiques pour l’éducation des Roms soient si souvent détournés, qu’il se construise plus d’églises que d’écoles en Roumanie…

Renforcer l’estime de soi

Mais la scolarisation des enfants roms demande aussi souvent de vaincre les réticences de leur propre communauté. Pour une autre école de Cluj, soutenue par la Fondation du Collège Européen, c’est Madame Varga, une médiatrice scolaire qui s’en charge. Elle sillonne le quartier à prédominance rom tous les matins, tire des gamins du lit, négocie avec les parents qui veulent les réquisitionner pour d’autres priorités : la ferraille, la manche... « Dans les familles où les parents travaillent, les enfants sont généralement poussés à terminer leur scolarité. C’est pour les autres, que c’est le plus dur ». Selon son analyse, le pire reste la résignation. « J’ai moi-même été élevée dans l’idée que nous, les Roms, nous ne pouvions pas nous en sortir. La pauvreté devient un argument en soi, une fatalité… ». Car le paradoxe tient à ce que bon nombre de Roms intégrés ne soient plus perçus comme tel. Un vrai obstacle pour vaincre les préjugés des non rom mais aussi pour que les enfants roms se saisissent de modèles identificatoires valorisés.
« Pour favoriser l’intégration, il est presque plus important de travailler sur le sentiment d’infériorité intériorisé par les Roms les plus marginalisés et de renforcer leur estime de soi, que de s’attaquer aux stéréotypes dont est imprégné le reste de la population, affirme Virgil Ciomos. En Roumanie, l’esclavage des Roms a duré jusqu’au 19ème siècle. Ça laisse des traces. D’autant que l’histoire rom n’est pas enseignée en Roumanie. Pour se lancer dans la modernité, il faut savoir d’où on vient ». D’où l’importance que la Fondation du Collège Européen accorde à la culture. Elle invite les enfants au théâtre, leur aménage des rencontres avec des écrivains… Il y a quelques années, elle a obtenu une bourse à une jeune rom de l’université de Cluj pour qu’elle poursuive ses études en Inde.

Bénédicte Fiquet

[1EUMAP,2007. Equal Acces to quality Education for Roma

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