Covid-19 : nos témoins d’une terre solidaire

Coronavirus en Afrique du Sud : « Rien ne sera plus jamais normal »

Publié le 08.04.2020 Mis à jour le 11.04.2020

Depuis le confinement mis en place le 23 mars, notre partenaire sud-africain Alternative information & Developpement Center poursuit son plaidoyer auprès des autorités, pour les interpeller sur l’extrême précarité des populations les plus vulnérables face au Covid-19. Témoignage de Brian Asley, directeur d’AIDC.

Coronavirus en Afrique du Sud : « Rien ne sera plus jamais normal »

Témoignage du 27 mars

Nous sommes au 5e jour d’un confinement prévu pour une durée de 21 jours à Cape Town. C’est à dire que nous devons rester chez nous, et que, si nous sortons, nous le faisons uniquement pour l’approvisionnement en denrées alimentaires essentielles et pour raison médicale.

Nous ne pouvons pas faire l’autruche et banaliser la situation.

Nous allons réorienter nos programmes de sorte d’apporter de l’aide à nos communautés afin qu’elles puissent gérer un peu mieux le virus, le confinement et la crise économique qui en découlent.

Notre travail de recherche se poursuit, mais il est davantage concentré sur le plaidoyer relatif à l’insécurité des plus marginalisés et précaires.

Ainsi, nous donnons la priorité à des thématiques telles que le revenu minimum, l’alimentation, la couverture médicale et d’autres services essentiels comme l’approvisionnement en eau.

Même dans les circonstances actuelles de confinement, nous agissons pour créer des réseaux de la société civile en mesure de répondre à la crise.

"Nous allons réorienter nos programmes de sorte d’apporter de l’aide à nos communautés afin qu’elles puissent gérer un peu mieux le virus, le confinement et la crise économique qui en découlent", explique le directeur d’AIDC © Claude Huré / CCFD-Terre Solidaire

En récession

Notre travail de recherche de financements d’un grand programme de développement est plus d’actualité que jamais.

Et c’est d’autant plus vrai que l’Afrique du Sud se trouvait déjà en situation de récession avant que le Covid-19 ne nous atteigne et que, justement il y a quelques jours, l’agence de notation de crédit qui détient notre dette souveraine a rabaissé la note relative à l’investissement au niveau le plus médiocre.

Ceci aura pour conséquence de faire fuir du pays les investisseurs institutionnels comme par exemple les fonds de pension, et aggravera encore davantage la situation économique relative au taux de change du Rand.

Dans ce contexte, il est absolument catastrophique, et consternant, que le gouvernement renforce encore ses engagements en faveur d’une politique économique néolibérale et envisage même de faire appel au FMI et la Banque Mondiale pour solliciter des prêts.

Accès internet et téléphone mobile

La situation rend la communication plus difficile. Nous essayons de garantir à nos partenaires, et en particulier aux dirigeants militants, un accès internet et un téléphone mobile afin qu’ils puissent communiquer avec les différents services de leur organisation.

Par ailleurs, nous essayons de mettre en place des modules de formation à distance sur certaines thématiques clés, via la vidéo conférence.

Nous organiserons des séminaires en ligne sur l’impact du Covid-19 et la crise économique qui en découle, ainsi que sur les politiques économiques alternatives que nous devrions porter.

"Espérons qu’in fine, il ressorte quelque chose de positif de toute la souffrance endurée à l’heure actuelle", Brian Asley, directeur d’AIDC © Claude Huré / CCFD-Terre Solidaire

Inquiets pour le CCFD-Terre Solidaire

Nous sommes évidemment très inquiets de l’impact de cette crise sur le CCFD-Terre Solidaire et sa capacité à lever des fonds.

Notre inquiétude n’est pas seulement liée aux conséquences que cela pourrait avoir sur notre organisation, nous espérons vivement que le CCFD-Terre Solidaire ne perdra pas ses capacités vitales lui permettant de poursuivre son action de solidarité telle qu’il la mène depuis des années.

« Cela change tout », et dorénavant rien ne sera plus jamais « normal ».

Espérons qu’in fine, il ressorte quelque chose de positif de toute la souffrance endurée à l’heure actuelle.

Par Brian Asley, directeur d’AIDC

Face au Covid-19, appel à la solidarité de 109 syndicats et organisations sud-africaines, dont nos deux partenaires AIDC et SPP, Surplus Project People

Extrait

Nous avons un devoir spécifique de protection envers les plus vulnérables, ceux qui vivent déjà tiraillés par la faim, qui pâtissent d’un système immunitaire affaibli et ont un accès limité aux soins de santé.

Des restrictions et un confinement plus stricts s’annoncent, mais ils ne porteront leurs fruits que si un soutien complet est apporté à la classe ouvrière et aux communautés les plus pauvres.

Des mesures drastiques sont nécessaires si nous voulons éviter une catastrophe.

Toutes et tous, devons agir maintenant.

Nous proposons le programme d’action suivant, sur lequel nous devons tous joindre nos efforts dans les jours à venir :

- Garantie de revenu pour tous

- Tous les ménages, les personnes résidant en institutions publiques, les sans-abri et les habitants des logements informels doivent avoir accès facilement au système sanitaire, notamment à l’eau et à des installations sanitaires sûres.

- Tous les ménages, les personnes résidant en institutions publiques, les sans-abri et les habitants des logements informels doivent avoir accès à la nourriture.

- Les établissements privés fournissant des services de base doivent être affectés à un usage public, afin de garantir une distribution homogène et équitable des biens et services essentiels pour tous.

- L’auto-organisation communautaire et l’action locale sont cruciales, car elles reflètent notre capacité de coordination au niveau national.

- Tous les personnels de la santé doivent être financés, formés et soutenus. Et à l’instar des autres agents des services de la santé et des services d’urgence, ils doivent avoir accès aux ressources nécessaires permettant d’endiguer le virus de manière sûre et efficace.

- Nous devons définir des stratégies visant à apaiser les tensions et éloigner la violence de nos foyers. La communication doit être libre, ouverte et démocratisée.

- Les inégalités existant au sein de notre système éducatif doivent être sérieusement prises en compte et corrigées alors que nous mettons en place l’enseignement à distance.

- Nous devons prévenir une approche nationaliste, autoritaire et sécuritaire de lutte contre le virus.

En savoir plus sur nos partenaires sud-africains AIDC et SPP

Retrouvez notre dossier spécial : Covid-19 : nos témoins d’une terre solidaire

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