Noël contre la faim

Publié le 05.08.2006 • Mis à jour le 29.06.2012

Le Liban meurtri. Fragile Liban, redoutables projets

5 août L'analye d'Elie Maroun, partenaire libanais du CCFD

Mots-clés :

Qualifiant de "crimes de guerre" certaines frappes israéliennes
contre des civils libanais, Human Rights Watch affirme que "les forces
israéliennes ont visé, avec des avions de guerre et l’artillerie, des dizaines
de véhicules de civils en fuite arborant des drapeaux blancs
". Cette
organisation note dans son rapport, publié le 3 août, que "le déroulement
des attaques montre le mépris regrettable de l’armée israélienne pour la vie de
civils libanais [...] L’affirmation d’Israël selon laquelle les combattants du
Hezbollah se cachent parmi les civils n’explique pas, et justifie encore moins,
la guerre aveugle menée par Israël."

D’autres massacres dans plusieurs villages, dont ceux de Cana et de Qaa (au
Nord), ne figurent pas (encore) parmi les cas étudiés par HRW. (Pour ceux qui
peuvent supporter les images horribles, vous pouvez consulter le site du journal
L’Orient-Le jour - à signaler que ce journal n’est pas un sympathisant
du Hezbollah !

La lenteur des négociations qui traînent depuis trois semaines, entre la
France et les États-Unies notamment, offre aux Israéliens plus de temps pour
« finir le boulot » ! Or tous, même les Israéliens, s’accordent
aujourd’hui pour dire qu’il est impossible d’aboutir à un règlement militaire.
De plus, tout règlement durable devrait impliquer directement ou indirectement
la Syrie et l’Iran !Alors qu’il y avait plusieurs moyens de régler pacifiquement
le conflit depuis des années, la question qui se pose aujourd’hui est la
suivante : dans quel but a-t-on déclenché cette guerre ?

Était-il vraiment difficile d’enlever les deux seules cartes explosives des
mains du Hezbollah en libérant par Israël les hameaux de Chebaa et les
prisonniers libanais ? Pourquoi l’échange de prisonniers était possible en 2004
et ne l’est plus en 2006 ? Était-il vraiment impossible aux USA, d’obliger son
filleul Israël à le faire, comme l’a supplié depuis un an le gouvernement
libanais, né démocratiquement avec l’aide de la Communauté internationale après
30 ans de tutelle syrienne, en s’engageant à désarmer le Hezbollah lorsque les
causes qui l’ont créé n’existeront plus ? Israël (et indirectement les
États-Unis) ne joue-t-il pas ainsi le même jeu que celui de la Syrie en gardant
ces deux germes de guerre depuis son retrait du Sud-Liban en 2000, sous la
pression des résistants libanais, du Hezbollah d’abord, après 22 ans
d’occupation ?

Pour tenter de découvrir les vraies raisons de cette
guerre, il semble à ce stade qu’on attendait un prétexte pour « installer » un
Moyen-Orient nouveau (Bush et Blair étaient informés du plan israélien selon New
Statesman.

On déracine des palestiniens (1948) puis on occupe tout le territoire
palestinien (1967) ; on les arme pour attaquer Israël à partir du Liban-Sud ; on
les écrase (1982), puis on arme une milice (le Hezbollah) pour les empêcher de
revenir dans cette région ; on occupe une zone de sécurité au Liban-Sud en
plantant une autre milice (ALS) gardienne de cette sécurité ; on se retire sous
la pression de la première (2000) en laissant des braises pour permettre à
chacun de déclencher au moment opportun le prochain conflit.

En pleins combats et négociations, on observe en ce moment même que les
conditions d’un « conflit durable » ou au moins d’une mèche pour un futur départ
de feu sont en train de s’installer :

  •  Les américains ne veulent pas
    traiter la question des fermes de Chebaa en préconisant de régler le problème,
    non pas avec l’occupant Israélien, mais avec l’ (ex)tuteur syrien !
  •  Les Israéliens affirment avoir le droit d’intervenir au Liban même après
    l’installation d’une force internationale
  •  L’armée israélienne affiche
    enfin un objectif clair : occuper de nouveau le Liban-Sud jusqu’au fleuve
    Litani... en attendant l’arrivée d’une force internationale ! Quel heureux
    hasard géographique, ce fleuve qui se trouve à distance inégale de la frontière
    (entre 5 et 20 Km) constituerait pour Israël une ligne de sécurité militaire,
    sachant que les missiles du Hezbollah peuvent atteindre 150 Km !... Il ne
    s’agirait pas plutôt d’une sécurité « fluviale » pour lui ?

Voici peut-être quelques causes pour de prochaines guerres locale, régionale
voire mondiale ou au minimum une prolongation du conflit de par le nouvel
élément d’occupation d’une nouvelle terre libanaise ; car toute occupation
entraîne logiquement une résistance. En attendant, plus de victimes libanaises
mais israéliennes aussi, plus de destructions d’infrastructures vitales au
Liban, plus de colère se transformant de plus en plus en haine et surtout de
moins en moins d’espoir de Paix dans cette région.

Elie Maroun est libanais.
Partenaire du CCFD il dirige
l’association Les Cités - Interrives

Le rapport "Fatal Strikes, Israel’s Indiscriminate Attacks Against Civilians in Lebanon" (en anglais)

Le résumé du rapport en français. Israël/Liban : Il faut stopper les attaques indiscriminées contre les civils

La galerie de photo de L’Orient le jour

L’article du Newstatesman

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