n°305 - Juillet 2018

Article mis en ligne le 5 décembre 2018

Deux volontaires péruvienne et vietnamienne acceuillies à Grenoble par le CCFD-Terre Solidaire (portraits)

Depuis longtemps la Délégation catholique pour la coopération (DCC) envoie des volontaires dans les pays du Sud pour des missions de un ou deux ans. Dans le cadre du projet « Volontaires internationaux de Réciprocité », ce sont cette fois deux volontaires originaires du Vietnam et du Pérou qui ont travaillé pendant plusieurs mois à Grenoble avec le CCFD-Terre Solidaire.

Phong, 25 ans : "Expérimenter pour mieux développer"

« Venir en France ? C’était un rêve », se souvient Phuong en sirotant un chocolat à une terrasse de café. « Je viens d’un petit village à 100 kilomètres de Hanoï, au Vietnam, et depuis mes 10 ans, j’apprends le français ! » Se retrouver à 25 ans volontaire internationale au CCFD-Terre Solidaire semble presque naturel dans le parcours très studieux de la jeune vietnamienne.

À 18 ans, Phuong quitte sa famille pour des études de langue et de commerce dans la capitale. C’est là qu’elle découvre « le monde associatif, le bénévolat, l’engagement et une passion pour les langues étrangères ». Alors qu’elle planche sur les grandes règles du commerce international, elle multiplie les engagements : guide touristique bénévole, interprète pour des projets associatifs ou encore animatrice du réseau des volontaires français au Vietnam. « J’ai vite senti que cette notion de réciprocité me parlait plus que celle du commerce et de l’entreprise », lance-t-elle malicieusement.

Un volontariat de "réciprocité"

Son diplôme en poche, Phuong se met en quête d’un nouvel engagement. Séduite par son expérience, la Délégation catholique pour la coopération retient sa candidature pour être « Volontaire internationale de Réciprocité ». Phuong atterrit donc à Grenoble, avec Claudia, venue du Pérou, pour contribuer à l’organisation du premier Forum international pour le Bien vivre qui s’est tenu du 6 au 8 juin dernier.

Sa mission dans la « capitale des Alpes » ? Monter une petite agence de communication composée de jeunes du monde entier pour couvrir le Forum . « J’ai joué le rôle de coordinatrice pour trouver les jeunes, les former à la communication et la rédaction d’articles... »

Travailler sur la préparation du Forum a attisé sa curiosité :

« La notion du bonheur est différente en fonction du pays d’où l’on vient. Penser cette notion dans le cadre d’un événement international m’a fait beaucoup réfléchir sur celle du développement. »

Le pays de Phuong est « sorti de la guerre depuis seulement trente ans et peine à nourrir toute sa population ». Concevoir le développement dans des rapports entre le Sud et le Nord est pour elle « l’un des principaux leviers de changement pour améliorer les regards entre les peuples et donc, imaginer un monde meilleur ».

Après six mois en France, elle remarque que c’est aussi ici que les choses se jouent :

« J’ai été très surprise de constater la méconnaissance des Français de la culture asiatique. Je dois souvent expliquer que le Vietnam et la Chine sont des pays très différents, avec des langues différentes. »

La jeune femme a découvert en France la force de « la pensée critique ».

« Chez nous, la hiérarchie est très présente à chaque niveau de la société. Il est interdit de contester l’entreprise ou juste de débattre. Ici, en France, il y a beaucoup de discussions, de débats, chacun est amené à développer son avis. Quel apport pour les jeunes ! »

Même si dans son pays, le changement des mentalités prendra du temps, Phuong y retournera forte de cet échange de réciprocité.

« Je souhaite par-dessus tout développer le monde associatif dans mon pays. Et pourquoi pas, monter des projets de coopération entre la France et le Vietnam ? »

Claudia Sanchez, 24 ans : "Créer des ponts entre les cultures"

Dans un français hésitant mais toujours impeccable, Claudia Sanchez, péruvienne et volontaire en France, raconte son parcours. Après son bac, la jeune femme choisit une formation d’assistante sociale. Puis elle enchaîne, pour payer ses études, diverses expériences associatives à travers le pays. Elle découvre le rôle de l’art dans le développement de l’enfant, le microcrédit dans une association qui soutient des femmes au sud du Pérou, le commerce équitable pour améliorer les revenus des petits agriculteurs, ou encore la lutte menée contre le travail des enfants. Elle explique :

« Les réalités péruviennes sont très éloignées des bonnes conditions de vie françaises. Même quand ils vont à l’école, les enfants doivent travailler pour subvenir aux besoins familiaux. »

L’un des buts de son séjour est de vivre l’expérience d’un échange Sud-Nord pour valoriser la rencontre interculturelle et se laisser surprendre par l’autre. « Certains Français ont une vision très manichéenne des pays en développement, souligne-t-elle. Si un pays est pauvre, comme le Pérou, ils n’imaginent pas que toutes sortes d’initiatives solidaires y sont développées, alors que parfois, la solidarité est plus forte qu’en France ! » À Grenoble, elle a aussi participé à l’organisation du premier Forum international pour le Bien vivre.

Et ça tombe bien :

« En France, le “bien-être” ou le “bonheur” est une notion individualiste qui se limite à réduire le consumérisme et à retrouver un équilibre intérieur. Tandis que chez nous, le “Buen vivir” appelle à soutenir la communauté par la philosophie, l’écologie : à mieux vivre ensemble finalement. »

À la fin de son service international, fin juin, Claudia se rendra au Guatemala avec l’ONG Brigades de paix internationales.

Elle envisage de monter des projets de coopération autour de la jeunesse :

« pour créer des ponts entre les cultures, même si se comprendre les uns les autres reste difficile ».

Clémentine Méténier

Pour en savoir plus sur la DCC, qui fait partie de la collégialité du CCFD-Terre Solidaire, regarder la vidéo ci-dessous :

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