Publié le 10.05.2018

Mères mexicaines et centre-américaines, nous marchons avec vous, ce 10 mai, depuis la France

Ce 10 mai, au Mexique, aura lieu la VIIe Marche de la Dignité Nationale des « Mères qui cherchent leurs fils et filles, la vérité et la justice ». Le choix de cette date n’est pas fortuit. Il s’agit du jour où les mères sont célébrées au Mexique, au Salvador et au Guatemala. En tant que membre du Collectif Méso-Amérique, le CCFD-Terre Solidaire est solidaire de cet événement.

Les mères mexicaines et centre-américaines, depuis un certain temps, n’ont « rien à célébrer » en ce jour de fête, comme elles-mêmes l’ont déclaré depuis qu’elles ont mené cette marche, pour la première fois, en 2012. Rien à célébrer car leurs fils, leurs filles ont disparu. Rien à célébrer parce que les disparitions forcées, au lieu de diminuer, ont continué de briser leurs rêves, détruisant les familles et perpétuant la situation d’insécurité, d’impunité et d’injustice sociale qui règne au Mexique.

La responsabilité du gouvernement

Enrique Peña Nieto, l’actuel président du pays, loin de rectifier la politique « de sécurité » mise en place par son prédécesseur, Felipe Calderon, l’a renforcée. Non seulement il a maintenu l’armée dans les rues, mais il en a régularisé juridiquement la présence à l’extérieur des casernes avec la Loi de Sécurité Intérieure, approuvée en décembre 2017.

Cette loi, rejetée et critiquée par diverses organisations sociales nationales, de même que par les organismes internationaux comme la Commission Interaméricaine des Droits Humains et l’Organisation des Nations unies, constitue un grave risque pour les droits humains au Mexique.

L’intervention des forces armées en matière de sécurité n’a absolument pas contribué à améliorer la sécurité du pays. Au contraire, non seulement les disparitions forcées ont augmenté mais aussi d’autres problèmes tels que les détentions arbitraires, la torture et les exécutions extrajudiciaires. Situations dans lesquelles on a constaté la participation directe ou par omission des forces de l’ordre mexicaines à tous les niveaux, depuis les polices municipales jusqu’aux éléments des forces armées de la Marine du Mexique.

Ce sont plus de 35 000 personnes qui ont disparu au Mexique durant les sexennats de Felipe Calderón et Enrique Peña Nieto. C’est un phénomène sans précédent si l’on considère qu’il s’agit de chiffres officiels qui sont loin de refléter la réalité – sachant que beaucoup de familles ne déposent pas plainte de peur de subir des représailles – et que le Mexique, en principe, n’est pas un pays en guerre ni régi par une dictature militaire.

Une situation courante en Amérique centrale

On observe, dans les autres pays d’Amérique centrale, les mêmes tendances de la part des gouvernements qui consistent à accroître la militarisation au nom de la lutte contre l’insécurité, le narcotrafic et la migration vers les Etats-Unis. C’est, par exemple, le but explicite des programmes inclus dans la dénommée Alliance pour la prospérité du Triangle Nord (Honduras, Salvador, Guatemala). C’est aussi l’objectif du gouvernement du Nicaragua lorsqu’il applique des politiques extrêmement répressives à l’encontre des migrants et migrantes et des personnes qui leur viennent en aide.

En réalité, ces mesures ont contribué surtout à introduire de nouveaux instruments de criminalisation de la protestation sociale et le contrôle des esprits et des corps. Tandis que les responsables des crimes, des disparitions, des féminicides, de la traite et de la persécution des migrants continuent de jouir de l’impunité.

Une lutte au visage féminin

Rien à célébrer, donc, sauf la force et la détermination de ces mères mexicaines et centre-américaines qui continuent à lutter pour les leurs. Rien à célébrer, sauf cette lutte qui, comme dans d’autres pays latino-américains, a un visage féminin, comme dans cette vidéo témoignage où une mère et une soeur témoignent :

De même que les mères et les grands-mères de la Place de Mai, en Argentine, la recherche la plus emblématique pour la justice aujourd’hui au Mexique et en Amérique centrale repose spécialement sur ces femmes qui ont décidé de dire BASTA et qui se mobilisent à partir de différents fronts :

  • dans la rue, en essayant de rendre visible un phénomène dont aucune famille ne peut se considérer à l’abri ;
  • dans les campagnes et dans le désert, cherchant par leurs propres moyens ces fosses clandestines dans lesquelles demeurent enterrés des milliers de Mexicains et de Mexicaines, de Centre-Américains et de Centre-Américaines, qui ne sont pas des chiffres mais qui ont un nom et un visage ;
  • dans les prisons, les services de santé et les clubs de nuit, cherchant les disparus en vie parmi les prisonniers, les internés et les victimes de la traite ;
  • sur le terrain juridique, en faisant pression et en obligeant le gouvernement mexicain à adopter, à reculons, des politiques destinées à freiner les disparitions forcées et à promouvoir l’accès à la vérité et à la justice.

Car la Loi Générale en Matière de Disparition Forcée de Personnes, Disparition commise par des Particuliers et le Système National de Recherche de Personnes, en vigueur depuis novembre 2017, n’est pas un succès du gouvernement mexicain mais des familles des disparu(e)s. Elles continuent de lutter pour que la mise en place de cette loi se fasse avec leur participation et avec un budget adéquat, ce sont les uniques garanties pour qu’elle soit effective.

Ce 10 mai 2018, depuis la France, nous marcherons avec vous, mères mexicaines et centre-américaines. Nous saluons votre lutte, votre force et votre détermination. Nous savons que le chemin parcouru n’a pas été facile, que les obstacles que vous devez affronter sont nombreux et que la douleur qui vous accompagne chaque jour est immense. Mais nous savons aussi que vous menez une bataille exemplaire, que c’est une lutte pour la justice et la vérité dont les générations futures vous remercieront et que d’ici nous embrassons avec vous.

Car vivants, ils nous les ont enlevés, vivants nous les voulons !
Jusqu’à ce qu’on les retrouve !
Sans les familles non !

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