Noël contre la faim

Publié le 09.12.2013 • Mis à jour le 09.05.2016

Liban « Permettre aux femmes de s’affirmer dans la société »

Véritable ambassadeur des saveurs des terroirs libanais, Fair Trade Lebanon se consacre depuis ses débuts, en 2006, à promouvoir les produits locaux à travers le commerce équitable. Cynthia Dahdah, responsable de la sensibilisation auprès de FTL, nous en dit plus.

Avec qui travaille Fair Trade Lebanon au Liban ?
Cynthia Dahdah : « Nos produits nous arrivent de quatorze coopératives réparties sur tout le territoire libanais. Dans ces coopératives, on retrouve toutes les composantes de la société, des druzes, des shiites, des sunnites, des orthodoxes et des maronites. Des hommes et des femmes. En fait, la majorité de ces coopératives sont gérées par des femmes. »

Un choix délibéré ?
« Oui et non. C’est vrai que, dans la mesure où nous proposons des produits transformés, cuisinés et que ce sont les femmes qui maîtrisent ces savoir-faire, il est normal qu’elles soient plus représentées. Maintenant, il ne faut pas oublier non plus que, à cause de la guerre qui a ensanglanté le Liban entre 1975 et 1990, il manque dans ce pays toute une génération d’hommes, les 40-50 ans. Et comme, d’autre part, ceux qui ne sont pas morts au combat ou les plus jeunes sont souvent partis chercher un emploi à Beyrouth, tout cela fait que l’on se retrouve avec un pourcentage de femmes, notamment des veuves, très important dans les villages. Pour rompre leur solitude, ces femmes ont pris l’habitude de se retrouver entre elles. Pour discuter ou s’échanger des recettes, travailler dans les champs et faire la cuisine. Nous avions envie de les encourager dans cette idée de regroupement et de promouvoir le rôle de ces femmes. »

Avec cependant des exigences beaucoup plus contraignantes quant au cahier des charges exigé pour l’appellation « Commerce équitable » ?
« Lorsque nous vendons des produits labellisés Commerce équitable à l’étranger, en France par exemple, nous devons respecter certaines normes et, afin de respecter ces normes, nous devons être très rigoureux, très stricts pour tout ce qui touche à la traçabilité de ces produits, à leur qualité, aux conditions d’hygiène dans lesquelles ils sont fabriqués. Nous organisons donc régulièrement des sessions de formation pour nos partenaires afin de leur expliquer ce qui se cache vraiment derrière cette appellation de commerce équitable, les différents critères qui sont à respecter : transparence, éthique, qualité, respect de l’environnement, de la dignité humaine, du travail… Et, à côté de cela, nous les formons également au bon fonctionnement et à la bonne gestion d’une coopérative, au rôle de chacun au sein de cette organisation. À travers cette idée de commerce équitable, c’est en fait un changement de mentalité que l’on essaie de créer dans nos villages. »

Quelles sont les conséquences de ce « changement de mentalité » pour les villageoises ?
« Elles sont de deux ordres : économiques et sociales. Le fait de voir leur travail reconnu à sa juste valeur, ce qui est l’un des engagements du commerce équitable, a permis à ces femmes d’augmenter leurs revenus. Beaucoup qui ne devaient se débrouiller qu’avec 50 dollars par mois auparavant, nous disent maintenant disposer de 300 à 400 dollars mensuels, ce qui est suffisant pour vivre dans nos villages. Cet argent permet d’assurer l’éducation des enfants qui, au lieu d’aller travailler dans les champs, sont maintenant là où ils doivent être, à l’école. Il redynamise également l’économie locale. D’autre part, dans une société libanaise très patriarcale dans laquelle c’est à l’homme d’assurer les besoins financiers de la famille pendant que la femme reste à la maison pour cuisiner, faire le ménage, éduquer les enfants… le fait de travailler en coopérative, d’avoir un travail reconnu et rémunéré à son juste prix leur a permis de s’affirmer dans la société, de s’émanciper. »

Quelles sont les difficultés rencontrées par Fair Trade Lebanon ?
« Le Liban est un pays très bureaucratique et lorsque, comme nous, on exporte énormément à l’étranger, cette accumulation de papiers, de formalités, à remplir peut entraîner des retards préjudiciables dans la chaine de livraison. Il y a également ce changement de mentalité des agriculteurs qui n’est pas toujours facile à faire passer dans des villages dont le population est souvent relativement âgée, parfois encore divisée par les divergences héritées des guerres interreligieuses au Liban. Mais, notre plus grand souci, c’est le manque de connaissances des Libanais eux-mêmes sur le commerce équitable. Ils ne savent pas ce que c’est. Nous faisons donc de gros efforts de sensibilisation, à travers des expositions, en allant dans les écoles, les universités, en participant à des foires, sur notre site Internet pour les éveiller à ce concept et c’est en train d’avancer. Lentement, mais sûrement. »

Propos recueillis par Patrick Chesnet

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