Publié le 29.04.2015

La micro-finance au service des paysans palestiniens

Fondée en 1988, ACAD (Arab Center for Agricultural Development) fait de l’appui technique et financier via du micro-crédit, aux coopératives agricoles de Palestine. Une aide qui vise à assurer des revenus aux petits producteurs et à engranger des dynamiques de développement dans des régions souffrant de leur isolement. Rencontre avec son responsable, Thaer Fakhoury.

Pouvez-nous nous présenter ACAD (le Centre arabe pour le développement de l’agriculture) ?

Nous avons été créés pour répondre aux besoins des agriculteurs palestiniens qui doivent faire face à de multiples difficultés. Première d’entre elles : les accaparements de terre.
La poursuite du développement des colonies israéliennes menace directement les petits paysans. Pour ne pas être réquisitionnées, les terres doivent être cultivées, or nombre d’agriculteurs ne retirent pas de leur travail des revenus suffisants pour poursuivre leurs activités.
Ils souffrent du blocus israélien qui empêche l’écoulement de leurs produits à l’étranger mais aussi de plus en plus, de leur isolement par rapport aux zones urbaines où se situent les consommateurs.
Difficile en effet d’acheminer des marchandises dans des zones sous occupation israélienne et littéralement encerclées par les colonies ! Du coup, des litres d’huile d’olive comme des tonnes de tomates ne trouvent pas preneurs. Extrêmement vulnérables, les paysans font partie des personnes les plus pauvres.

Comment dans ces conditions continuer à cultiver la terre et donc arriver à la soustraire aux énormes pressions exercées par l’Etat israélien ?

Sur le plan symbolique, nous avons, en lien avec des partenaires internationaux, lancé un programme « un olivier pour la Palestine ». Les citoyens achetaient un pied d’olivier qui était planté chez nous. Un million d’oliviers ont ainsi été plantés.
Au-delà de ces actions qui ont une visibilité mais ne règlent pas, loin s’en faut les problèmes, il faut être imaginatif en développant par exemple de nouveaux modes de productions économes en ressources naturelles ou en apport de produits chimiques.
Moins coûteux et donc plus adaptés aux moyens dont disposent les paysans, ils correspondent aux nouveaux enjeux auxquels nous devons faire face : car si nous visons à maintenir une activité agricole sur nos territoires, celle-ci doit être durable.
Nous devons aussi nous adapter à la demande des consommateurs pour des produits de qualité. Nous conduisons par exemple des projets en agriculture biologique et veillons à ce que nos produits respectent les normes ISO.
Certains agriculteurs ont bien compris l’intérêt de s’organiser. ACAD a joué un rôle moteur en favorisant leur regroupement au sein de coopératives. Nous leur apportons un appui technique pour les aider à réfléchir à leur développement.

Quel est cet appui technique que vous apportez aux coopératives ?

Nous sommes intervenus par exemple à Beit Skaria, un village de 500 habitants au sud de Bethléem qui est entouré par 11 colonies israéliennes ! Nous avons d’abord incité les agriculteurs à fonder une coopérative pour s’entraider mutuellement et faire face aux exactions des colons qui n’hésitent pas à détruire leurs plantations.
Nous les avons ensuite aidés à mettre en place un projet de développement de l’élevage, participé financièrement à la construction de maisons en dur pour inscrire le projet dans la durée et créé une épicerie pour permettre aux produits de trouver un premier débouché.
La construction de maisons comme l’ouverture de ce magasin ou les investissements réalisés dans les infrastructures sont des moyens de favoriser, au-delà du développement de l’agriculture, le développement local en zone rurale, deuxième étage de notre stratégie.
Dans cette perspective, l’appui aux coopératives fonctionne comme un levier pour encourager d’autres activités mais aussi la participation active de tous dans la vie économique, sociale et politique de la Palestine.

Concrètement, comment cette dynamique collective se met-elle en place et avec quels financements ?

Outre l’appui technique, ACAD a développé une activité de micro-crédits dans laquelle la SIDI nous accompagne. Ces crédits, accordés aux coopératives, reposent sur l’épargne dégagée par leurs membres, incités à économiser pour financer des projets collectifs.
Nous avons formés les conseils d’administration de ces coopératives sur ces questions financières et la gestion de portefeuilles de crédits. Elles sont par ailleurs encouragées à échanger entre elles leurs meilleures pratiques.
Nous les aidons aussi en relayant leurs actions de plaidoyer auprès des bailleurs de fonds. Notre bilan est loin d’être négligeable : nous avons accompagné et continuons à suivre aujourd’hui quarante coopératives. Chacune d’entre elles regroupent au moins 70 membres et chaque membre fait vivre en moyenne cinq personnes.
Bien-sûr l’épargne collectée est loin d’être suffisante pour financer l’ensemble des projets que nous voudrions initier. D’autant que les fonds internationaux en faveur de la Palestine ne cessent de diminuer ! Nous recevons certes des soutiens ponctuels de la part d’ONG partenaires, comme le CCFD-Terre Solidaire, ou d’agences de développement telle l’AFD (Agence française de développement) pour notre projet à Beit Skaria mais globalement la situation est de plus en plus tendue alors que nombre d’agriculteurs jouent leur survie dans un contexte politique compliqué…

Laurence Estival

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