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Burundi : Covid-19, l’impossible prévention sans eau potable

Publié le 24.06.2020 Mis à jour le 24.06.2020

L’évidence est là, les cas positifs au Covid-19 pressent le pas à la vitesse d’un cheval au galop. Alors que le lavage des mains est un geste essentiel pour la prévention, certains quartiers de Bujumbura connaissent une pénurie d’eau potable. Un croc-en-jambe dans la lutte du Covid-19. Témoignage d’Aimé Rugira, du collectif Yaga blog, partenaire du CCFD-Terre Solidaire.

Burundi : Covid-19, l'impossible prévention sans eau potable

Le Covid-19 avance plein pot. Avec 5 cas le 15 avril, le nombre de personnes infectées a été multiplié par 20 en seulement deux mois, avec 104 cas le 15 juin. Triste. Mais compréhensible, vu les facteurs de risque avec les récentes élections, et le relâchement des Burundais dans la mise en exécution des mesures préventives.

La prévention de cette pandémie nous impose des mesures hygiéniques strictes. Le lavage des mains par exemple. Une consigne maintes fois répétée. Sauf que dans certains quartiers des zones de la mairie de Bujumbura, comme à Gihosha et Kamenge, une pénurie d’eau s’observe depuis au moins trois semaines.

Comment les habitants peuvent-ils se laver régulièrement les mains comme le recommandent les autorités en ces temps de Covid-19 ?

L’eau, une denrée rare

Dans certains quartiers de Bujumbura, il est plus facile de recevoir un verre de bière qu’un verre d’eau potable.

Dans ces quartiers, il est plus facile de recevoir un verre de bière qu’un verre d’eau potable. « Il y a plus de trois semaines, plus une goutte d’eau ne sort des robinets. Avec quoi allons-nous nous laver les mains ? », confie un ami du quartier Gikungu à qui je rends visite. Cette pénurie limite le respect des mesures d’hygiène, faisant craindre une propagation du Covid-19.
« Avoir de l’eau est devenu un véritable casse-tête. Un bidon de 20 litres se vend actuellement à plus de 500 BIF (0, 25 euros), ce qui constitue un problème pour le Burundais lambda qui gagne difficilement son pain quotidien », se désole un habitant de Nyabagere. Certaines personnes, explique-t-il commencent à se rabattre sur l’eau impropre des marigots.

L’urgence du temps présent

Comment sensibiliser les gens à se laver les mains régulièrement, s’ils n’ont pas d’eau à leur disposition ? Telle est la grande question. Combien de temps devront-ils encore attendre pour en bénéficier ? À part le Covid-19, il y a aussi les maladies des mains sales. Où les personnes pourront-elles se soigner, alors qu’une étude de 2019 montre que 32 % de structures de santé, au niveau national, n’ont pas accès à l’eau potable ?

Si les gestes barrières comme le lavage des mains est au cœur des conseils au public, l’approvisionnement en eau potable doit être au cœur des priorités gouvernementales.

La balle est dans le camp de la Regideso (Régie publique de production et de distribution d’eau et d’électricité). Si la mise en place des gestes barrières comme le lavage des mains est au cœur des conseils au public, l’approvisionnement en eau potable doit être au cœur des priorités gouvernementales.

Comme piste de solutions : il faut orienter le budget du ministère en charge, vers les forages de nouvelles sources d’eau, et augmenter la capacité de distribution de la Regideso, car nous avons le deuxième lac le plus profond du monde.

De surcroît, une politique de collectes et stockages des eaux pluviales, purifiées ensuite, devrait être développée pendant la saison des pluies, pour palier à la pénurie pendant la saison sèche.

La question d’eau potable est cruciale, car la bonne vie de la population en dépend. Et surtout, surtout, en cette période de Covid-19.

Par Aimé Rugira, blogueur, le 16 juin 2020

Connaissez-vous Yaga blog ?

Le collectif Yaga (raconter en kirundi) a été créé en février 2015 à l’initiative de jeunes blogueurs. Dans un contexte de crise pré-électorale et de radicalisation de la parole publique, les étudiants, médecins, journalistes, fonctionnaires du collectif voulaient redonner la parole aux jeunes burundais pour qu’ils s’expriment sur des enjeux politiques, économiques, sociaux, culturels.

Leur devise « Un témoin, un récit » illustre leur volonté de créer un espace public fédérateur, libre et bienveillant, alors que le pays s’est enfoncé dans une crise politique profonde et violente.

Yaga veut contribuer à la promotion d’une communication pacifique et responsable entre les jeunes afin de prévenir des violences liées à l’intolérance dans la société burundaise.

Le collectif a déjà publié plusieurs billets sur l’épidémie sous différents angles : santé, religion, service publics….

Pour en savoir plus : www.yaga-burundi.com

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