n°303 - Mars 2018
Dossier

Article mis en ligne le 7 mars 2018

Birmanie : journalisme citoyen, un autre moyen de se faire entendre

Dans un pays où la culture démocratique en est à ses débuts, deux partenaires birmans du CCFD-Terre Solidaire aident les citoyens à développer leur regard critique. Entretien avec Nicolas Heeren, chargé de mission Indonésie, Timor-Leste, Birmanie.

Pouvez-vous nous présenter les deux médias indépendants qu’appuie le CCFD-Terre Solidaire ?

Nicolas Heeren : Depuis plusieurs années, nous soutenons Humanity Institute et la Sha-It Social Development Foundation, des organisations partenaires du CCFD-Terre Solidaire situées dans l’État du Kachin, au nord du pays. Cet État, à majorité chrétienne, est au centre de combats violents avec l’armée qui poursuit sa politique de « birmanisation » des minorités religieuses et ethniques. Celle-ci a entraîné une augmentation des déplacés : plus de 150 000 personnes. Dans ce contexte, l’idée est de permettre aux populations d’identifier les violations des droits humains, dont les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que les droits politiques. Et de mieux comprendre les grands enjeux et de peser sur les débats.

Concrètement, que font ces deux partenaires ?

N. H : Humanity Institute, créé en 2012 après la reprise des hostilités avec l’armée birmane, édite depuis fin 2014 un magazine, le Kachin Times, qui paraît entre 4 et 6 fois par an. C’est le seul magazine en langue junghpaw, la langue des Kachin.

La population de l’État peut la lire et le magazine est d’ailleurs devenu une référence. Il apporte une vision globale de la situation. Il propose des analyses sur les conflits armés et géopolitiques en rappelant le rôle de la Chine voisine dans la région ou traite des violations de droits humains. Les articles vont au-delà de la simple dénonciation. 13 numéros ont déjà été publiés. Les tirages se situent entre 4 000 et 6 000 exemplaires par numéro. Le Kachin Times est autofinancé par la publicité et les recettes des ventes.

Sur quoi travaille l’autre partenaire ?

N. H : Avec la Fondation Sha-It, c’est une autre histoire. Nous sommes en présence d’un journalisme « citoyen » à travers le projet Kachin Waves. Il s’agit d’inciter les citoyens à devenir journalistes et à dénoncer ce qui se passe sur le terrain. La plupart des informations portent sur les tracas du quotidien, mais aussi sur les violations des droits. Par exemple, cela peut être un projet d’accaparement de terres ou un centre de santé ou une école qui ne fonctionnent pas bien. Les informations transmises par ces « journalistes citoyens » sont ensuite vérifiées par de vrais journalistes avant publication.

Elles ont d’abord été relayées sur Facebook et depuis 2016 sur le site web Kachin Waves. Des formations, sous forme d’ateliers de 3 à 5 jours, ont été dispensées à ces journalistes citoyens pour développer leur sens critique. Depuis 2012, plus de 20 sessions ont été organisées et 1 000 personnes ont pu en bénéficier.

Ces articles publiés en birman intéressent et l’audience ne cesse de croître : on compte aujourd’hui plus de 65 000 abonnés aux pages Facebook de Kachin Waves. Régulièrement interpellées, les autorités locales sont contraintes de réagir : elles livrent des médicaments dans un centre de santé démuni ou réparent une route dont le mauvais état a été signalé.

Pourquoi le CCFD-Terre Solidaire soutient-il ces deux projets ?

N. H : Ils représentent un nouveau moyen pour les citoyens de faire entendre leur voix et de se défendre. C’est aussi une autre manière de faire du plaidoyer au niveau local pour les ONG.

Propos recueillis par Laurence Estival

Aller plus loin sur le rôle des médias libres avec les Échos du CCFD-Terre Solidaire, une émission RCF :

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