Publié le 19.07.2016 • Mis à jour le 13.03.2018

Les victimes de l’incendie de l’usine Tazreen au Bangladesh enfin indemnisées (communiqué)

Trois ans et huit mois après l’incendie dramatique de l’usine Tazreen au Bangladesh, dans lequel 113 travailleurs, en majorité de jeunes femmes, avaient trouvé la mort, le fonds d’indemnisation a pu verser la totalité des indemnités aux travailleurs blessés et aux familles des travailleurs tués.

Le fonds d’indemnisation des victimes de l’incendie de Tazreen a annoncé que la récolte et le traitement des demandes des ayants droit, les évaluations médicales, le calcul des montants des indemnités et leur paiement est maintenant terminé. Les indemnités versées couvrent les frais médicaux et les pertes de revenus des travailleurs blessés, décédés et disparus, conformément à la Convention n° 121 de l’OIT, utilisée pour indemniser les victimes de l’effondrement du Rana Plaza.

Le 24 novembre 2012, un incendie a ravagé l’usine Tazreen Fashion au Bangladesh, tuant 113 travailleurs et en blessant 174. Des travailleurs ont été brûlés vifs, pris au piège par des issues de secours verrouillées, tandis que d’autres ont sauté par les fenêtres au péril de leur vie. Beaucoup de survivants souffrent de séquelles graves.
Trois ans plus tard, en septembre 2015, le fonds d’indemnisation - Tazreen Claims Administration Trust – était établi suite à l’accord signé avec C&A, la fondation C&A, IndustriALL et la Clean Clothes Campaign. Le traitement de demandes a démarré dès octobre 2015, pour s’achever en avril 2016.

En novembre 2015, 2,5 millions $ avait été versés au fonds par plusieurs enseignes clientes de Tazreen : C&A, WalMart, KiK et El Corte Ingles, la Fondation C&A et la Fondation Fung. Les autres enseignes qui se fournissaient auprès de Tazreen : Dickies, Disney, Edinburgh Woollen Mill, Karl Rieker, Piazza Italia, Sears, Soffe, et Teddy Smith, n’ont pas contribué au fonds d’indemnisation.

Comme pour le Rana Plaza, le fonds d’indemnisation des victimes de l’incendie de Tazreen n’a vu le jour et n’a été financé que grâce à la mobilisation des familles des victimes et des organisations syndicales du Bangladesh, soutenues par un mouvement international de solidarité mené par le réseau de la Clean Clothes Campaign, présente en France via le Collectif Ethique sur l’étiquette, et IndustriALL.

Le fait que la plupart des enseignes clientes de Tazreen n’aient pas contribué aux fonds d’indemnisation, tout comme la faiblesse de la contribution du principal client, à savoir WalMart, démontre une nouvelle fois la nécessité d’instaurer une responsabilité juridique des entreprises donneuses d’ordre pour les violations des droits humains commises dans leur filière d’approvisionnement, ainsi qu’un réel accès à la justice pour que les victimes puissent obtenir réparation.

Vers un mécanisme permanent de soutien aux victimes d’accidents du travail ?

Fin juin 2016, le fonds d’indemnisation avait versé un total de 2,17 millions $ à 582 membres des familles de 103 travailleurs décédés et de 10 travailleurs disparus, et aux 174 travailleurs blessés à la suite de l’incendie. Ces paiements s’ajoutent aux indemnités initiales versées par le Fonds du Premier Ministre du Bangladesh.

Afin d’assurer les traitements médicaux et psychologiques à long terme, 350.000 $ ont été transférés dans un fonds distinct, à destination des survivants des catastrophes de Tazreen et du Rana Plaza. Ce nouveau système pourrait jeter les bases d’un service permanent de prise en charge des victimes d’accidents du travail au Bangladesh.

Bien que l’attente a été longue pour les familles et les survivants de la catastrophe, l’achèvement du processus d’indemnisation est une victoire importante puisqu’ils ont finalement obtenu la reconnaissance et l’application de leurs droits. Les mécanismes d’indemnisation des victimes de l’incendie de Tazreen et de l’effondrement du Rana Plaza constituent deux précédents importants pour établir un mécanisme permanent qui garantit à toutes les victimes d’accidents du travail au Bangladesh le respect de leurs droits à réparation, conformément aux normes et standards internationaux.

Si le processus d’indemnisation est finalisé, la lutte des familles des victimes continue. Elles exigent que les responsables rendent des comptes devant la justice et attendent pour se faire l’aboutissement des poursuites à l’encontre de Delwar Hossain, le propriétaire de l’usine Tazreen. Le Collectif Ethique sur l’étiquette et le réseau international de la Clean Clothes Campaign continueront à les soutenir jusqu’à ce que justice soit rendue.

Communiqué du Collectif Éthique sur l’étiquette

Contact presse : Nayla Ajaltouni, 06 62 53 34 56, n.ajaltouni@ethique-sur-etiquette.org

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