Un avenir sans faim

Publié le 21.02.2017 • Mis à jour le 06.06.2017

Présidentielle 2017 : L’aide publique au développement en 3 questions

La France doit augmenter le financement de son aide publique au développement (APD). C’est le constat de Coordination Sud, la plateforme des ONG françaises de solidarité internationale, dont le CCFD-Terre Solidaire est membre. A la veille des élections, cette préoccupation figure au cœur de sa campagne d’interpellation des candidats et candidates à la présidence, qu’elle enjoint à défendre « un véritable pacte de solidarité en 2017 ! ». Eclaircissements de Philippe Jahshan, président de Coordination Sud.

Quelle est la vocation de l’aide publique au développement ? Que finance-t-elle ?

L’APD est l’instrument central de la coopération et de la solidarité internationale. L’APD permet de soutenir les politiques sociales, éducatives et de santé, l’aide humanitaire, l’appui aux infrastructures, le renforcement de la société civile, la promotion d’une gouvernance plus démocratique, les programmes d’adaptation aux changements climatiques... Bref, l’APD couvre tous les champs de l’agenda du développement durable sur lequel s’est accordée la communauté internationale pour l’horizon 2030. Même si elle ne constitue pas l’unique levier, elle demeure essentielle et doit donc être dotée de moyens à la hauteur de cette ambition.
Lors de la Conférence internationale qui s’est tenu en 2015 à Addis-Abeba (Ethiopie) et qui a défini ses modalités de financement, les pays riches ont réaffirmé leur engagement, vieux de 50 ans, de consacrer 0,7 % de leur produit national brut à l’aide au développement. Nous demandons que la France y aboutisse à l’horizon 2022.

Or la France n’y consacre que 0,37 % de son PNB ?

Grâce à la taxe sur les transactions financières (TTF), pour laquelle Coordination Sud s’est d’ailleurs beaucoup battu, l’APD devrait monter fin 2017 à 0,40 % après une longue tendance à la baisse. Mais cela reste insuffisant. Sur les dix dernières années, on constate en France un consensus national de resserrement de la politique étrangère autour de la politique de défense et de sécurité, là où les Britanniques par exemple ont opté pour l’aide au développement. Ils y consacrent d’ailleurs 0,7% de leur revenu national brut (RNB) et les pays scandinaves encore davantage.
Autre tendance inquiétante qu’on ne retrouve ni au Royaume-Uni, ni en Allemagne : l’APD française est essentiellement constitué de prêts au détriment des dons. Cela implique de sélectionner surtout des pays solvables, ce qui se fait au détriment des pays les plus vulnérables.

Avec la monté des inégalités en France, cette question de la solidarité internationale est-elle audible ?

Elle est audible dès lors qu’on l’aborde sous l’angle de l’universalité du développement durable. La solidarité internationale est un investissement pour la paix. Aujourd’hui, l’interdépendance des enjeux et des problématiques fait qu’on ne peut plus se penser indépendamment ou contre les autres contrairement à ce que certains voudraient faire croire. Il y a donc toute une contre-pédagogie à apporter. Démontrer par exemple que l’accroissement des inégalités, de la pauvreté, des crises humanitaires, des conflits et des effets du changement climatique rendra encore plus prégnante la question des réfugiés : tout ça les Français peuvent l’entendre parce que l’on en sent les contrecoups ici. Nous pensons que les Objectifs de Développement Durable [1] qui ont été adoptés par l’ensemble de pays de la planète sont probablement la voie de sortie entre ce mondialisme dérégulé de plus en plus décrié par les opinions publiques et un repli sur soi qui serait mortifère.

Propos recueillis par Bénédicte Fiquet

[1L’Objectif de Développement Durable 17 (ODD 17) « partenariat pour la réalisation des objectifs »

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