Publié le 27 janvier 2014

Quand le rappel à la loi renforce le droit des Roms

Parce que les droits de l’Homme sont aussi ceux des Roms, l’association Romani Criss, conjugue actions juridiques et « empowerment » des communautés.

« Ils sont arrivés arme au poing avec leurs chiens. Ils hurlaient : dégagez sinon nous vous démolissons avec vos maisons. On a l’habitude d’être insulté par la police, mais ce jour-là c’était vraiment terrible. Les enfants étaient terrifiés. Dans la panique, nous n’avons pas eu le temps d’emporter le minimum. Moi j’ai perdu mon certificat de mariage ». Stylo en main, Irina Croitoru, juriste de l’association Romani Criss, note le témoignage de cette femme encore sous le choc des brutalités policières. Le 19 septembre 2013, la mairie d’Efori Sud, une ville balnéaire qui attise les spéculations foncières, envoyait un avis d’expulsion à vingt-deux familles roms, dont les maisons donnaient sur la mer Noire. Six jours après, elle faisait venir les bulldozers, laissant à la rue une cinquantaine d’adultes et autant d’enfants. Au mépris de la législation roumaine comme du Droit international.

« Ces maisons avaient été construites sans autorisation il y a une vingtaine d’années, explique Irina Croitoru, mais une loi roumaine permet de régulariser ce type de situation ». Par ailleurs, en tant qu’État ayant ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et la Convention Internationale des droits de l’enfant, la Roumanie s’est engagée à respecter, protéger et garantir le droit à un logement décent. Or, au plein cœur de l’hiver, quatre mois après l’évacuation, la mairie n’a toujours rien d’autre à offrir qu’une école délabrée, sans chauffage, dont les plafonds tombent en morceaux au risque de blesser les occupants. Sans compter la présence de rats qui obligent les parents à ne dormir que d’un œil pour protéger leurs enfants. Hostiles à la promiscuité, certaines familles ont préféré construire des baraques sur les lieux même de l’évacuation.

Assistance juridique

Pour Romani Criss, Efori est un cas emblématique des violations des droits humains, perpétuées à l’encontre des Roms en Roumanie. Créée en 1993, cette association partenaire du CCFD- Terre Solidaire, documente les discriminations raciales envers les Roms dans tous les domaines de la vie publique - logement, éducation, santé, emploi, média… - et fournit une assistance juridique aux personnes dont les droits ont été bafoués. Selon les situations, elle interpelle le Conseil national de lutte contre les discriminations ou porte l’affaire devant les tribunaux, voire devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Ainsi Romani Criss peut s’enorgueillir d’avoir obtenu que pour la première fois en 2005, la Cour Européenne des Droits de l’Homme reconnaisse une discrimination commise à l’encontre de Roms par un tribunal roumain. Dans d’autres affaires portées par Romani Criss, Strasbourg a également reconnu le défaut d’investigations relatives à des violences policières, à des discriminations en matière d’éducation ainsi qu’à des actes racistes ayant entrainé de graves négligences médicales.

Obstacles…

La culture de l’impunité offre un terreau formidable aux violences et discriminations faites aux Roms. «  Le président de la République lui-même, s’est autorisé à traiter une journaliste de "tsigane puante" souligne Marian Mandache, directeur de Romani Criss. Suite à la plainte que nous avons déposée contre lui, le Conseil national de lutte contre les discriminations s’est contenté d’émettre un avertissement sans prononcer de sanctions ». Autre difficulté : rassembler les preuves. C’est particulièrement délicat pour les discriminations commises à l’hôpital car Romani Criss n’est pas sur les lieux au moment des faits. L’affectation injustifiée d’enfants roms dans des classes réservées aux élèves handicapés, par exemple, est plus aisée à documenter. La peur de beaucoup de victimes à s’engager dans des procédures qu’elles perçoivent comme dangereuses en termes de représailles, constitue aussi une forte entrave à l’accès aux droits des Roms.

… versus "empowerment"

Ainsi à côté de ce volet « contentieux », Romani Criss mène aussi des actions qui visent à renforcer les capacités des Roms à jouir pleinement de leur citoyenneté. C’est le but de la création de deux réseaux de professionnels issus de communautés roms, celui des médiatrices santé et celui de médiateurs et médiatrices scolaires dont la vocation est de rapprocher les Roms des institutions, en rappelant aux deux partis leurs droits et devoirs tout en dissipant les quiproquos culturels. Leur diplôme validé par l’Etat, les médiateurs scolaires sont aujourd’hui directement employés par le ministère de l’Education nationale et les médiatrices santé par les collectivités locales. Outre le fait d’améliorer l’accès à la santé et à l’éducation des populations roms, cette initiative de Romani Criss contribue à l’émergence de « femmes fortes et respectées » au sein de communautés connues pour leurs valeurs très patriarcales. « Les médiatrices ont acquis une autorité publique incontestable » estime Simona Barbu coordinatrice du projet.
Par ailleurs, Romani Criss mène un programme d’"empowerment", dès le plus jeune âge, par la création notamment de jardins d’enfants expérimentaux et de clubs de soutien scolaire animés dans un esprit d’éducation populaire.

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