Noël contre la faim

Publié le 16 mai 2008

Stimuler votre spiritualité de la solidarité

10, 11, 12 mai 2008, Texte prononcé par Mgr Housset, président du conseil de la solidarité, en clôture de la Rencontre nationale du CCFD

« Plus que jamais, le CCFD a sa raison d’être. Je vous invite à continuer de stimuler votre spiritualité de la solidarité. »

Lors de la semaine sociale de novembre dernier portant sur le « développement durable et solidaire », il a été dit que les Chinois estiment les Européens geignards et incapables de se décider. Tel n’est pas le cas du CCFD. Ses membres sont heureux, pour ne pas dire enthousiastes, de travailler à la solidarité internationale et prennent leurs décisions en conséquence.

Compétence reconnue du CCFD

Plus que jamais, le CCFD a sa raison d’être. Plus que jamais, le CCFD a toute sa place dans notre Église en France.

Les émeutes sanglantes de la faim qui ont éclaté dans 37 pays nous montrent la gravité et l’ampleur de la crise alimentaire mondiale. Ce choc démontre la pertinence de vos analyses et de vos actions. Par exemple lorsque, durant quatre ans, vous avez insisté sur la souveraineté alimentaire comme élément essentiel pour résorber la faim dans le monde. En 47 ans d’expérience, vous avez acquis une compétence reconnue en ce domaine, selon même le titre qui est le vôtre : « Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement ».

D’ailleurs, dans son encyclique « Dieu est Amour », le pape Benoit XVI, à plusieurs reprises, nous rappelle que « l’exercice de la charité est un acte de l’Église en tant que telle » (n°32). Il utilise ce mot en son sens le plus fort, celui de l’amour qui vient de Dieu, qui s’est révélé dans le Christ crucifié et ressuscité et nous pousse à servir nos frères jusqu’aux extrémités du monde. Les trois axes de la mission de l’Église sont indissociables : annoncer le Christ, célébrer le Christ et servir la société au nom du Christ. Pour ce service de la charité, l’expertise acquise par le CCFD est appelée à se déployer dans les années qui viennent et à donner toute sa mesure, avec les autres organismes de solidarité nationale et internationale, bien entendu.

Education à un développement authentique

Je vous invite particulièrement à continuer d’avancer sur deux points. Tout d’abord, l’éducation ici au développement, un de vos objectifs dès votre fondation. Il s’agit non seulement de sensibiliser notre opinion publique mais de former à un développement humain authentique, c’est-à-dire durable ou soutenable et solidaire.

La prise de conscience en effet a commencé de se faire que tout se tient : la faim et la crise alimentaire, l’épuisement des ressources non-renouvelables, l’injustice des relations commerciales, le réchauffement de la planète, les migrations, etc… Mais beaucoup ne se rendent pas encore compte que, si nous voulons avancer sur la voie d’un authentique développement humain sur le plan mondial, nous sommes appelés à remettre en cause notre propre modèle occidental. Ici, nous ne pourrons plus continuer comme avant si nous voulons que là-bas il y ait un vrai développement.

C’est la responsabilité historique de nos générations que de chercher ensemble un nouvel art de vivre ici et là-bas, aujourd’hui pour demain. Par des comportements individuels et des décisions politiques. Un art de vivre qui :

Ré-oriente nos manières de produire et de consommer en visant la sobriété.

Ne compromet pas les possibilités de développement des générations futures. Ce qu’un proverbe africain dit fort bien « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous empruntons celle de nos enfants ».

Soit respectueux de notre environnement au lieu de l’exploiter inconsidérément. Et relève le défi des ressources naturelles, à commencer par celui de l’eau, un des grands défis de l’avenir, inimaginable il y a quarante ans.

Lutte pour un nouveau contrat social au niveau mondial pour une production et un partage économiques dans la justice en faveur de tous les membres de la famille humaine, y compris les plus démunis.

Agit pour le remboursement de la dette des pays pauvres. Le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, dans son livre « La voix de l’Amérique latine », écrit en 2007 : « la guerre en Irak coûte un milliard de dollars par semaine. L’argent dépensé jusqu’ici dans ce conflit suffirait à éponger la dette extérieure de bien des pays sous-développés » (page 251, aux Éditions Anne Sigier).

Appelle, sans se lasser, à ce que 0,70 % du PIB soit consacré à l’aide publique au développement, alors que, malgré toutes les promesses, nous en sommes loin.

Ce nouvel art de vivre pour une mondialisation de la solidarité ne se réalisera pas aisément. Cette tâche est considérable et démesurée par rapport à nos forces. Mais elle ne dépend pas que de nous. C’est en nous recevant de Dieu et de sa charité ou agapé inépuisable qu’est l’Esprit Saint que nous y parviendrons.

Spiritualité de la solidarité

Je vous invite donc à continuer de stimuler votre spiritualité de la solidarité. Car vous n’êtes pas une simple organisation humanitaire. Vous croyez que la source et le but de la solidarité que vous cherchez à développer se trouve dans la Trinité. Vous agissez certes de manière désintéressée, sans aucun prosélytisme. Mais vous êtes animés par une spiritualité enracinée explicitement dans l’Évangile.

Par exemple, vous êtes persuadés, grâce à l’expérience du partenariat, que donner, c’est aussi recevoir. Aucune personne, aucun pays ne serait trop pauvre pour n’avoir rien à donner et apporter aux autres. Cette spiritualité de l’échange se base sur l’Alliance de Dieu qui, en Jésus-Christ, nous donne sa divinité pour recevoir notre humanité.

Votre spiritualité vous permet peu à peu de prendre en compte les obstacles spirituels à la solidarité. Car celle-ci ne comprend pas que des facteurs économiques, techniques et spirituels. Ces obstacles sont la recherche de pouvoir et de profit « à tout prix qui mettent en place des structures de péché » (Jean-Paul II dans « La question sociale », chap. 5). Pour avancer réellement vers une mondialisation de cette solidarité, une véritable conversion est nécessaire, comme en œcuménisme, pour progresser vers l’unité visible.

Continuez de méditer et de vous approprier l’encyclique de Benoit XVI « Dieu est Amour », particulièrement sa seconde partie qui est consacrée à « l’exercice de l’Amour de la part de l’Église » et concerne directement les responsables de l’action caritative de l’Église. Votre union au Christ en sera renforcée.

Et, de tout cœur, je vous souhaite, pour continuer à agir, une foi de courage et le courage de la foi.

+ Bernard Housset
Evêque de La Rochelle et Saintes
Président du Conseil pour la solidarité

 

Voir son discours sur le site de la Conférence des évêques de France, Eglise catholique en France

 

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