Publié le 15.11.2016 • Mis à jour le 13.03.2018

COP22 : Quand les négociations sur l’agriculture bloquent, les initiatives galopent (communiqué)

La première semaine de la COP22 s’est achevée par la clôture des négociations sur les sujets ayant trait à l’agriculture et à la sécurité alimentaire, et le constat d’une incapacité des Etats à s’accorder sur un futur travail commun dans ce domaine. Pour autant, l’agriculture ne sera pas absente lors de cette deuxième semaine puisque on assistera à la promotion d’un florilège d’initiatives volontaires ciblant notamment les terres agricoles. Le CCFD-Terre Solidaire alerte avec ses alliés sur les risques que l’état des discussions sur le climat fait peser aujourd’hui sur les terres agricoles et les paysans.

Alors que les négociateurs de la COP22 se félicitent de l’esprit constructif qui règne sur le site de Marrakech pour préciser les règles d’application de l’Accord de Paris, deux sujets cruciaux continuent de catalyser les blocages : l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Considérées comme sensibles depuis toujours, les négociations sur ces sujets ont une nouvelle fois achoppé. Aucune décision n’a été prise par les Etats qui ont préféré reporter les discussions à 2017. Impossible donc de dire si et comment la Convention Climat se destine à traiter l’agriculture dans les prochaines années.

Derrière ce blocage se cachent des dynamiques de développement agricoles très différentes. D’un côté ’une industrialisation importante de l’agriculture, fortement émettrice en gaz à effet de serre, et de l’autre des tissus ruraux reposant principalement sur les agricultures familiales, avant tout victimes des impacts du dérèglement climatique.

« Ce statut quo des discussions dans lequel s’enfonce les Etats est d’autant plus inadmissible qu’il y a urgence à agir dans le domaine. Les Nations Unies estimaient il y a un mois qu’à cause des dérèglements climatique ce sont entre 35 et 122 millions de personnes supplémentaires qui pourraient vivre dans la pauvreté d’ici 15 ans et en particulier des personnes vivant de l’agriculture. Tant que la transition de nos modèles de production et de consommation ne sera pas abordée, la lutte contre les dérèglements climatiques ne sera pas traitée dans sa totalité » déclare Anne-Laure Sablé, chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire et climat, au CCFD-Terre Solidaire.

L’agriculture n’est pour autant pas absente de la conférence de Marrakech, en parallèle des négociations officielles, plus de 40 conférences sur l’agriculture sont organisées sur le site de la COP22, avec la participation d’un grand nombre d’Etats et d’acteurs du secteur privé.
Des conférences mettant en avant des initiatives volontaires telles que l’Alliance pour l’Agriculture intelligente face au climat, le 4 pour 1000, l’initiative AAA (Adaptation de l’Agriculture Africaine)… . « On assiste depuis quelques années à une multiplication des initiatives en parallèle des négociations officielles, ce qui, en plus d’en complexifier le suivi, en fait le terrain de jeu idéal pour les fausses solutions et le verdissement de pratiques pourtant nuisibles au climat. Alors qu’on a assisté à des blocages dans les discussions sur l’agriculture, il est inquiétant de voir ces initiatives continuer à se développer, hors de tout cadre », explique Anne-Laure Sablé.

L’une des dimensions majeures que souhaitent couvrir ces initiatives concerne l’usage des terres agricoles dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Compte tenu de leur potentiel pour stocker du dioxyde de carbone, elles sont perçues aujourd’hui comme le nouvel eldorado du carbone en ce sens qu’elles sont vues comme des leviers majeurs pour compenser les émissions.

A l’initiative du CCFD-Terre Solidaire et de la Confédération paysanne, plus de cinquante organisations de la société civile à travers le monde alertent aujourd’hui sur les risques qui pèsent sur les terres agricoles (« Nos terres valent plus que du carbone »)

Note aux rédactions

Le CCFD-Terre Solidaire est présent du 7 au 18 novembre à Marrakech. Un atelier sur l’agriculture dans les négociations de la Convention Climat sera organisé le mardi 15 novembre de 15h à 16h30 en zone bleue (salle Bering).

- Contact à Marrakech : Anne-Laure Sablé, Chargée de plaidoyer Souveraineté alimentaire et Climat : 07 60 02 19 65, a.sable@ccfd-terresolidaire.org

- Contact à Paris : Sophie Rebours, Chargée de Relations Médias : 01 44 82 80 64 / 07 61 37 38 65, s.rebours@ccfd-terresolidaire.org

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