Covid-19 : nos témoins d’une terre solidaire

Asie : les defenseures des droits humains, soeurs en résistance

Publié le 09.12.2020 Mis à jour le 09.12.2020

À l’occasion de la journée internationale des femmes défenseures des droits humains du 29 novembre, plusieurs associations asiatiques, dont certains de nos partenaires, réunies au sein de Dialogue des RESISTers (sœurs en résistance) on fait une déclaration. Extraits.

Asie : les defenseures des droits humains, soeurs en résistance

En ce jour, nous rendons hommage aux femmes courageuses, en particulier issues des communautés rurales et autochtones, qui défendent leurs droits sur leurs terres, leurs territoires, leurs communautés, à l’environnement et à la vie, avec persévérance et avec courage.

Il est grand temps que les gouvernements nous écoutent, nous, femmes de la terre.

La pandémie de COVID-19 a souligné le besoin criant de protéger la nature et l’environnement contre de nouvelles dégradations et destructions. Lorsque nous protégeons la nature, nous nous protégeons nous-mêmes, êtres humains. La violation des frontières de ce cadre naturel, résultant de l’activité humaine, est à l’origine de nouveaux virus comme le COVID-19. Aussi, il est grand temps que les gouvernements nous écoutent, nous, femmes de la terre, qui nous dressons contre l’exploitation minière.

La réponse des États face au COVID-19, en particulier en Birmanie, aux Philippines, en Inde, en Indonésie, en Thaïlande et au Cambodge, a révélé la nature de nos gouvernements : militariste, misogyne et en profonde connivence avec les entreprises qui pillent nos ressources naturelles.

Institutionnalisation du harcèlement et des menaces aux Philippines

Aux Philippines, des activités d’extraction minière ont été autorisées dans des zones qui étaient censées être confinées. Des femmes indigènes qui avaient monté une barricade pour arrêter des machines d’une société minière australienne, dont le permis minier était caduc, ont été violemment dispersées par la police. Traumatisées par ces violences, elles ont de surcroît été accusées d’avoir enfreint la quarantaine. En outre, durant les premiers mois de la quarantaine, une loi répressive anti-terrorisme a été adoptée par le gouvernement Duterte. Elle institutionnalise le harcèlement et les menaces contre les défenseurs des droits humains, les qualifiant de rebelles et de terroristes.

Défendre les droit fonciers des femmes au Cambodge

Au Cambodge, en raison du Covid-19, la population s’est mise en quarantaine, à la demande du ministère de la santé, ce qui a provoqué une perte de revenus. La situation s’est beaucoup dégradée, en particulier dans la province de Pailin, où un conflit foncier perdure depuis plus de 10 ans. Sans terres, les populations s’appauvrissent alors qu’elles sont endettées auprès des banques ou des organismes de micro-crédit. Elles réclament la mise en place d’une politique de réduction de la pauvreté qui leur permettrait de payer seulement leurs intérêts mensuels. De plus, les femmes leaders de communautés demandent au gouvernement de leur délivrer enfin leur titre foncier, et de mettre fin à ce conflit.

Violations à l’égard des défenseures indonésiennes des droits humains

En Indonésie, durant la pandémie, les intimidations et les violations à l’encontre des femmes défenseures des droits humains se poursuivent. Dans le même temps, elles sont confrontées aux risques liés à l’adoption de nouvelles lois, comme la Loi Omnibus [qui réduit notamment les droits des salariés et menace l’environnement]. Les femmes ne devraient pas être réduites au silence lorsqu’elles dénoncent l’État et les entreprises qui volent leurs moyens de subsistance. Elles ont le droit de dire NON pour protéger leur corps, défendre leurs terres et les droits de leurs communautés, ainsi que le droit de Mère Nature.

Nous, RESISTers (sœurs en résistance) de Birmanie, du Cambodge, d’Inde, d’Indonésie, de Thaïlande et des Philippines, disons NON à ceux qui exercent leur pouvoir dans le but de poursuivre leur programme économique, qui enrichit quelques privilégiés et nous appauvrit, nous les femmes qui travaillons dur dans les fermes, pour protéger nos forêts et nos mers, garder nos montagnes, et qui sommes vulnérabilisées par le COVID-19. Nous disons NON à la violence d’État contre les femmes. Nous disons NON à la violence des entreprises contre les femmes rurales et autochtones. Nous sommes FAVORABLES au contrôle communautaire et aux droits des femmes sur les ressources. Nous sommes POUR le savoir et l’expérience des femmes dans la gestion de nos ressources naturelles.

Sorcières, salopes, mauvaises femmes

En tant que RESISTers, nous avons subi menaces et harcèlement. Nous avons perdu nos sœurs aux mains de groupes armés militaires inconnus. On nous a traitées de tous les noms : sorcières, salopes, mauvaises femmes. Mais à cela aussi, nous résistons, en exigeant que justice soit faite pour toutes les femmes défenseures des droits humains partout dans le monde.

Nous parlons des langues différentes mais nous sommes liées par une même vision de la vie, libérée de la violence, de la peur et de la faim.

Nous parlons des langues différentes, séparées par des frontières verrouillées en raison de la pandémie, mais nous sommes liées par une même vision de la vie, libérée de la violence, de la peur et de la faim. Nous partageons le même rêve de sociétés exemptes de discrimination et d’inégalités. Nous sommes unies par notre amour pour la vérité, la justice, les libertés.

Aujourd’hui, à l’occasion de la célébration de cette journée internationale, nous nous engageons en faveur de ces rêves et de cette vision collective, pour lesquels nous travaillons à élargir nos rangs, à renforcer notre mouvement de résistance et de solidarité internationale.

Solidairement vôtres.

Par les associations Focus on the Global South, Dhaatri Resource Centre for Adivasi Women and Children (Inde), Jatam and Tim Kerja Perempuan dan Tambang (TKPT, Indonésie), Lilak (Purple Action for Indigenous Women’s Rights, Philippines), ReSisters de Birmanie et Thaïlande.

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