Noël contre la faim

Publié le 16.12.2011 • Mis à jour le 28.10.2015

Pour les Palestiniens, la venue des étrangers est vitale

Signe d’un certain retour à la vie normale après la tempête de l’Intifada, les villes palestiniennes de Cisjordanie ont retrouvé leur animation et s’attachent à restaurer leur patrimoine.

Outre sa dimension politique, l’admission de la Palestine à l’Unesco en novembre 2011 est venue répondre à un long combat en faveur de la reconnaissance de la culture palestinienne. A travers leur héritage culturel, c’est aussi leur histoire et la particularité de leur situation que les Palestiniens veulent faire découvrir aux étrangers.

« Beaucoup de touristes viennent visiter les lieux saints sans rien voir de la situation vécue par la population, ni rencontrer les Palestiniens. Ils viennent admirer les vieilles pierres mais ne connaissent pas les « pierres vivantes » qui font vivre ces lieux. Pourtant les communautés locales sont les témoins de cette culture dans laquelle est née la Bible et le Nouveau Testament » explique le Père Jamal Khader, doyen de la Faculté de lettres à l’université de Bethléem et l’un des auteurs du Kairos, un message élaboré par des théologiens issus des différentes Eglises palestiniennes à l’attention du monde entier.

Les touristes peuvent circuler facilement en Cisjordanie

D’un point de vue pratique, les étrangers peuvent depuis 2009 circuler plus facilement en Cisjordanie et passer de l’autre côté du mur. En 2010, ils ont ainsi été 1,5 millions de visiteurs dans les Territoires Palestiniens. « Le tourisme augmente de 10% chaque année mais il se concentre essentiellement à Bethléem » explique Rami Kassis, directeur de l’Alternative Tourism Group (ATG), partenaire du CCFD - Terre Solidaire. Peu nombreux sont les touristes à avoir la curiosité de visiter Naplouse, Ramallah, Hébron, ou Jénine.

Même à Bethléem, les retombées de ces visites sont restées longtemps modestes : « Jusqu’à présent les touristes passaient seulement une demie journée en moyenne. Ils arrivaient en bus, et ne prenaient ni un repas ni une nuit sur place. » Depuis deux ans cependant les choses changent : « Aujourd’hui de plus de plus de pèlerins restent dormir. Notamment parce que les hôtels à Jérusalem sont pleins et que les nuitées sont un peu moins chères à Bethléem » constate Rami Kassis.

Les guides palestiniens sont coincés derrière le mur

Ayman Abu Zulof, est guide pour l’Alternative Tourism Group. Il était habitué, avant l’Intifada, à faire visiter Jérusalem ou le désert du Néguev. Mais aujourd’hui à cause de la fermeture de la Cisjordanie, il doit laisser les touristes aux check-point et ne peut les guider ni à Jérusalem, ni en Israël.

Pour l’ATG, la situation des 7200 guides israéliens, comparés aux 220 guides palestiniens, illustre l’un des déséquilibres posés par l’occupation. « Beaucoup de voyages organisés arrivent dans les territoires avec un guide israélien, qui les accompagne pendant tout leur voyage et a le droit de faire des visites partout. Les groupes sont alors réticents à employer un guide palestinien en plus » explique Rami Kassis. Et la situation inverse n’est pas possible. Parmi les guides palestiniens, seuls 42 sont autorisés à aller en Israël pour exercer, d’après une liste datant d’avant l’Intifada. La majorité des guides palestiniens sont donc dans l’impossibilité d’aller accueillir les touristes à l’aéroport ou de leur faire visiter Jérusalem. Le ministère du tourisme palestinien demande depuis longtemps aux autorités israéliennes une actualisation de cette liste, sans succès.

Visiter pour témoigner

De nombreuses associations palestiniennes et israéliennes proposent des visites « alternatives » aux touristes et pèlerins de passage. Leur espoir ? Que les personnes venues les visiter racontent ensuite à leur entourage ce qu’elles ont vu et contribue à informer une opinion internationale capable de peser sur les évolutions du conflit. En Israël, c’est le cas de partenaires du CCFD - Terre Solidaire comme Zochrot ou l’Alternative Information Center qui proposent des « tours » sur le terrain particulièrement instructifs. En Palestine, l’Alternative Tourism Group et l’association Hébron France propose des visites guidées aux groupes qui le demandent.

Deux fois par an, le CCFD-Terre Solidaire organise aussi des voyages découvertes à la rencontre des partenaires et de leurs réalité sociales et culturelles : « J’ai été très marquée par la force de résistance pacifique qu’il faut pour continuer à vivre, aller à l’école, à l’université, à construire des cliniques comme le font les partenaires... J’ai beaucoup appris » raconte Bernadette Bardet qui a pu aller en Palestine pour la première fois grâce à ces voyages.

Anne Isabelle Barthélémy

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