n°268 - septembre octobre 2012

Article rédigé le 10 octobre 2012, mis en ligne le 1er mars 2013

Un événement providentiel

Monseigneur Sarr, Archevêque de Dakar

FDM : Qu’a signifié l’événement Vatican II pour l’Église d’Afrique ?

Mgr Sarr : Pour moi, qui suis entré au grand séminaire en 1957, Vatican II a été au cœur de ma formation ecclésiastique. Je me réjouissais d’être le contemporain de ce grand événement ecclésial. J’ai toujours considéré le concile Vatican II comme une synthèse de l’enseignement du magistère (l’autorité doctrinale de l’Église, ndlr). Une synthèse en relation avec le monde moderne. Il s’agit d’un rapport optimiste au monde, avec ses richesses et ses limites, pour, à la lumière de l’Évangile, le faire grandir en humanité.

Pour les Églises d’Afrique, il faut se rappeler que leur africanisation était déjà en cours.

Ainsi, en 1962, Mgr Lefebvre avait été remplacé à la tête de l’archidiocèse de Dakar par le cardinal Thiandoum. Alors que les pays de l’Afrique de l’Ouest francophone venaient d’acquérir leur indépendance en 1960, les évêques de cette région créaient, dès 1963, la conférence épiscopale de l’Afrique de l’Ouest. Ce projet avait germé durant les premières sessions de Vatican II, qui a été un concile plus pastoral que dogmatique.

Quelle a été la fécondité du concile en Afrique ?

Dans le fond, je crois que Vatican II a été un événement providentiel. Ce concile est intervenu au moment où nos Églises étaient appelées à devenir des communautés adultes, capables de se prendre en charge, d’accueillir et de réexprimer la Révélation biblique dans leurs cultures. Elles se sont senties davantage reconnues et parties prenantes de l’Église universelle. C’est l’un des effets de l’inculturation si bien affirmée par le concile : nos peuples entraient dans l’Église avec leurs cultures. Le renouveau de la liturgie, avec la possibilité de chanter les louanges de Dieu dans nos langues, a engendré un grand enthousiasme.

Fondamental encore a été l’enseignement de Vatican II sur l’Église comme communion.

Il a conduit les Églises africaines à mettre l’accent sur l’Église comme famille de Dieu, une notion qui, avec tout ce qu’elle comporte d’engagement, est très forte en Afrique. Cet enseignement sur l’Église, également conçue comme « peuple de Dieu », a aidé nos jeunes Églises à mûrir, et à devenir épanouissantes en permettant la participation des fidèles à la vie ecclésiale. J’ajouterai l’ouverture à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux.

Ce dernier a notamment permis de reconnaître et d’accueillir les richesses des religions traditionnelles, et de proposer l’Évangile comme un accomplissement de ces valeurs. Le dialogue a aussi évité, à nos jeunes Églises, les écueils d’une confrontation avec l’islam.

En quoi le concile Vatican II reste-t-il, pour vous, une source d’inspiration ou d’approfondissement ?

Nous sommes loin d’avoir fini de puiser dans cette source. Aujourd’hui encore, par exemple, des prêtres n’ont pas compris que les laïcs sont coresponsables de la vie de leur paroisse. Concernant le rapport de l’Église au monde, je pense aux enjeux de la formation à « la citoyenneté responsable ». Des drames tels que ceux qu’ont connus le Rwanda, ou la Côte d’Ivoire, nous interpellent gravement. Nous avons beaucoup à faire pour que les chrétiens soient davantage acteurs de développement et porteurs de changements sociaux positifs. Parallèlement, le dialogue interreligieux est plus que jamais d’actualité.

Les chrétiens et les musulmans de l’Afrique subsaharienne doivent renforcer leur dialogue et résister aux influences venant de l’extérieur pour préserver notre coexistence pacifique dans un respect mutuel. Il y a une contradiction fondamentale entre la violence et la foi en Dieu. L’Église est passée par là, avant de commencer à se purifier, notamment avec Vatican II. Ce concile a surtout besoin d’être approfondi pour permettre à l’Église de mieux répondre aux exigences du monde actuel.

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