Noël contre la faim
n°268 - septembre octobre 2012

Article rédigé le 10 octobre 2012, mis en ligne le 1er mars 2013

Les droits des sans-voix

Paraguay / Le rôle des laïcs dans la société

Dans un pays pauvre et marqué par les inégalités, la Jeunesse ouvrière chrétienne du Paraguay, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, aide les jeunes à défendre leurs droits. Portés par leur foi et l’ouverture au monde suscitée par Vatican II, de jeunes chrétiens laïcs s’engagent auprès des plus vulnérables, notamment les employées domestiques.

En 1941, il y avait au Paraguay non pas une, mais deux Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc). Fondée par le religieux Jamon Algaña, le mouvement avait en effet une branche féminine et une branche masculine, déclinaison exigée à l’époque par une Église catholique puissante et très conservatrice. Moins d’un quart de siècle plus tard, la donne a changé. L’arrivée de la dictature, en 1964, va pousser le mouvement à prendre ses distances avec les autorités ecclésiales jugées trop proches du pouvoir et à mettre un terme définitif à la séparation des genres. Les jocistes vont payer un prix fort à la dictature : victimes de persécutions et de tortures, certains seront même contraints à l’exil.

« Déjà à cette époque, assure Antonio Adrian Zena, membre de la Coordination nationale de la Joc, nos objectifs étaient clairs : constituer un mouvement fait pour, et par les jeunes, en partant de leur réalité, dans le domaine du travail, de la famille et de la communauté. »

Créer une conscience critique

Avec une philosophie : « Travailler sur l’éducation intégrale, afin de créer une conscience critique pour donner aux jeunes les moyens d’agir au sein de la société. » Une mission d’autant plus difficile que durant les années de dictature, puis de parti unique (Parti Colorado), le pouvoir dénigre les mouvements et organisations sociales, présentés comme étant néfastes pour le bien-être du pays. « Résultat, résume Adrian, beaucoup de Paraguayens ont encore des réticences, aujourd’hui, à s’organiser. »

Dans ce contexte, la Joc a concentré ses efforts depuis quelques années principalement sur l’organisation des employés domestiques – dans l’immense majorité des femmes –, une catégorie économiquement et socialement vulnérable. « Nous organisons des ateliers d’information sur le droit du travail, précise le responsable de la Joc. En compagnie d’autres organisations, nous faisons également du lobbying auprès des politiques pour que les employées domestiques puissent bénéficier d’une couverture maladie et de meilleurs salaires.  » Une mission qui se heurte à des réticences chez les employées domestiques : « Compte-tenu de la situation économique difficile, elles acceptent encore trop souvent des emplois sous-payés et qui nient les droits fondamentaux du travail. »

Toutes ces actions s’appuient sur des jocistes qui revendiquent leur engagement de chrétiens. « Toute cette énergie que nous déployons, c’est notre foi à suivre les pas de Jésus qui nous la donne, assure Adrian. Il y a aujourd’hui dans ce pays une grande mobilisation des jeunes, en grande majorité des laïcs, pour lutter face aux conséquences perverses d’une société toujours plus consumériste, et pour s’impliquer dans la construction d’une société meilleure. »

Une énergie qui se heurte pourtant à une dure réalité économique. « Nous souffrons aujourd’hui d’un manque criant de bénévoles, regrette-t-il. Cela est essentiellement dû à des conditions économiques difficiles, car nous sommes tous de jeunes hommes et femmes qui vivons de notre travail dans un pays toujours très pauvre. » De fait, la Joc du Paraguay ne compte aujourd’hui que deux salariés, cinquante bénévoles actifs et quelque cent cinquante compagnons qui participent aux initiatives de la Joc. Une mobilisation trop faible pour un pays où les trois quarts des six millions d’habitants ont moins de trente ans.

Le constat est d’autant plus amer pour le responsable du mouvement que « la société paraguayenne est globalement soucieuse de l’autre. » Cet altruisme est d’ailleurs une valeur centrale de la Joc, « nourrie » par la théologie de la libération. « Le concile Vatican II a constitué un espace de liberté et d’expression qui a ouvert la voie à cette théologie qui nous guide au quotidien, assure Adrian. Cela a d’ailleurs modifié à jamais le visage de l’Église catholique continentale. » Et celui de la Joc.

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