Un avenir sans faim

Publié le 20.10.2017 • Mis à jour le 20.10.2017

Etats généraux de l’Alimentation : Les organisations de solidarité internationale quittent la salle (communiqué de presse)

Très déçues par le manque d’ambition du débat, Oxfam France, Action Contre la Faim, le Secours Catholique Caritas France et Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF), soutenues par le CCFD-Terre Solidaire, ont décidé de quitter la réunion de l’atelier 12 des Etats Généraux de l’Alimentation qui se tient aujourd’hui. La réunion de ce vendredi 20 octobre était pourtant la seule qui devait traiter de la lutte contre l’insécurité alimentaire au niveau international.

« Il était déjà difficilement acceptable qu’une seule journée soit consacrée à la lutte contre la faim dans le monde dans le cadre des EGA. D’autant que les Nations unies viennent tout juste de rappeler que 815 millions de personnes sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle, et que le monde a par ailleurs été touché cette année par 4 famines d’une ampleur sans précédent », déclarent les organisations signataires. La France pourtant, via l’action de ses entreprises et de ses politiques publiques, a un impact direct sur la sécurité alimentaire de millions personnes vulnérables à travers le monde.

« Mais ce qui a motivé notre décision de quitter la salle est avant tout le niveau d’ambition très insatisfaisant de l’ordre du jour, des débats prévus, et des solutions envisagées par le gouvernement sur ce sujet. Pour que la France participe efficacement à la lutte contre la faim dans le monde, il est absolument vital que l’on se pose les vraies questions », ajoutent-elles.

Parmi elles, celle de la cohérence des politiques publiques françaises avec le respect du droit à l’alimentation pour tous. Celle de la participation française à des initiatives internationales, comme la Nouvelle Alliance du G7 pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition, qui mettent en péril les agricultures paysannes africaines et les droits des populations vulnérables. Celle, enfin du cadre législatif ambitieux que la France devrait mettre en place pour s’assurer que ses investissements agricoles, publics comme privés, profitent réellement à une agriculture durable, dans la droite ligne des engagements pris avec l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales.

« Il est en outre regrettable que le gouvernement n’ait pas invité à cette réunion un-e représentant-e de la société civile des pays en développement, afin de témoigner directement des besoins des populations que l’on cherche à soutenir. A la place, le gouvernement a préféré donner la parole à des représentants de la Fondation Avril et de la Fondation Crédit agricole, toutes deux liées à des entreprises dont certaines activités ont déjà été dénoncées à maintes reprises et évaluées comme dangereuses pour la sécurité alimentaire mondiale  ».

Ce choix d’intervenants acte un déséquilibre majeur dans la manière dont est traitée la dimension internationale dans le cadre des EGA. Alors que l’agrobusiness français s’est déjà réuni à 4 reprises dans le cadre de l’atelier 4 pour dresser sa liste de doléances au gouvernement afin qu’il accentue son soutien à sa stratégie d’internationalisation, la seule réunion dédiée à l’international de l’atelier 12 leur laisse là encore une place prépondérante.

« Nos organisations ne sont pas mobilisées depuis 4 mois de manière constructive dans les EGA pour éviter les débats de fond et cautionner les pratiques d’acteurs dont on sait, de par notre ancrage sur des territoires touchés par l’insécurité alimentaire, qu’ils ont une responsabilité dans la situation actuelle. Dans ces conditions, c’est à dire sans représentant à la tribune des organisations de la société civile et des organisations paysannes et sans volonté d’aborder les préoccupations centrales des populations directement affectées par la faim et la malnutrition, la présence des ONG semble vaine et viendrait à porter caution à des décisions auxquelles nous ne pouvons nous associer », concluent-elles.

Contacts presse :

-  Laurent Ciarabelli - OXFAM France - 06 51 77 24 78
-  Mathieu Fortoul - Action contre la Faim - +33 1 70 84 72 29
-  Sandrine Verdelhan - Secours Catholique - Caritas France - 06 61 54 10 69
-  Karine Appy – CCFD-Terre Solidaire – 06 66 12 33 02

Note aux rédactions :

1. Une lettre ouverte de la Plateforme Citoyenne pour une Transition Agricole et Alimentaire avait déjà été publiée le 9 octobre dernier pour alerter le Président de la République sur l’organisation chaotique des Etats Généraux de l’Alimentation et l’absence quasi systématique de prise en compte des propositions de la société civile.

2. La Plateforme Citoyenne pour une transition agricole et alimentaire, dont font partie les organisations signataires de ce communiqué de presse, a élaboré 63 propositions, dont 9 concernent la cohérence des politiques nationales et internationales. Ces propositions ont été soumises au gouvernement, mais nullement prises en compte dans la préparation des ateliers ou l’orientation des débats.

3. Sur la plateforme de consultation du public mise en ligne par le gouvernement, les trois propositions qui comptent le plus de votes sur la question du renforcement de la politique française de coopération et d’aide au développement en matière d’alimentation sont les suivantes :
a. Arrêter les accords de libre-échange et stopper les négociations en cours (solution proposée par la Confédération Paysanne) ;
b. Augmenter l’Aide Publique au Développement « sécurité alimentaire » à destination de l’agroécologie et des agricultures familiales et paysannes au Sud (solution proposée par la Plateforme pour le Commerce Equitable et issue du document de propositions de la Plateforme Citoyenne pour la Transition Agricole et alimentaire) ; et
c. Renforcer la cohérence des politiques françaises pour lutter efficacement contre la faim dans le monde (solution proposée par Oxfam France et le CCFD-Terre Solidaire, et issue du document de propositions de la Plateforme Citoyenne pour la Transition Agricole et alimentaire).
Il est particulièrement alarmant qu’aucune de ces propositions – les plus sollicitées par les citoyens- n’ait été prise en compte pour orienter les débats du 20 Octobre.

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